ANATHKMES DE CYRILLlî
Si quelqu'un, dans le Clirisl un. divise les hyposlascs après l'union, les associant par une simple association de dignité ou d'autorité et de puissance au lieu d'admettre entre elles une union physique, qu'il soit analhème .
Celle ilcrnière phrase inspira aux nestoriens raceusalion de mo-
nophvsisnie contre saint Cyrille, mais saint Atlianase avait déjà
parlé dune h(ù7i; suj'.xy; el (conunc l'avait déjii lait le concile
d'Alexandrie) d'une union Ax-i 9Ô71V, sans entendre par là un
mélan<«-e ou une confusion des deux natures dans le Christ. Il com-
prenait bien plutôt par là l'union de la divinité et de l'humanité du
Chrisl dans un seul être ou dans une seule existence, dans laquelle
subsistaient deux éléments divers nullement mêlés, mais rattachés
l'un à l'autre par un lien indissoluble. Cyrille se servit de l'expres-
tous cas : évwOil; xatà çùaiv P. G., 1. i.xxvii, col. 112 ; ajoulous que l'evwiri; /.CLxa. yjav/ se 1:1 dans VEpistola I ad regiiias, n. 12, P. G., l. Lxxvr, col. 1220 ; Adv. Aestorium II, P. G., l. lxxvi. col. 65. Le P. Macé observe qu'on n'a pas assez i-cinarqué que dix ans avant la controverse neslorienne, saint Cyrille avait écrit <laus sa iuiiticmc homélie pascale : -jîôv v/ûl /.al rj.ôvov xaTa çjt'.v stSw; tov àvavOpw- -y,'7avTa. /-•. G., 1. ixxvii, cul. 56S. Ce Iroisièinc anathéinatisme frappixiL directenicnl la doctrine neslorienne de la simple union morale ou auvayeca. André de Saniosate cherche ici à Cyrille une mauvaise querelle. Il l'accuse de refuser la division des deux hypothèses qu'il accordait jadis dans la « Lettre aux moines d'Egypte » el il confronte les passages {P. G., l. lxxvi, col. 325 ; t. lxxvii, col. 25) dans lesquels Cyrille semble diviser les hyposlases et distinguer le Logos du Père, ô ây. @zo\i llaTpb: Aôyoç, du Logos né de la Vierge, tov èx ■:?,? àyîa; llapOévo-j YcY£vvr,[jiî'vov, Si on restitue ces phrases à leur contexte on voit que Cyrille emploie ces façons de parler pour citer Nestorius el les condamner. De la pari d'André est-ce inadvertance ou déloyaulé ? C'est peut-être déloyauté, car les procédés de discussion sont bien étranges. Plus loin André s'étonne d'entendre Cyrille appeler ïvwat; çu(tixy) l'union divine dans l'Incarnation. Si, dit-il, avec un élounement qui doit être feint, si c'est une £vw(7'.ç ç-JTtxv), elle est donc nécessaire, en ce cas ce n'est plus une grâce, ce n est plus un mystère. Et il amail dû savoir que Cyrille n'enseigne pas que l'Incarnation a été un fait naturel, conforme aux lois de la nature. Il dit que l'union du V^erbe et de son humanité est une union véritable, intime el substanlielle et non une union externe cl murale à la façon dont l'entend Nestorius : et ûî S-/j léy(ji\t.z^ çuctxriv t\v evwiiv, Tf,v à).r,Ofi ça[xîv. P. G., I. lxxvi, col. 332. Théodoret n'est pas plus attentif quand il reproche à Cyrille sa distinction ciilie cruvâçeta et ajvûSo; qu'il tient, avec raison, pour synonymes. Il aurait dû lire de près le texte tiu'il incriminait et constater que Cyrille oppose non pas ffuvi^s'.a à aûvo8o; mais TUvâçsEta /.arà ty-jv à^i'av... et a-jvoôo; /.aO' £vw<7iv j-j7tx.r,v, Ijui aussi inci-imine l'k'vMTt; cpuTtxr; et Cyi'ille lui répond (pie par qjvTixr, il entend véritable el réelle, P. 6'., I. lxxvi, col. 'lOS. C'est une unif)n intime el substantiille a|)rès laquelle il serait iiiqjie tle di\ iser et de partager h' Chiisl en deux. (11. ]j.)
