Evagrius, Hist. eccles., 1. I, c. m
2. Cette date peut se conclure de ce que dit le concile, qu'on avait attendu seize jours après la Pentecôte l'arrivée de Jean d'Antioche, et Cyrille remarque, de son côté, qu'il fallut attendre encore seize jours après que l'on eût appris l'arrivée de Jean d'Antioche aux environs d'Ephèse. Cf. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1230 et 1231 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1435 et 1506.
3. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1121 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1347.
4. Cyrille dit positivement que l'on attendit encore seize jours après l'arrivée de cette ambassade. Cf. Hardouin, op. cit., t. i, col. 1435 ; Mansi, op. cit., t. IV, col. 1230.
5. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1330 sq. ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1506. Ces deux Alexandre signèrent du reste, plus tard, la protestation émise par Nestorius, contre la première séance du concile d'Ephèse. Voyez plus loin, § 135, p. 313.
6. L'importance de cette mesure se conçoit sans peine puisqu'elle influait directement sur la présidence de l'assemblée, la direction à donner aux débats et les résultats dogmatiques du concile. La présidence du concile revenait de droit à Nestorius, titulaire du siège le plus élevé en Orient, mais Nestorius étant accusé ne pouvait présider ses juges. A son défaut, la présidence devait appartenir à celui qui par sa dignité occupait le second rang, l'évêque d'Alexandrie, mais Cyrille était lui-même sous le coup d'une double accusation, l'une théologique,
IG'i. pni;si Di-NCK i:t xoMniiii des mi:mi)iii:s piiKsnNTS 297
en consécjuence, 1 Ouverture iniiiiédiate ilii concile, et les évèques se réunirent le 28 de payni [= 22 juin) 431, dans la cathédrale d'Epliése, dédiét' ;i la mère de Dieu et placée sous son vocable ^. La veille de la réunion, (jiialre évèques se rendirent chez Nestorius cl linvitèrent à se tromcr ;i la pi-emière session pour y rendre compte de ses opinions et de sa doctrine -. Il répondit : « J'y réfléchirai. » Le 22 juin une seconde députation envoyée par le concile, revint le trouver ; sa maison était, sur l'ordre de Candidien, gardée par les troupes qui en interdirent avec menaces l'entrée aux évèques. Xestorius fit diie u (ju il paraîtrait lorsque tous les évèques seraient assemblés. » Le concile envoya une troisième
l'aulro scaudaleuso. C'était, s'il 1 Cùl désiré, uno occasion do récuser la présideuce. mais cousidfM'aiit (jiie racciisalion dont il »'fail lOhjcl n'avait pas été formulée selon les règles ecclésiastiques, Cyrille pi'olila du vice de Ibrrne pour jeter de côté l'accusation et l'iucapacité qu'elle enliaiuail. En conséquence il revendiqua ce que lui conférait sou droit prinialial. Jean d'Antioche, qui marchait iuiniédiatemeut après lui, eùl pu briguer la place. Pour élayer son droit, il apportait non une accusation informe comme celle qui avait été déposée contre Cyrille, mais une accusation régulièrement formulée au nom des évèques « orientaux >, accusation devant laquelle Cyrille eût été très probablement débouté de sa jjrétention. L'absence de Jean d'Antioche simplifiait la situation. On le savait proche et Cyrille ne crut pas cepeudaul ([u'oii put larder plus longtemps, a Nous avons assez contrevenu, disait-il, aux .ordres de l'empereur qui a fixé au 7 du mois de juin l'ouverture de la session. Beaucoup d'entre nous sont malades et découragés, plusieurs déjà sont morts, tous demandent à partir et quelques-uns sont déjà partis. Que ceux qui se sont montrés exacts et soucieux de leui"s devoirs n'aient pas à souffrir plus longtemps de l'indolence d'autrui. » (II. L.)
