‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 317 sur 407 · concii.es a ANTIOCHE 'i · texte numérisé non relu

concii.es a ANTIOCHE 'i

ce que Tillemonl et \Valcli oui reconnu : aussi ont-ils changé la

du nue celle rcuniou devait se placer 1 anyée avaul le coiisulal de Zéuou el Poslhumieii et, par eouséqueiit, au lieu de post corisulaluin il a voulu que l'on dut lire sub consulatu, ir.\ tt,; •JTraTïia; ou y-arà tr.v ÛTiareiav, el nou pas IxîTà TY,/ J-aTEt'av. Le décret iuipéiial de couvocaliou élaiil daté du 2G octobre, coiuuie il e>t peu vraisemblable ipi Un ail alleudu dix mois pour le mettre à exécution, il faudra donc le repoitir à I année 447 cl l'assemblée de Tyr au 25 lévrier 448 Ku consëqueucc de ces prémisses clirouolojjfiques, il reporte l'assemblée de Boiyte au l^"" septembre 448. 11 fonde loul cela sur 1 indictiou, 1 acte de Tvr élanl daté de la U" indidion que Marcelliu et la Chronique d Alexaudre reportent à 1 année 448, el la piocédure de 13éryl<' daU'e de la 2« indictiou ipii commence le jour même, l»"' septembre. Tillminut ne pense pas que celte clirouoloy;ie se puisse « ajuster u avec le temps de la lelé^'alion de Théodorel dans les limites tle sou propre diocèse, lorsque Domuus rendit son jugement, un peu après ràipies, sur l'allaire d Ibas. Or il n est pas possible de mettre eu question que ce soil à la suite de ce jufjfemeul que les meneurs obtiureut le décret impérial du 26 octobre. 11 faudrait donc qu'eu celle année 447, au mois d avril, Théodorel fût aux arrêts forcés dans son diocèse ; cependanl cette mesure rigoureuse n a été prise à son égard ([ue dans les derniers mois de cette année 447. Comme la procédure faite à Tyr cite celle qui a été faite à Bérvle, elle lui est donc poslérieui-e el une fois encore la chronologie de Baronius se trouve eu défaut. De plus, si on considère qu'lbas a promis de suivre sur la foi tout ce qui vient d'être fait dans le concile assemblé à Constantiuople, on trouvera qu il est difficile de rapporter cela à un autre concile, qu'à celui du mois de novembre 448, où Eutycliès avait été condamné, et qu ainsi cet acte n est pas du 25 février 448, niais de 1 année suivante. Cet acte est eucore daté de l'an 574, ce qui ne peut être que de 1 ère de Tyr, et d'après le cardinal Noris, 1 an 57 4 de cette ère a commencé au mois d'hyperbérétée, c esl-ù-dire en septembre 448. Il faut donc d'après Tillemonl changer la date du mois el substituer v. calendes de janvier » à « calendes de septembre » ; et mieux encore « calendes de février u, afin de s éloigner moins de lacté de Tyr. Dans cet acte, au lieu de la l'c imiiction, il faut mettre la 2e, comme il est dit dans la procédure de Bérytc. La déclaration du clergé d'Edesse eu faveur d Ibas fut faite un peu avant la procédure de Béryle ; néanmoins nous savons que lépoque était voisine de celle où Ion prépare les ciiléchumènes pour le baptême de Pâques. Celte préparation commençait quarante jours avant Pâques ([ui, eu 447, tombait le 27 mars. La déclaration peut donc avoir été faite au mois de janvier, mais nullement au mois d août. Le cardinal Noi'is réfute par les mêmes raisons l'opinion de Baronius el fait voir l'erreur de Scaliger qui a cm que 1 année d après le consulat de Zenon el Poslhumien, ét;iil lannée 448 à laquelle il fixe rassemblée de Tyr, en se fondant également sur le fait de la l" indiction. Godefroy favorise ce raisonnement puiscpied après lui les indictions se comptaient avec un an de relard en Orient sur l'Occident. Noris n admet pas cette explication qu il lienl p*)ur fausse el refuse d admettre que la l'c indictiou ail plis fin en l'hénicie le 31 août 448. 11 préfère voir là purement et simplement une faute, puisqu'elle est en contradiction avec le consulat, l'ère locale el 1 histoire générale. Noris croit encore que l'on s était assemblé à Tyr