sion employée par son illustre prédécesseur ; mais par les mots ivwatç o/uaixri il comprenait, ainsi qu'il l'a dit explicitement dans sa réponse aux attaques de Théodoret, non pas une ïvo^ciq v.q iJ,iav çùaiv, [171] une fusion en une seule nature, ce qui aurait été certainement monophysite, mais une union réelle et véritable, une vmion constituant un être et une existence, par une opposition à l'union admise par les nestoriens, et qui était purement morale et extérieure. Dans les premiers mots de ce troisième anathème, Cyrille ne pouvait ni ne voulait nier les deux natures, car il parle partout des deux natures dans le Christ ; mais il veut condamner la division qu'on introduit entre elles ; il les distingue, il ne les sépare pas ^.
1. La doctrine christologique de Cyrille comporte deux aspects, l'un est négatif, c'est l'attitude prise par l'alexandrin vis-à-vis des erreurs qui avaient cours de son temps relativement à la personne du Christ. Cette aptitude se modifie gravement ainsi que la question christologique elle-même avec le concile d'Alexandrie de 430. C'est ce qu'a très clairement fait voir A. Rehrmann, Die Christologie des hell. Cyrillus von Alexandrien systematisch dargestellt, in-8, Hildeshcim, 1902. Jusqu'à ce concile le débat avait uniquement roulé sur la foi à l'unité de personne dans le Christ, et sur le droit de Marie au titre de Mère de Dieu. Dès ce temps la séparation entre orientaux et Cyrille était profonde, quant à la terminologie, du moins quant au fond du débat. Les douze anatliématismes en précisant la terminologie par les expressions evojcn; ■^•^ijiy.r^, v.y.xa. çÛTiv, ■/aO'-JTiÔTTaa-iv, déterminale brusque revirement de Jean d'Antioche et de son groupe vers Nestorius. Entre Cyrille et Jean d'Antioche le dissentiment durera deux années, 431-433, jusqu'à la signature du symbole d'union dans lequel Nestorius était formellement condamné. Ce symbole a été l'occasion de nouvelles accusations contre Cyrille à qui on a reproché une palinodie doctrinale. Assurément le symbole pi-ète facilement à l'équivoque et se laisse trop facilement tirer parles deux partis. Les antiochiens, on ne peut songer à le nier, admettent l'union des deux natures, ëvwfftç, le litre âsotôy-o; et cela selon l'union evwaiç, parce que le Dieu-Yerbe s'est incarné et s'est fait homme et que depuis sa conception il s'est «uni le temple pris de la Vierge» ; mais en s'appuyantsur le mot « temple » les orientaux auraient pu saus trop de peine entendre par 'hnù>7\.ç une iinion morale. 11 existe dans le symbole une soi'te d'asymétrie doctrinale entre les deux parties dont il se compose. La première partie est irréductible au nestorianisme. On y trouve l'unité de personne dans le Christ, l'identité (tôv aûxôv) de celui qui est engendré de toute éternité parle Père avec celui qui, dans le temps est né de la Vierge Marie selon la chair. La seconde partie du symbole, venant après ce qui précède, est faite pour déi'outer. On ne sait comment entendre le texte pour écarter absolument l'idée d'une seule personne morale, d'autant que plus loin, là où il s'agit d'une seule personne, le mot employé est TtpôcrcoTïov, terme particulier aux antiochiens pour désigner le résultat de l'union morale. Il est un point sur lequel saint Cyrille n'a pas vai-ié ni avant 430, ni de 430 à 433, ni après 433, c'est sur la doctrine de l'unité de personne du Christ; c'est ce qu'il faut avoir toujours présent pour compx-eudre que là oîi
['Si. AN.VTHKM.Vl ISMKS U F. SAINT CYlilLl.E 273
Va -.'.: -poK^T.oi; O'jj'.v. y;y;jv jtto-txjîîi, Tac tî iv t^î; îjaYYîAi'/.sf;; -/.ai i:~3 7T:),'./.;Cc Gjy^'zi'j.'j.ym siavEiJ.îi sMvàr , r Ètt', Xpi7T(T) T.y.zy. tcov àvuov asy-"
^lliit *t ^^1 lit I I
[j.v/x:, •(■ Tta,;" ajTOj -îpi ïxj-oy vS'. ~x: ;;.kv (i)r ivOp(.')-(|) zjtpà -rbv Èy. 0îoj \ly.-zz: \z''M' àviOsy.a ïz
Si (|iifl(ju"nn divise •■iiIit deux pcrsoiiiies on hypostascs les expressions employées au sujet (lu (.lirisl dans les écrits évangéliques et apostoliques ou par les saints ou [)ar le Clii-isl lui-môuie, attribuant les unes à 1 hounue considéré- à part du Koi>;()s de Dieu le Père et les autres au seul l^ogos de Dieu le Père, cpiil soit anatlième.
