DÉCISION DE l'eMPEHEUR
deléclit impérial, le concile lui-même aurait prononcé contre Cyrille et Meninon la sentence de déposition ; ce n'était cependant pas le concile général, celui qui était en communion avec le Siège romain et apostolique, avec 1 Occident, TAlVique et rillyrie, qui avait lait cela ; au contraire il avait admiré le zèle des deux évèques pour la l«)i oilhodoxe, et il était persuadé (ju ils avaient mérité, des hommes et du Clirisl, de magnifiques couronnes. Le concile n'avait dépose (jue Nestorius, le chef de la nouvelle hérésie de ceux qui adressaient leurs prières à un iiommc, et le concile avait lait connaître cette sentence à l'empereur. Ce qui les avait également attristés et ne pouvait s expliquer que par une erreur, c'est que dans ledit impérial les noms de Jean d'Antioche et de ses partisans, de même que ceux des célestins (pélagiens), étaient cités au nombre des évèques ([ui faisaient partie du concile, quoiqu'ils eussent été condamnés par lui, et on leur avait adressé, comme aux autres évèques, la lettre impériale.
La lettre des orthodoxes raconte ensuite comment le parti d'Antio- [222] che s'était comporté et comment il s'était séparé du concile ; elle ajoute qu'il était impossible de les recevoir dans la communion de l'Eglise, parce qu'ils n'avaient pas souscrit la déposition de Nestorius et qu'ils étaient ouvertement d'accord avec lui. En outre, ils étaient tombés sous le coup des canons, par leur effronterie contre les présidents du concile (c'est-à-dire par leur sentence contre Cvrille et Memnon), et enfin par leur tentative pour tromper les empereurs et leur donner le change. Aussi le concile priait les empereurs de délivrer et de réintégrer Cyrille et Memnon, de veiller à ce que la loi des Pères inculquée par le Saint-Esprit dans le cœur des empereurs et exprimée dans les explications fournies par le concile contre Nestorius, fût conservée inèbranlablement. Si les empereurs voulaient connaître avec exactitude ce qui s'était passé entre les soussignés et le parti d Antioche, ils n'avaient qu'à envoyer des commissaires surs ^. Ce dernier sens est celui que présente le texte grec dans l'état actuel ; mais, d'après une remarque émise par Tillemont et qui paraît fondée, il faudrait expliquer ainsi cette phrase : « Si les empereurs voulaient savoir exactement ce {{ui s'est passé, ils devaient ordonner au concile d'envoyer (à Constantinople) des ambassadeurs de confiance » (t-^ âyia cruvéctp
1. Mansi, up. cit., t. iv, col. 1434 ; Hardouiu, op. cit., t. i, col. 1591.
iTCiTpeTïetv è-/.x£[j,4'ai, %. t. A.) ; cette conjecture s'autorise des raisons suivantes. La présence des commissaires impériaux à Éphèse ne pouvait faciliter l'arrangement des affaires ; c'était bien plutôt celle des envoyés du concile à Constantinople ; on peut donc supposer que ce dernier point seulement a été demandé par le concile. Peu de temps après l'empereur approuva, en effet, Tenvoi de députés par le concile : ce dont témoigne formellement une autre lettre adressée plus tard par le concile aux empereurs ^.