1. La lettre de Cyrille dans Mansi, op. cit., t. iv, col. 1230, 12'j2.
2. La journée du dimanche 21 juin fut employée en démarches et conciliabules. Le comte Candidien passa la journée à visiter les membres de la majorité et à leur rcniontrci- qu'ils s'écartaient pai- celte ouverture précipitée des intentions et des instructions de l'empereur. Le nombre des évèques présents n'était pas suffisant ; si on s'obstinait dans celle voie, il serait amené à frapper de nullité tout ce qui serait fait sans la participation des « Orientaux». Cyrille et Juvénal, signataires de la lettre d'appel, fui-enl nomuiémenl avertis, mais ils ne donnèrent pas de réponse. Dans cette même journée du dimanche, les évèques du tiersparti, renforcés de (juelques nesloriens, rédigèrent une protestation contre ce qui se préparait pour le lendemain. Ils réclamaient : 1" qu'on attendît l'arrivée des Œ Orientaux » ; 2° l'épuration de l'assemblée par la vérification d<' l'honorabilité de chacun de ses membres. Dans le cas où il ne serait pas fait droit à ces desiderata, les signataires — ;ni uduihie de soixanle-huil doul (|iiarante-hui t métropolitains — dé(daraieiit leui- volonté de poursuivre les contrevenants aux règles de l'Eglise suivant la rigueur des lois canonitjues. Cette protestation fut signifiée le jour même à Cyrille, qui n'y lit aucune réponse. (H. L.)
députation de quelques évêques ; ils n'obtinrent pas de réponse, et furent traités avec rudesse par les soldats de garde ^.
Soixante-huit évêques d'Asie, parmi lesquels Théodoret de Cyr et les deux métropolitains d'Apamée et d'Hiérapolis, avaient écrit à Cyrille et à Juvénal pour leur demander de retarder l'ouverture du concile jusqu'après l'arrivée des évêques orientaux ^. Candidien vint dans la salle des séances, faire lire les décrets impériaux et protester contre l'ouverture du concile ^. Sa proposition de la retarder de quatre jours fut repoussée et la première session solennelle s'ouvrit sous la présidence de Cyrille, qui, ainsi que le disent exprès- [184] sèment les actes, tenait la place du pape. Cent soixante évêques assis-
1. Acta synodi Epliesinm, actio i, dans Hardouin, Coll. concil., t. i, col. 1358 sq. ; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. iv, col. 1131 sq.
2. Hardouin, op. cit., t. i, col. 1350; Mansi, op. cit., t. \, col. 765.
3. Hardouin, op. cit., t. i, col. 1351 ; Mansi, op. cit., t. v, col. 770. Au moment où le protonotaire proclamait l'objet de la réunion, le comte Candidien pénétra dans l'église avec une troupe de soldats ; derrière lui marchait une députation des soixante-huit signataires de la protestation et quelques évêques attachés à la fortune de Nestorius. Candidien s'avança et dit à voix haute : « Les ordres de notre très religieux empereur interdisent la réunion d'assemblées particulières, cette source de discordes et de schismes, et exigent la présence du plus grand nombre possible d'cvèqucs pour constituer le concile. Or, beaucoup manquent encore et sont attendus incessamment ; vous ne formez donc pas le concile, vous n'êtes qu'une assemblée particulière, je vous invite à vous séparer sur-le-champ. » Ou réclama la lecture de la lettre impériale, Candidien refusa de le faire devant une réunion sans mandai, remettant cette lecture après l'arrivée de l'évoque d'Antioche rendu à trois jours de marche. Un tumulte effroyable s'éleva. Tous parl.iient à la fois. « Comment voulez-vous que nous obéissions aux volontés de l'empereur, si nous ignorons ce qu'il ordonne ? » Candidien abasourdi finit par déployer un rouleau dont il lut le contenu à haute voix. C'étaient ses propres instructions déterminant sa conduite et ses devoirs comme haut-commissaire près de la future assemblée. La lecture fut écoutée avec recueillement et suivie des ordinaires acclamations et souhaits de longue vie pour le prince. Candidien crut que l'assemblée se soumettait et renouvela l'invitation de se dissoudre, A l'instant ce fut un tumulte plus grand qu'auparavant. Ce qu'on voulait, on l'avait obtenu. En effet, il était impossible désormais d'arguer de l'omission de la lecture des instructions impériales pour soutenir la nullité des actes du concile. Candidien était joué. Un évêque profita d'un instant d'accalmie pour lui crier: «Maintenant que nous connaissons la lettre sacrée, nous allons nous conformer au désir de notre très clément et très religieux empereur en portant d'abord nos délibérations sur les questions de foi; en conséquence, nous invitons l'illustrissime comte à quitter l'assemblée. » Candidien tenta de reprendre la parole, mais il fut, raconte^t-il, injurié, bousculé, expulsé. Les évêques qui l'avaient accompagné se retirèrent avec lui, les nestoriens durent prendre le même dhemin. (H. L.)