FA T'.; -;Aj;.à aî'y-'-''' 0;:5:p;v àvOpfo-;v t'sv Xpiz-'zy. '/.xi zr/l zr, \j.olkkz') (")£cv clva'. xaTà àXr/Jîiav, wç Vibv k'va "/.a'. oJzi\, -/.aOb \'i\'zvz càp; 5 '/.z^^z:. y.y.'. •/.£■/.: iv w V y; •/.£ zapa-A-rjcico; r,;j-îv y.'i[j.:x-zq /.y). ~'j.zv,zz' y:rjS)vyj. è'sTo) -.
il parle de û-jo CTroo-TaTeiç, il entend ce l( rmc dans le sens de iialui-e. En outre Cyi-ille a cuseii^né l'existence de deux naturels dans le Christ et c est ce cjui permet de soutenir que, contrairement à ce qu'on a avancé, 1 orthodoxie de Cyrille nest pas postérieure à 433. (II. L.)
1. P. G., I. Lxxvi, col. 332. 409; t. lxxvii, eol. 120, 16G. Ce (inalriènie a/uithémntisme a provo([ué l'ingéniosité d André de Samosale qui s'eHorce de mettre Cyrille en contradiction avec lui-même, lui citant nu passage de la dix-septième homélie pascale, P. G., t. lxxvit, col. 780. 'l'héodorct, pendant ce temps, reproche à Cyrille d introduire le mélange des deux natures et de favoriser' larianisme. Cyiille ainsi harcelé répond à André que ses reproches portent à taux. Si sa formule quatiùème refuse déparier du Verbe et de l'homme comme distincts el séparés 1 undel antre, îStxw; voo-j[isv(i), parce qu il n'y a qu'un seul Christ, le Verbe incarné ; cependant, il admet que, parmi les textes sacrés, certains lui conviennent en raison de sa nature diviue, el c(M-taius, en r'aison de sa nalurc humaine. Pour foclilier sa tioctrine, Cyrille cite des extraits d'Alticus de Conslaulinople (.Vlansi, op. cit., I. ix, col. 119 4), de Pseudo-Jules (P. /-., t. xxviii, col. 958; .Mansi, op. cil., l. iv, col. 11S8), de Pseudo-Félix (.\Iausi, op. cit., t. IV, col. 1188). S'adressant à Théodoret, Cyrille lui fait observer que Vanailiématisme incriminé ne refuse pas de reconnaître ijue les textes évangéliques s appliquent au Verbe incaiMu'- à cause île sou huinanilé, sans ;nicun préjudice pour sa divinité. C'est là une distinction que Cyrille pi'élend bien avoir laite : o-jôÈ AÔvtov ôia^fopàv àvr^priXaiAEv' ïcrixiv yàp on ot [i.sv aùtàiv yEyovaTi OïOTtpîTroj;. oi oï àvOptoT;tv(o;, et il n'admet pas (jn'on atti'ibue ces textes à deux personnes, à deux sujets complètement différents l'un de I autre : xpy,vat Zi yajj-Ev aJToù; où TTpoGrwTTOi; ô-jfflv à).Ar|Xwv EtffàTiav Sir,pr,jxivoi; àTTOYÉii.îTOai ôctv. /*. G., t. i.xxvi, col. 413. (II. L.\
2. P. C, t. Lxxvr, col. 417; t. lxxvii, col. UJ, 120. J. F. Béthuue-Baker, An intrudtictiou ta the early history of Christian doctrine, p. 278, se demande
274 LIVRE IX, CHAPITHE I
Quiconque ose dire que le Christ est un liorame théophore, au lieu de dire qu'il est vrai Dieu, qu'il est Fils un et par nature même en tant que Logos fait chair et participant comme nous au sang et à la chair, qu'il soit anathème.