Averti de cette autorisation, Cyrille adressa de sa prison une lettre au clergé et au peuple de Constantinople, lettre dans laquelle il assure que le comte Jean (ou mieux le décret impérial) a mal exposé le véritable état des choses 2, et a suppose faussement que le concile avait déposé Cyrille et Memnon. Aussi ce dernier s'était-il trouvé dans la nécessité d'adresser un nouveau rapport à l'empereur. Le commissaire impérial s'était donné beaucoup de peine pour réconcilier le concile avec Jean d'Antioche et ses partisans ; mais cette réconciliation n'était possible que si le parti d'Antioche retirait ses décrets rendus au mépris des lois, se présentait au concile en [2231 qualité de suppliant, et anathématisait par écrit la doctrine de Nestorius. Pour arriver au même résultat par un autre chemin, le comte avait demandé au concile une profession de foi écrite pour la faire signer par le parti d'Antioche et pouvoir ainsi déclarer : « J'ai rapproché ceux qui étaient séparés. » Le concile n'avait pas accepté cette déclaration par ce motif qu'il n'était pas assemblé pour rendre compte de sa foi, mais pour affermir la foi vacillante, et l'empereur n'avait pas besoin de connaître la foi des Pères, qui lui était connue depuis son baptême. — Cyrille expose encore que les évêques du parti d'Antioche ne s'entendaient pas entre eux sur l'appellation de « Mère de Dieu » : car quelques-uns d'entre eux préféraient, disaient-ils, se laisser couper les mains plutôt que de signer cette formule. Il annonçait tout cela aux fidèles de Constantinople, et en particulier aux archimandrites, afin que le comte Jean ne pût, à son retour, faire de faux rapports et tromper les gens ; les orthodoxes de Constantinople devaient continuer à faire tous leurs
1. Tillemont, Mém. hist. ecclés., t. xiv, n. 60 sur sainl Cyrillle.
2. ^^'alch suppose, Ketzergesch., t. v, 518, que Jean était accusé d'avoir envoyé à Ephèse de faux rapports à l'empereur ; mais Cyiùlle n'avait pas du tout cette intention, il avait en vue la sacra impériale, et il mettait poliment sur le compte de Jean ce qu'il avait à reprocher à cette lettre.
lii. DÛcisiON ui: L'i:.MPi:i!i:i:it 353
cfTorts CM faveur du concile ; car il v avait à i^phèse des évèques qu'il ne connaissait nièmc pas et ([ui étaient prêts à mariher avec lui vers l'exil et à la mort. Quant à lui il était gardé par des soldats qui couchaient devant sa porte, et tout le concile se trouvait dans un profond état d'épuisement ; plusieurs de ses membres étaient morts, d'autres étaient réduits à une telle misèie qu'ils avaient dû vendie hnirs bafrages j)our foiiniii- à leurs dépenses ■•.
Le concile adressa uni' autre IclUe aux évé(jues et aux clercs présents à Conslantinople -. Il y était dit (ju'l^phèse était devenu pour le concile un cachot, dans lecpiel il se trouvait retenu prisonnier depuis plus de trois mois (la lettre a dû, par conséquent, être écrite à la fin du rnois d'août ou au commencement de septembre), au point (le ne pou\()ir ni j)ar eau ni par terre envovcr un messager à la cour ou ailleurs ; tous ceux (inou avait essavé d'envover avaient couru les plus «rands dangers et avaient dû se déffuiser sous divers costumes. Les faux rapports adressés de tous côtés à l'empereur avaient occasionné cette surveillance si sévère. Les uns avaient accusé les évèques du concile d'avoir été la cause du différend : les autres disaient que le concile avait déposé Cyrille et j\Iem- [224] non, dautres enfin avaient peut-être imaginé que le concile se trouvait en très bons rapports avec le conciliabule. C'était pour empêcher la découverte de tous ces mensonges qu'on avait surveillé avec tant de rigueur le concile et qu'on lui avait fait une si rude guerre. Aussi les clercs de Constantinople devaient-ils se jeter aux pieds de l'empereur et lui tout dévoiler. La lettre leur apprend ce qu'ils doivent dire à l'empereur: que le concile n'a pas déposé Cyrille et Memnon, qu'il les tient, au contraire, en grand honneur et ne se sépare pas de leur communion ; en revanche il n'accepte pas d'être en communion avec le conciliabule, pour les motifs déjà exposés à l'empereur et qu'on répète ici pour le cas où la lettre synodale, vu l'état de blocus du concile, ne serait pas parvenue à la cour. En terminant la lettre exhorte encore le clergé de Constantinople à demander à lempereur, au nom de tout le concile, la mise en liberté et la réintégration de Cyrille et de Memnon, ainsi que la liberté pour les
1. Mansi, i)j). cit., t. IV. col. l'ioâ; llardouiu, u/). cit., l. i, coi. 15*Ji!. I.a lettre do Memuou au clergé de Conslauliuople (Mansi, lue. cil., col. 1438; Ilardouin, loc. cit., col. 1595) est d'une épo([ue aiiléricuic el a\ai( l'Ii' dcjà rédigée avant l'arrivée du comte Jean.