13'i. l'HKSlDENCE ET XOMIIliE DES MFMlini:S IMtÉSENTS 299
taient ù la séance ^, et lorsque (au cours île la première session) on en vint à signer le document île (u''|)Ositioii, le nombre des évi'^qucs monta jusqn à cent quatre-vingt-dix-huit-; parmi les soixantehuit éviVjues d'Asie, vingt environ s'étaient ralliés aux Pères du concile, ainsi qu'il l'ésulte de la comparaison de leurs noms avec les signatures qui se lisent au bas des actes svnodaux •^ Le concile, sur la proposition de Pierre, prêtre d'Alexandrie, entendit la lecture de la lettre impériale de convocation. Ce Pierre d'Alexandrie exerçait les lonctions de premier notaire et dirigeait l'ordre extérieur des allaires '*. Memnon, cvèque d'h^phèse, fit remarquer le retard de seize jours apporté à l'ouverture du concile, et Cyrille proposa d'entamer les opérations par les questions dogmatiques, suivant l'ordre de 1 empereur. On rendit compte de 1 invitation faite la veille ii Xestorius, et on envoya une seconde et une troisième députations. I^es évêques qui en firent partie rapportèrent au concile le relus auquel ils s'étaient heurtés ^. Nestorius refusant de comparaître, on passa, conformément à la proposition de Juvénal, à l'examen de la question dogmatique, et on lut le symbole de Nicée ^. On lut ensuite la seconde lettre de Cyrille à Nestorius, dans laquelle il expose la doctrine de l'union hypostatique de la divinité et de l'humanité dans le Christ ^. Cyrille ayant interrogé l'assem-
1. llurdouin, op. cit., l. i, col. lo5i ; Mansi, op. cit., t. iv, col. 1123 sq. Pour parkîr d'une manière plus cxacle, il y avait 15'J cvôquea el un diacre, 13cs8u!a de Carlhage, (jui reprosoulait son évèquo.
2. -Mansi, op. cit., t. iv, col. 1211 sq. ; Hardouiu, op. cit., t. i, col. 1423.
3. Maut^i, op. cit., t. iv, col, 1211 sq. ; Cf. avec le l. v, col. 760, cl Hardouin, op. cit., 1. I. col. Ii2;j. Cf. col. iXoO.
4. Cf. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1127 sq. ; Hardouin, o/). cit., t. i, col. 1355 sq.
5. Les actes ne fonl pas meiilion de ce qui se passa dans le synode pendant le temps que ces évèques allèrent chez INestorius et lapportèrent la réponse au synode.