date de la négociation de Béryle ; au lieu de kaleiidas septemhris,

au sujet d'Ibas avant que d'aller à Béryte pour rcveuir ensuite conclure l'affaire à Tyr. 11 fonde cette opinion sur quelques mots obscurs de Photius : upoaéTrscra è^sXôeîv aûto-jç àuô T-jpoy, x. -. >.. Mais Photius joint cela avec l'accord qui fut la conclusion de toute l'affaire, et Ibas était alors accusé non seulement par les prêtres, mais encore par les moines qui ne paraissent néanmoins jamais dans ce qui se lit à Béryte. C'est pourquoi Tillcmont a préféré joindre ce TipoTÉTteo-a à la conclusion de l'affaire que Photius avait pressée afin de met- Ire Ibas et ses accusateurs loin de Tyr le plus vite possible. M. P. Martin, Le Brigandage d'Ephèse, dans la Rc'ue des Questions historiques, 1874, t. xvi, p. 20 sq., a repris celle question au point de vue des données chronologiques fournies par les actes syriaques raonophysites du « Brigandage d'Ephèse ». Voici d'après lui, quel paraît être l'ordre des faits : « Arrivés à Conslantinople, les ennemis d'Ibas, les clercs de l'Osrhoène, qui avaient échoué auprès de Domnus d'Antiochc, obtinrent par leurs protecteurs, de nouveaux juges ; des juges même en partie hostiles à l'accusé. La cour de Constantinople n'était pas cependant encore entrée résolument dans la voie qui devait conduire fatalement au « Brigandage d'Ephèse î. Elle était fatiguée des troubles d'Asie, elle voulait y mettre un terme, mais elle ne voulait pas employer toutes sortes de moyens, 11 fallait que de nouvelles contradictions et de nouveaux mécomptes vinssent augmenter, avec le crédit hétérodoxe, la colère du faible empereur Théodose II. Au moment où nous sommes parvenus, il n'éfait encore que mécontent de ceux qu'on traitait de nestoriens. Le 26 octobre 448 (Mansi, op. cit., t. VI, col. 210), il chargea le tribun et notaire Damascius défaire examiner par Photius de Tyr, Euslhate de Béryte et Uranius d'Himère la cause des trois évêques, Ibas d'Edesse, Daniel de Carrhes et Jean de Théodosianopolis, contre lesquels il avait été introduit des plaintes auprès du gouvernement impérial. Les accusateurs d'Ibas repartirent donc, en compagnie de Damascius et du diacre Euloge, que le patriarche de Constantinople, Flavien, envoyait pour suivre la procédure, et probablement aussi pour le tenir au courant de tout ce qui se ferait. Les choses en étaient là quand le concile de Constantinople (8 novembre 448), ayant condamné Eutycliès, vint altérer les bonnes dispositions oîi semblait être l'empereur. Eutychès condamné, eut recours à l'eunuque Chrysaphius, et celui-ci méditant la perte de Flavien, se mil en tête de se défaire aussi de tous ceux qui le soutenaient ou pourraient le soutenir. Pendant qu'il organisait le plan de campagne avec Dioscore et Eutychès, les évêques orientaux, induits eu erreur sur les dispositions du gouvernement par la condamnation de l'hérésiarque, envoyaient des délégués à Constantinople pour protester contre toutes les calomnies dont ils étaient l'objet de la part de quelques prêtres interdits ou de quelques moines turbulents de l'Osrhoène. Mansi, op. cit., t. vu, col. 210. Domnus et Théodoret prirent l'initiative et nous avons encore les lettres que l'évêcjue de Cyr adressa aux personnages les plus influents de la cour. Pendant que ceci se passait, les juges nommés par Théodore se réunissaient d'abord à Tyr, puis transféraient leurs séances à Béi-yte, à cause du tumulte que faisaipnt les moines accusateurs d'Ibas, et revenaient enfin conclure le différend à Tyr par un arrangement à l'amiable (25 février 449). On avait supposé jusqu'à ce jour, au moins com-

