CONTHE-.WATHÈ.MKS DK XESTOUIUS
Dans une deuxième lettre plus courte et moins importante, adressée au clergé et au peuple de Constantinople, le concile d'Alexandrie, Cyrille en tt^le, exprime l'espoir que Nestorius renoncera à ses erreurs. Le concile recommandait de rester lermos dans la foi orthodoxe et de ne pas communiquer avec Nestorius '. Celui-ci [1^3] excita Théodose le Jeune, (jui chercha plus tard, à son tour, à épouvanter Cyrille par la crainte des persécutions de Nestoiius, et l'évêque de Constantinople pui)lia douze anathèmes dans le IjuI de représenter Cyrille comme héréti({ue. Ils nous ont été conservés par le Romain Marins Mercator, ([ui, par zèle pour l'orthodoxie dans les controverses des pélagiens et des nestoriens, employa le temps de son séjour à Constantinople à traduire en latin les sermons et les écrits de Nestorius afin de les rendre accessihles aux Occidentaux. Les douze contre-anathèmes de Nestorius répondent, numéro
1. La délégation de Cyrille et du concile d'Alexandrie avait remis ses docunieuts le 7 décembre ; le samedi suivant, 13 décembre, Nestorius monta en chaire devant un auditoire immense et se dit prêt à souffrir tout ce qu il pourrait endurer afin de maintenir la tranquillité de lEglise. « Pourquoi donc, ajouta-t-il, moi qui n aime que la paix, suis-je assailli jusque dans le sanctuaire de ma basilique par un ennemi implacable ? Oui, lEgyptien me met au défi jusqu'au milieu de mes prêtres, jusqu'à la face de mon troupeau. Il répand la calomnie, il sème la discorde et m attaque avec des flèches d'or. L union, la prospérité de cette Église le blessent ; ce speclîTcle lui arrache de cruels rugissements ; il le bail, car il a besoin do trouble, il a besoin do division pour dominer. L Égyptien u'esl-il pas 1 éternel ennemi de Constantinople et d'Antioche ?... On mo tait un procès sur le seul mot de thcotocos. Eli bien, ce mol je suis prêt à le concéder pour l'amour de la paix ; je l'admettrai à condition qu'on ne voudra faire de moi ni un arien ni un apoUinarisle — un arien eu me faisant rabaisser le Verbe divin jusqu à u être qu une créature, un apolliunriste, en me forçant à nier l humanité du Fils de Marie. Il y a cependant une qualification qui couperait court à tous les malentendus et que je propose d adopter, celle de Ckristotocos ; ce serait le remède à toutes nos discordes. Qij ! que 1 Égyptien en personne vienne eu ce lieu, je ne le crains pas ; qu il vienne discuter avec mui en présence de l'empereur el des impératrices et je saurai mettre à néant sa léméiilé. C'est la maladie des Égyptiens de porter le trouble en tous lieux ; mais qu ils sachent qu'on ne les redoute pas, et que leur violence ne s étalera pas impunément dans cette cité illusti-e, protégée par la majesté des princes. » Le discours fut accueilli avec faveur, cependant on réclama ([uelques explir.ytions supplémentaires. Le lendemain dimanche il ajouta sur le sujet traité la veille celle phrase significative : c Oui, je reconnais que la vierge Marie esl Mère do Dieu et mère de I homme. Elle est mère do Dieu parce ([ue le temple de Dieu ([ui esl son Fils Jésus, a été uni avec la divinité. On peut doue à luou avis lui attribuer légitimement le titre de thcotocos. y> Des applaudissements accueillirent celte déclaration. (II. L.)