6. Mausi, op. cit., t. iv, <ol. 1123 sq. ; Hardouiu, op. cit., t. i, col. 1354 sq,
7. La préoccupation dominante de Cyj'ille se tourne à prouver l'uuité de la personne du Sauveur dans le passage des attributs des deux natures à une seule personne, ce qui a re^u parmi les théologiens le nom de coininunicatio idiomatum, c'est-à-dire la conimunicatioa de ce qui est tellement particulier à nue naluic qu il suliit à la Ciiractériser. Le Chiist a réuni en sa personne ce qui est propre à la uatuie divine et à la nature humaine à tel point que quiclquid de Christo seiiiin eut, in quanluin secundiiin unain naturam deiwininatur, hoc eliaiit \erum eut de eo, in (juantiini secunduni uitciani nalurani noininitar, en soile qu'on peut dii'e : Dieu est mort, on bien il i'aul adoier l'Iioinnie. Les Pères grecs désignaient cette communication pai- le mol àvTiôoatv, mol qui im-
LIVnE IX, CHAPITRE I
blée pour savoir si cette lettre s'harmonisait avec le symbole de Nicée, tous les évêques présents répondirent par l'affirmative, et, parmi eux, cent vingt-six motivèrent leur vote dans de petits discours que nous possédons encore et qui sont pleins d'éloges pour [185] Cyrille ^. On lut alors la réponse de Nestorius à Cyrille et après que trente-quatre évêques eurent déclaré dans des votes motivés que la lettre de Nestorius n'était pas d'accord avec le symbole de
plique l'idée de permutation, et en effet une nature transfère à une autre nature ce qui lui est absolument particulier, c'est pourquoi cette permutation est si complète que saint Cyrille lui applique le terme olxstoyaôat ou bien tSioTtoieïaOat qui veut dire « s'approprier ». Toutefois, ce ne fut pas du premier coup que l'idée se fit pleinement exacte de cette communicatioia. Les uns errèrent sur ce point par excès, d'autres par défaut. Par excès, Eutychès, qui pensait que les propriétés d'une nature se transportaient réellement et formellement dans l'autre nature, par exemple, la nature humaine du Christ jouissant des propriétés de la nature divine devait posséder comme cette dernière l'ubiquité» etc. Par défaut, Nestorius, qui ne voyait dans la communication des idiomes que l'attribution purement morale à une nature des propriétés de l'autre nature. C'est à cela que répondait cette phrase du symbole composé à Ephèse : Una persona composita Chiistus totus est Deiis et totus est hovio, totus est Deus etiam ciirn humanitate , sed non secundum humaiiilatem Deus, et totus est horno, sed non secundum divinitatem Iiomo. Hardouin, Collectio conciliorum, t. I, col. 1640, Cyrille faisait remarquer que l'Ecriture disait que le Logos s'est fait chair (Joa., i, 14) parce qu'il était devenu en quelque sorte ce qu'il avait pris comme sa propriété. Le Sauveur se nomme lui-même un pain descendu du ciel (Joa., vi, 32, 33) quoiqu'il parle proprement du Logos lequel, à exactement parler, est descendu du ciel. Il y a ainsi une qualité de la nature humaine attribuée à la nature divine, ce qui est supportable quand on a en vue et qu'on suppose la personne de l'Homme-Dieu comme support de lune et de l'autre. A cause de la communication des idiomes, Cyrille établit le droit de la personne du Sauveur, sous le rapport de la divinité comme de l'humanité, à l'adoration en tant que personne unique. Nestorius est d'une opinion entièrement contraire et il n'accorde à Tliomme Jésus qu'une adoration rendue en sa qualité de défenseur et de prédicateur de la gloire de Dieu. Dans son apologie du ive anathématisme, Cyrille répond à Théodoret qu'on peut sans aucun doute distinguer les deux natures, mais qu'on ne peut les dissocier ni rapporter les attributs à deux personnes séparées. A mesure que le Christ avançait en âge, il croissait en sagesse et en grâce devant Dieu, ce que Cyrille explique du Logos fait homme qui laissait de plus en plus transpirer sa divinité. Le Logos divin proportionnait à la croissance du corps et à l'âge de Jésus la manifestation de sa supériorité divine qui lui était inhérente dès le commencement.
La « communication des idiomes « démontrait la rectitude du titre honorifique de Theotocos donné à la vierge Marie. (H. L.)
1. Dans Mansi, op. cit., t. iv, col. 1139-1170 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1363-1387.