2. Les noms de ces évèques ne sont pas indiqués ici comme ils le furent plus tard ; peut-être ne counaissait-on pas encore ces noms à Eplièse.
évoques du concile, ou leur renvoi chez eux, s'ils en sont dignes, à moins que l'empereur ne les fasse venir devant lui, afin que tous ne meurent pas de maladie ou de tristesse. — Pour ne pas rendre la lettre trop volumineuse, seuls les principaux membres de l'assemblée avaient signé. (On se demande si ce furent Cyrille et Memnon, ou bien .luvénal et un autre métropolitain.) La lettre porte encore dans un post-scriptum : « Nous sommes ici décimés par la chaleur ; presque tous les jours on enterre Tun de nous; tous les esclaves sont épuisés, et il faut les renvoyer dans notre pays. Allez trouver l'empereur et faites-lui connaître notre détresse. Soyez, du reste, bien assurés que si on a résolu notre mort à tous, il n'arrivera cependant du côté du Christ que ce que nous avons décidé "*. ))
Cette lettre se croisa, paraît-il, avec celle que les évêques présents à Constantinople adressèrent, le 13 août, aux membres du concile lui-même. Ils leur exprimaient la part très vive qu'ils [225] prenaient à leurs malheurs ; ils comprenaient, assuraient-ils, la nécessité où ils se trouvaient de paraître en personne à Ephèse, mais les routes par terre et par mer leur étaient également fermées.
Du reste, ils avaient à Constantinople servi la cause du concile, enflammé le zèle de beaucoup et fortifié les esprits dans leur attachement au concile. Ils demandaient à l'assemblée de leur dicter leur conduite et de leur dire s'ils pouvaient se rendre à Ephèse pour prendre leur part des luttes et des souffrances ^.
La suscription de la réponse du concile à cette lettre fait connaître les noms de ces évêques présents à Constantinople ^ ; c'étaient : Eulalius, Eutréchius, Acacius, Chrysaphius, Jérémias, Théodule et Isaïas. Le concile leur fait connaître combien la part qu'ils prenaient à ses malheurs lui avait donné de consolation ; il leur raconte ensuite ce qui s'est passé et le véritable état des choses, et il exhorte les évêques à rester à Constantinople, pour exposer à l'empereur ce qui en est, et aussi pour faire connaître au concile les événements de Constantinople.
Dans la crainte que les lettres adressées antérieurement à l'em-
1. Man«i, op. cit., 1. iv, col. 1443 sq. ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1599 sq.
2. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1450 ; Hardouin, op. cit., 1. i, col. 1603.
3. Nous supposons que celte lettre du synode aux évêques est la seconde qu'il leur écrivit, et par conséquent qu'elle a été éci'ite après celle dont nous avons parlé ; mais le contraire pourrait être vrai.
l'ii. DKcisiox i)K l'kmpeuevu 355
poreur ne lui lussent pas paivenues. le concile en fit l'aire des
copies, qu'il joignit à sa lettre aux évoques, ainsi qu'un second
rapport à Fenipereur ■". Dans le cas où ces lettres auraient été
remises, les évèqnes devaient se contenter d'en rappeler le contenu ;
dans le cas contraire, les évè(pies l'eraienl voir (jue rinli-igue avait
emptV'hé le concile de faire pénétrei' la vérité jusqu'il l'empereui' -.
Dans ce second rajjport, le concile demandait avec instance sa
délivrance ; il tleniaiulait éualemenl la réinléij ration de ses
chels, C.yiille et Meninon, :ij)puvant ses demandes sur un récit
calme et détaillé de la séparation du [);irti d'Antioche (rav( c les
autres évèques, et de l'union de ceux qui ;iv;iiei!t des st ntiments
nestoriens avec Jean d'Antioclie. La Icltie se terminait par cette
remarque très juste : les empereurs avant approuvé la déposition
de Nestorius, ce serait ineonséfpiencc d'approuv(M- ('gaiement ce
qui ieiail la joie de Nestorius et ce qui serait pour lui une vengeance.