El -ziq ToX[J.a XsYetv 0£bv -q ozGTzôvri'/ slvat xoy Xpiffxou Tov àx ©eou Ilaipoç Aôyov, Y.od ohyl âri [j.aXXov tov aÙTsv ciJ.oXoyzi 0sbv ojjlou -:£ xai avôpwTrov, wç Y^Y'^^^'^OÇ (japxb? tou Aôyou xx-ixiliq Fpacpa-;* àvaôsfxa eaxco ''.
Quiconque ose dire que le Logos de Dieu le Père est le Dieu et le maître du Christ au lieu de reconnaître que le Christ lui-même est tout à la fois Dieu et homme, puisque, conformément à la Sainte Ecriture, le Logos s'est fait chair, qu'il soit anathème.
El Ti; or,cl^. co; avôpcoTïov £vr,pY*//<j9ai xapà loXi Bsoû Aôyou '^bv 'Ir,(70uv, •/.ai T-?]v Tou [jiovoYS^ou^ sùooHiav TrsptYjsOai, coç stepovTcap' aÙTOv ÙTCap^rovra* àva6£[;.a lo-xw -.
s'il ne vaudrait par mieux lire cl expliquer àvOpomoç 6ïô?opo; (homme porté par Dieu) que avOfamoç esooôpo; (homme "qui porte Dieu) ; le P. Mahé juge la deuxième lecture mieux attestée. Ici encore les critiques d'André de Samosate font défaut ; Théodorct dit : « Nous aussi nous disons que le Verbe a participé comme nous au sang et à la chair et à une âme immortelle. Mais nous condamnons ceux qui prétendent qu'il s'est fait chair par une transformation quelconque, » P. G., t. Lxxvi, col. 417-420 ; il ne s'insurge pas contre l'expression Ôeoçdpoç av6pw7io;, car il i-econnaît qu'elle a été employée par plusieurs Pères, entre autres par saint Basile, à deux reprises. P. G., t. lxxvi, col. 420. Les passages visés de saint Basile se trouvent dans le De Spiritu Sancto, P. G., t. xxix, col. 468, et le Comment, in psalm. LIX, P. G., t. xxxii, col. 969, Si Cyrille repousse cette formule, c'est que Nestorius et ses partisans en ont abusé. Au lieu d'indiquer, ainsi qu'il conviendrait, « l'union intime de toute la divinité avec l'humanité, » P. G., t. lxxvi, col. 420, elle ne suggère plus que l'idée d'union morale et d'iuhabitalion accidentelle. P. G., t. lxxvi, col. 420, 421. (H. L.)
1. P. G., t. lxxvi, col. 421; t. lxxvii, col. 112, 121. Le P. Mahé explique ingénieusement cet anathématisme qui, dit-il, paraît au premier abord quelque peu énigmatique. Mais vraisemblablement, Nestorius n'eut pas besoin de réfléchir longtemps pour en saisir la portée et y reconnaître la condamnation d'une de ses paroles. Dans un sermon au peuple de Constantinople, il avait dit, en parlant de Notre-Seigneur au berceau : « Il était à la fois enfant et Seigneur de l'enfant ; » rjV Se ô aù-b; -/.al PpÉqJo; xal ppéçou; Asa-Trô-y);;. P. G., t. lxxvi, col. 425; cf. P. Z.,t. XLViii, col. 830; hoois, Nestoriana, p. 292. 'L anathématisme sixième n'est que la contradictoire de cette proposition. (H. L.)
2. P. G., t. lxxvi, col. 3'i4, 425 ; t. lxxvii, col. 112, 131. Dans cette formule