280 LIVRE IX, CHAPITHE I
par numéro, aux douze anathèmes de Cyrille ; ils sont ainsi conçus ^ :
Si quis eum, qui est Emmanuel, Deum vei'bum esse dixerit et non poiius nobiscum Deum, hoc est: inhabitasse eam, quœ secunàum nos est, naturam per id, quod unitus est massœ Jiostrœ, quam de Mai^ia virgine suscepit, matrem eiiam Dei Verbi, et non potins ejus, qui Emmanuel est sanctam virginem nuncupaverit, ipsumque Deum Verbum in carneni versum esse, quam accepit ad ostentationem deitatis suœ, ut habita inveniretur ut homo, anathema sit.
Quiconque dit que lEmmanuel est le Dieu Verbe, au lieu de dire qu'il est le Dieu avec nous, c'est-à-dire qu'il a habile une nature semblable à la nôtre et qu il a prise de la Vierge Marie, par le fait qu'il s'est uni à notre humanité ; et quiconque appelle Marie la Mère du Dieu Logos, et non pas plutôt la Mère de celui qui est l'Emmanuel, et quiconque suppose que le Logos de Dieu s'est citangé en la chair qu'il a prise pour rendre visible sa divinité, et pour paraître semblable à l'homme, qu'il soit anathème.
Si quis in Verbi Dei conjunctione, quœ ad carnem facta est, de loco in locum mutationem divinx essentiœ dixerit factam ; ejusque
1. Hardoiiin, Coll. concil., t. i, col. 1298; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. iv, col. 1099 ; Marius Mercalor, édit. G.nrnier, P. L., t. xlviii, col. 909 ; A. Hahn, Bihliothek der Symbole und Glauhensregeln der cdten Kirche, in-8, Breslau, 1897, p. 316, n. 220. Les deux déclarations de Nestorius avaient été prises par les fidèles de Constantinople comme une rétractation suffisante, et les délégués égyptiens ne relevaient ni les emportemfnts à leur adresse ni ce que les déclarations pouvaient présenter d'incomplet. Si Taetion oratoire valait à Nestorius ces demi-succès, il n'en était plus de même dès qu'il prenait la plume, l'éclat de sa parole n'était plus là pour couvrir la faiblesse de son argumentation. Nestorius eut la malencontreuse idée de réfuter les d'mze anathématismes de Cyrille et de montrer que ce qu'on lui présentait comme le critérium de la foi catholique touchant l'Incarnation n'était qu'un amas d'hérésies. Avec son imperturbable confiance en lui-même, il composa douze contre -anathématismes opposés aux formules de Cyrille et les détruisant, proposition par proposition. « Quand on considère, dit justement Am. Thierry, que Cyrille, ce prince des thénlogieus u'avnit pas pu dresser douze articles sur l'Incarnation sans encourir de la part d'autres théologiens, orthodoxe-^ comme lui, le reproche d'hérésie, que n'advint-il pas à Nestorius, chez qui la théologie était le moindre des mérites ! Les contre-anathématisme.'i fourmillaient d'erreurs et ses amis mêmes furent conlraints de l'abandonner. » Nestorius et Eutychcs, 1878, p. 63. (H. L.)
i32. CONTRE-ANAl'UK.MES DE NESTORIUS 281
diviniv naturiv carneni capacem dixerit ac partialiter unilam carni ; ac itcriiDi in iiifiniluni incircuniscriplani divinx nalunv coe.vtenderit carnem, adcipienduin Deum; eamdemque ipsam natiirani et dicat et lioinineni, unathenia sil.
Quiconque pense que, dans Tunion du Logos avec la chair, s'est produite une iiiulalii)n de l'essence divine d'un lieu à un autre, Têtre divin s'est transporté d'un endroit dans un autre ; quiconque dit que la chair est [i/4J t-apal)lc de l;i nature divine et que (cllc-ci a ('lé en partie unie à la chair; ou bien quicorujue attril)ue à la chair, parce qu'elle a été choisie par Dieu, une extension indéfinie et sans limite, et dit que, sous le rapport de la nature, il est un, aussi hien comme Dieu que comme homme, qu'il soit anathèine.