La lettre lut signée par Ju:énal de Jérusalem, qui, depuis l'em-
[226] prisonnement de Cyrille, présidait le concile •'.
Le dernier document publié par les orthodoxes à Éphèse est une courte lettre de Cyrille aux trois évèques Théopempte, Potamon et Daniel, que le concile avait antérieurement envoyés à Constantinople. Elle portait en substance que diverses accusations avaient été dirigées contre lui ; par exemple, de s'être fait suivre d'esclaves pour les bains et de religieuses, et que Nestorius n'avait été déposé que par les intrigues de Cyrille et non par la volonté du concile. Mais, Dieu merci, le comte Jean avait reconnu la fausseté des accusations et puni les accusateurs. Du reste, il était toujours emprisonné par 1 effet de la lettre impériale, et il ne savait pas comment cela finirait ; mais il remerciait Dieu d'avoir été trouvé digne de porter des chaînes à cause de son nom. De son côté, le concile n'avait pu, en aucune manière, être amené à entrer en communion avec ceux d'Antioche ; il avait déclaré qu'il n'v consentirait jamais, tant que ceux-ci n'auraient pas retiré les décrets (pi'ils avaient effrontément rendus contre les chefs du concile, et professé la vraie foi ;
1. Je crois devoir comprendre les mots du le.xle dans ce sens que le second rapport à l'empereur fut rédigé et envoyé dans les circonstances indiquées plus iiaiil. Aussi me suis-jc délci-miné à donner à ce rapport iuk; place clironologicjuc autre cpie celle qui lui est ordiuaircuKuil attfibuéc, jiai- exemple par \Yalcli, Ketzergescli., 1. v, p. 519.
2. Maiisi, op. cit., t. iv, col. 1450 sq. llardouiu, op. cit., I. i, col. 1G06. li. MaMsi, of). cit . t. iv, col. 1441 ; Hardouiri, op. cit., t. i. col. 1597.
car ils étaient toujours nestoriens, et c'était là le fond de tout le débat ^.
Sur ces entrefaites, le clergé de Constantinople avait remis à l'empereur Théodose le Jeune, et à son collègue à l'empire, un mémoire rédigé en faveur du concile d'Ephèse. Le mémoire porte dès le début, qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'au prince, et que, pour ce motif, c'est un devoir de parler sans crainte. Il prouve ensuite l'illégalité de la déposition de Cyrille et de Memnon par le parti d'Antioche et demande aux empereurs leur réintégration et la confirmation des décrets rendus à Ephèse par une imposante majorité. Si Cyrille, le guide ('/,a6-/jY-/]TY]ç) du concile, s'est rendu coupable de quelque illégalité, celle-ci doit retomber sur tout le concile qui l'a approuvée, et, par conséquent, il faut infliger à tous les évêquesles peines infligées à Cyrille et à Memnon. Mais les pieux empereurs doivent veiller à ne pas déchirer en lambeaux cette Eglise qui les a allaités, et à ne pas renouveler le siècle des martyrs ~.
C'est probablement à cette époque que se rapporte la courte [227] lettre de Dalmatius au concile dans laquelle il accuse réception de sa missive, exprime la part qu'il prend à la mort de plusieurs de ses membres, et assure qu'il continuera à répondre, comme il l'a fait jusque-là, au désir du concile ^. Alypius, prêtre de l'église des Apôtres à Constantinople, écrivit une autre lettre à Cyrille, dans laquelle il le félicitait de ses souffrances et le comparait à Athanase *. Cyrille employa les loisirs que lui laissait la captivité à rédiger une explication de ses douze anathématismes si souvent incriminés ^,
1. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1447 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1601.
2. Mausi, op. cit., 1. iv, col. 1453 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1607.
3. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1258 ; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1446. C'est certainement une erreur que de croire que Dalmatius avait alors seulement pris en main la cause du synode, et qu'il s'était rendu avec ses moines devant le palais impérial. Il parle lui-même des services qu'il avait antérieurement déjà rendus au synode.
4. Mansi, op. cit., t. iv, col. 1463; Hardouin, op. cit., t. i, col. 1614.