‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 212 sur 407 · LETTUE DES OIITHODOXES, LEUH SECONDE SESSION · texte numérisé non relu

LETTUE DES OIITHODOXES, LEUH SECONDE SESSION

soit qu'il iVit son ami, soit qu'il partageât ses erreurs, ('.omme Candidien cmpt^chait le concile de faire connaître exactement à l'empereur ce qui s'était passé, on priait le prince de mander le comte avec cinq membres du concile, pour lui l'aire leur rapport de vive voix. Quelques évc(iuos, jusqu'alors partisans de Nestorius, avaient adopté des sentiments meilleurs et s'étaient joints au concile, tellement qu'il ne restait plus (juc trente-sept évéques environ du cAté de Nestorius et de Jean, et ces évèques ne s'obstinaient ainsi que par crainte du cbàtiment do leurs fautes ou parce qu'ils étaient hérétiques, par exemple pélagiens. Du côté du concile se trouvaient, au contraire, (^destin évèque de Rome et l'épiscopat entier de TAIrique, quoiqu'il n'assistât pas de fait au concile. On rapportait ensuite les brutalités dont Irénée s'élaitrendu coupable vis-à-vis del'assemblée. Enfin, les évêques s'excusaient de ne pouvoir doiuicr de plus amples détails, empêchés qu'ils étaient par le dé[)arl de Pallade ^. Le 10 juillet, Cvrille fit tenir une seconde session du concile dans la demeure épiscopale de Memnon. Le procès-verbal de cette ses- [199J sion ■- le désigne comme le représentant de l'évèque de Rome. Le nombre des évèques présents était le même que pour la première session. Cette seconde session eut lieu à cause de l'arrivée des légats du pape : les évèques Arcadius et Projectus et le prêtre Philippe, qui remirent la lettre du pape Célestin dont nous avons parlé plus haut. On la lut d'abord dans le texte latin original, puis dans une traduction grecque ; dans un langage élevé, le pape adressait des louantes au concile, et l'exhortait <à n'autoriser aucune doctrine erronée sur la personne du Christ, mais bien à suivre exactement le sens de l'évangéliste saint Jean dont on vénérait les reliques à Éphèse, enfin à combattre pour la véritable foi et la paix de l'Église. A la fin de la lettre, le pape annonce l'envoi de trois députés (jui assisteront aux délibérations et feront exécuter ce ([u'il avait antérieurement décidé au sujet de Nestorius ; il ne doutait pas que les évêques réunis ne s'accordassent avec ces décisions •^.

Quoique la dernière phrase de cette lettre montrât clairement ce que le pape demandait du concile, celte missive n'eii causa pas loins une grande joie aux évèques (|ui s'écrièrent : « \ odà le ven-

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1. .Maiisi, op. cit.. I. iv, col. I'i22 sq. ; Ihiidouiu, op. cil., I. i. •ni. lôS'J s(j

2. Maiisi, op. cit.. l. iv. col. 127?» S([. -. llanlouin. op. cit., t. i, co\. l'iGô s(j.

3. Maiisi. Oj>. cit.. t. IV. col. 12S;J ; llanWiiiiu, op. cit.. I. i, cl. 1»G7.

CONCILES - Il - 2 1

table jugement, actions de grâces au nouveau Paul, Célestin, au nouveau Paul, Cyrille, à Célestin le gardien de la foi ^.

1. Si louangeuse qu'elle fùl, répithèlc se renfermait dans les limites de la vérité. Le rôle de Cyrille d'Alexandrie a été étudié, ainsi que nous l'avons dit plus haut, au cours de ces dernières années, au double point de son influence sur l'exposition et le développement théologique des dogmes de l'Incarnation et de l'Eucharistie. La place que lient saint Cyrille d'Alexandrie dans l'histoire de l'élaboration du dogme par l'Eglise est une des plus hautes. Tandis que saint Athanase avait lutté contre une erreur si grossièrement antichrétienne. Cyrille rencontra une opinion moins manifestement en contradiction avec les principes fondamentaux de la foi. La finesse souple et le jeu délicat de son génie oriental se mouvaient à l'aise dans la poursuite de ces distinctions indéfiniment subtiles, là où le génie tout dune jjièce et plus érudit que dialectique d'Athanase fût peut-être devenu assez vite insuffisant. L'erreur nestorienne, à travers les circuits de la pensée cl les délours du laugago, allait beaucoup plus loin que l'arianisme lui-même; elle reparaîtra d'ailleurs dans l'adoptianisme, au ïxe siècle (cf. J. Wessel, Nestorianisniiis et adoptianismus, in-4, Roterodami, 1727) et de nos jours dans le Gûulliei-iauisme. Kleulgeu, Théologie der Vorzeit, t. m, n. 48 sq. ; Chr. Pesch. Prxlectiones dogmaticœ, in-8, Friburgi, 1896, t. IV, p. 28, noie 1. Ces résurreclions expliquent comment l'erreur nestorienne s adapte si bien au protestantisme et pourquoi celui-ci la défend avec tant de fertile invention. Neslorianisme et protestantisme doivent aboutir, suivant Cyrille d'Alexandrie et suivant Bossuet, à la suppression du christianisme. Nous ne nous occuperons ici que de la première de ces deux hérésies.

Le neslorianisme ruine le dogme de la divinité du Sauveur. Son résultat dernier — et Cyrille d'Alexandrie l'a fort bien vu et fait voir — c'est d'aboutir au paulianisme et toutes les explications et les finesses de la langue grecque ne peuvent l'empêcher d aboutir là. L hypothèse de l'union morale (ffuvà^eta) entre l'homme et le Logos divin ne différencie pas Jésus des autres justes et ne l'élève pas au-dessus des prophètes qui peuvent revendiquer une pareille union. Nestorius, et ceci montrerait assez son insuffisance théologique, espère se tirer de celte difficulté avec des finesses verbales. C'est ainsi qu'il appelle l'homme Jésus, un réceptacle de Dieu (Oéotvitoç 7.Tr|Topa) ; mais, réplique Cyrille, ne doiton pas plutôt dire au contraire que le Logos divin a pris et fait comme sien un corps humain et une nature humaine ? Nestorius appelle encore Jésus un porte-Dieu (Oîosopo;) ou un instrument de Dieu (^to-rf.oc, opyavov), et ces expressions ne désignent rien qui ne puisse s appliquer aux prophètes. Quant au nom ou plutôt au titre de Dieu, Nestorius déclarait que le Sauveur n'en jouissait que par le fait d'une complaisance jjarliculière, et le lien existant entre la divinité et l'humanité du Christ n'était qu'un rapport externe susceptible de dissolution. Nestorius ne se contente pas d'équiparer Jésus à Mo'ise, il lui refuse l'application des expressions bibliques qui font incarner le Logos ; tout ce qu'il accorde c'est que le Logos ne s'est pas fait chair, mais s'est incorporé homme. Cyrille, De recta fide ad Thcod., c. vi, P. G., t. lxxvi, col. 1141. La conséquence du neslorianisme c'est de ravaler le Sauveur au rang de la simple humanité. Cyrille demande comment, si l'Emmanuel n'a été qu'un homme comme nous, comment sa mort aurait-elle procuré le salut à la nature humaine ?

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