Sit/uis non sccitndiini conjunclionem unum di.iei'it Christiim, qui est eliani Emmanuel sed secundum ncUuram, ex utraque etiam substantia t(im Dei 1 erhi, (piani eiiani assumpti ah eo Iiominis, itnani Filii connexionem, quam etiam nu ne ineon fuse servant, minime conflteatur, anathema sit.
Quiconque dit que le Christ qui est aussi l'Emmanuel, est un, non pas (simplement) par suite de l'union, mais par nature, et quiconque ne reconnaît pas l'union (cuvâyeta) des deux natures, aussi bien de celle du Logos que de celle de l'humanité prise par lui, union formant, sans mélange aucun, un seul fils, qu'il soit anathèrae.
Si quis eus çoces, qrur lam evangelicis quam epistolis apostolicis de Clifisto, qui est e.v utraque, conscriptix' sunt, accipiat tamquam de una natura, ipsique Dei Verbo tribnere passiones tentaverit tain carne, quam etiam deitate, anathema sit.
Quiconque attribue à une seule nature les passages des Evangiles et des lettres apostoliques qui se rapportent au Christ qui est de deux natures, et quiconque tente d'attribuer au Logos divin la souffrance aussi bien à la divinité qu'à la chair, qu il soit anathème.
Si q//is post assumptionem Jtominis naturaliter Dei Filium uiunri esse audet dicere, cmn sit cl Emnmnucl, anathema si/.
Quiconque ose dire (pi'après l'assomjjlion de la nature humaine il ny a plus qu'un Fils de Dieu par nature {naturaliter Filius, c'est-à-dire le Logos),
tandis que (après avoir pris la chair) il est aussi l'Emmanuel, qu'il soit anathème.
Si quis post incarnationem Deum Vej^bum alteruin qnempiam prsster Christum nominaverit, servi sane formam cum Deo Verbo initium non habej'e et hanc increatam, ut ipse est, esse dicere tentaverit, et non potius ah ipso creatain conflteatur, tamquam a naturali Domin9et creatore et Deo, qnam suscitare propria virtute promisit, Solvite, dicens ad Judœos templiim hoc, et in triduo suscitabo illud ; anathema sit.
Quiconque ose appeler, après l'incarnation, Dieu Logos, un autre que le Christ 1 et ose dire que la forme d'esclave jointe au Dieu Logos n"a pas de commencement et n'a pas été créée, comme (le Logos) lui-même 2. au lieu de dire qu'elle a été créée par lui comme par son Seigneur naturel, son Créateur et son Dieu, forme qu'il a promis de ressusciter, lorsqu'il disait aux Juifs : « Détruisez ce temple et je le reconstruirai en trois jours, )) qu'il soit anathème.
Si quis liominem, qui de Virgine creatus est, hune esse dixerit Unigenituni qui ex utero Patris ante luciferum natus est, et non magis propter unitionem adeum, qui est Unigenitus naturaliter Patris, Unigeniti cum appellatione confiteatur participem eumque factum magis, Jesum quoque alterum quempiam prteter Emmanuel dicat, anathema sit.
Quiconque dit que Thomme créé de la Vierge est le Fils unique né du sein du Père avant l'étoile du matin {Ps. cix, 3), au lieu de reconnaître qu'il n'est devenu participant de cette appellation de Fils unique que par suite de son union avec celui qui est par nature le Fils unique du Père ; et, en outre, quiconque dit que Jésus est autre que l'Emmanuel, qu'il soit anathème.
Si quis servi formampro se ipsam , hoc est, secundumproprix naturse rationem colendam esse dixerit et omnium dominant esse et non potius
1. Cette phrase ue roiicerne pas Cyrille, c'est une exagération du nestorianisme que Nestorius entend condamner ici.
2. Ces opinions ont été émises p;ir quelques apollinaristes, et Nestorius accusait saint Cyrille d'être apollinariste.