IrtO CONCH.tS A AMldCIIC 497

[.'U2J ils oui lu kalcndas februarias '. Pagi, Xoris, Daronius et Mansi

imim'-niiiil, ([tu- le comproiiiis cU' Tyr avait eu liou eu février 'i'i8, taudis que lo «vuude de Béryte s'était réuui le 1" se])tcmbre de la luèini' aiiuéc ; mais celte opiuion n'est plus soutcuahli». iJ'abord nos acti's (syria(jnes| ne distinguent jauiiiis ces deux i-i'unious ; ensuite la dati» des actes de Tyr el de Béryte les place eu 449. Or, ceilaiueuient. celle aiiuée-!à il u y eut pas de réunion en septembre à Béryte, attendu que le synode d'l:;|.)li(S«' était déjà terminé à celle épi)qui>. Enlin la date du 1^ février 'i 49 i\oiis explii|ne seule encore clairement la succession des faits et coucoidc seule exaclemcnt avec ce (jue nous lisons dans uni- supplique du derué d Kdesse aux juives d Ibas. Jl y est dit que la fête de l'àtiues étant proche, les juges de Tyr sont priés de renvoyer l'évèque dl^desse pour qu'il jaiisse assister aux cérémonies pascales. Il est évident que ce lanirage se comprend très bien dans 1 liypollièse où les synodes de Béi-\ te et de Tyr sont |ila'"<''S en (é\rier 449, atltiidu que la fête de ! àqiies loml)ail celte année-là le -~ mars: mais ce langage n aurait plus de raison d être au mois de septembre de l'année précédente, sept mois environ avant les solennités pascales. On peut enlin faire valoir contre Icqjiuion commune une ilernière raison qui a bien sa valeur ; c'est la date de l'ordination de Photius, évèque de Tyr, qui eut li«u le 9 septembre 448, sept mois après la déposition d'Irénée (17 février 448). Doranus d'Anlioclie nous apprend ce détail dans une lettre à Flavien. conservée parmi les actes syria([ues. Or il est indubitable que Photius était déjà évèque de Tyr quand il fut chargé de juger Ibas ; ce n'est donc pas en février 448 qu il put exécuter l'ordre de l'empereur, puisqu'il n était pas encore évèque à celte époque. Ou le voit, tout nous oblige à placer les graves événements qui s accomplissaient eu Orient, dans le cours de l'année 449, du mois de février au mois de septembre. L'absolution d'ibus ou l'arrangement de Tyr-Béryte mit le comble à la mesure et exaspéra au dernier point le parti de Diosoore et d'Eutychès. Une guerre d'extermination fui dès lors résolue et on commença à en faire les préparatifs. On forma le projet d'attaquer tous les adversaires à la fois et de réunir contre eux des preuves accablantes pour le prochain concile dont la convocaiiou fut bientôt décrélée. Ces événements avaient eu lieu en mars 449. Pâques tombait celle année-là le 27. Ibas put-il assistei- aux cérémonies auxquelles celle solennité chrétienne a toujours donné lieu depuis les premiers temps du christianisme ;' On n en sait rien ; le fait est douteux, car l'esprit de la population d Edesse s'était considérablement modifié pendant ce dernier mois et soit pression de la part des aulorilés publiques, soit menaces de la part des ennemis d'Ibas, une partie du clergé qui avait écrit au synode de Béryte en faveur de 1 évèque persécuté, lui était devenue ou allait lui devenir franchement hostile. (H. L)

1. Tillemont, Méin. hist. ecclés.,\. xv, p. 474 sq., 897 sq. ; Walch, Kclzerhisl., t. vi, p. 69, et Ilistor. der Kirchenvers., p. 299. Ou pourrait opposer à cette hypothèse le renseignement fourni par les indications des actes de Tyr et de Béryte. I.a session de Tyr est désignée par Indictio /et celle de Béryte par Indictio II. Mais, ainsi que Tillemont l'a déjà remarqué, ces indictions sont souvent fautives et l'œuvre d'écrivains postérieurs. Tillemont se trompe cependant, lorscpril suppos(; (jue, d'après l'ère syriaipie, le 10 du mois de Peri-

CONCILliS — Il — ai

498 LIVRE X, CHAPITRE l

mettent la séance de Tvr avant celle de Béryte "^ et disent que la population de Tyr ayant été scandalisée, au plus haut degré, par un prétendu discours injurieux d'Ibas, qui aurait soutenu que le Christ était devenu Dieu, on aurait trouvé bon de transférer la réunion à Béryte. — A mon avis, s'il est impossible d'arriver à une solution définitive, on peut dire que la priorité semble revenir à la réunion de Béryte. Ce qui l'indiquerait c'est qu'à Béryte, l'évêque Uranius, qui protégeait les accusateurs, dit avoir été présent à Constaiitinople et à Antioche, lorsque l'aftaire fut agitée. Or, comme il assistait également à l'assemblée de Tyr, il aurait certainement ajouté : « J'étais également à Tyr, » si l'assemblée de Tyr avait déjà eu lieu. — On se demande aussi si les négociations de Béryte et de Tyr ont eu lieu en 448 ou 449. Quelques savants interprètent ces mots des actes : Post consulatuin Flavii Zenonis et Postliumiani'-^, comme s'il y avait sub consulalu, et se décident, pour ce motif, en faveur de l'année 448. D'autres, au contraire, interprètent la particule post st-lon sa signification réelle et se décident en faveur de l'année 449 ^. Quant à ce qui s'est passé dans les négociations de Béryte et de Tyr , il sera dans l'ordre de le raconter lorsque nous aurons à parler de la neuvième et de la dixième session du concile de Chalcédoine.

tius ne représeutait pas le 25 février, comme les actes de la séance de Tyr le supposaient. Cf. Ideler, Lehrb. der Chronolog., p. 182.

1. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. v, col. 499-502 ; Pagi, ad ann. 448, n. 9.

2. Hardouin, Coll. conc, t. ii, col. 503, 511 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. VII, col. 198, 211.

3. C'est ce que font iXoris, Tillemont, Pagi et Walch. Baronius ainsi que Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vi, col, 501, se prononcent au contraire pour l'année 448.

[313] CIlAlMTUr. 11

EUTYGHÈS ET LE GONCJLE DE GONSTANTÎNOPLE EN 448

ilO. Les monophysites commencent la lutte ; persécutions contre les évêques Irénée et Théodoret.

Dèslrpoquo (){i N\'sU)riusc'tal)lissait une <lisliiiclioii Irop accentiice entre les deux natures du Christ, entre sa divinité et son humanilc, ou pouvait constater l'apparilion (lunedoifriiie diamétralement opposée à celle du uestorianismo, c'est-à dire le monophysisme ^, (pii réu-

1. L'Iiisloiie des hérésies l't des conciles qui en sont la suite nous conduit sans cesse dun exlièmo ;i un autre extiônic. L'esnril humain trop souvent immodéré se précipite ainsi fl'nu excès dans nn excès opposé ; le sabeliianisme suscite l'arianisme ; l'ariauisme provoque l'apollinarisme ; le ueslorianisini- soulève le niMnophysisme. Xestorius niait l'unité de la personne du Christ, Eutychès l'exagère au point de soutenir l'unité de nature. iSesLorius met entre la divinité cl l'humanité du Christ une séparation trop grande. Eutychès non seulement la supprime mais confond Iiiiitianité et divinité. En un certain sens on peut dire que ces erreurs servaient la vérité puisque l'Eglise, pour ks réfuter, énonçait des difinitinns et des formules qai n'ont [las été mo.lilîées ni r<'mplacées. L'animation que les hérésiarques apportent à soutenir leur erreur les amène parfois à exposer et à défendre une part de la vérité. On en a eu l'exemple en Afrique avec Cresconius ; on le voit encore dans les grands conflits métaphysiques soulevés par l'étude de la personne du Verbe incarné. Eutychès a contribué à ajouter de la clarté dans l'exposition de cette vérité: le Christ est un, il est une seule personne ; Xestorius de son côté exposait la vraie doctrine (juand il dit que le Christ est eu deux natures, la natuie divine et la nature humaine. Ces deux dogmes, loin d'être inconciliables, se réunissent dans l'union hypostatique. Ces deux natures sont unies mais non c miondues ; chacune conserve ses propriétés, le sujet à ipii elles appartiennent est un seul et même Christ, le Verbe incarné. En devenant homme, le Fils do Dieu est resté Dieu ; il est Dieu-homnu'. Les deux nalui-es se rapprochent, elles ne se coniondent pas, pas plus qu'elles ne se combinent en une troisième nature qui serait une sorte de mixture de divin et d'humain. (Sur le rappfut dogmatique de ces deux hérésies, cf. Théodoret, Eranistes scu Polvnior/ihits, P. G., I.lxxxiii, col. 27sq.) Il faut reconnaître qu'une circonstance particulière facilita la naissance du nionopliysisme. Ce ne fut pas seulement le goût inné de 1 homme pour la contra-

500 LIVUE X, CHAPITRE II

nissait les deux natures en une seule, au point de les confondre,

diction, mais IcUil des questions ihéologiqiies restées en suspens ou bien insuffisamment élaborées au lendemain du concile d'Eplièse. Nous avons montré les condilioiis pitoyables daiis lesquelles le concile s'était tenu : la tranquillité constamment tcoublée, et la sécurité des individus fréquemmenl menacée. Aussi les Pères n'eurent ni le loisir ni le repos d'esprit indispensables pour élaborer, sur tant dépeints soulevés, des formules définitives. L'accord tardif intervenu entre Alexandrins et Anliochiens sur la terminologie tliéologique de saint Cyrille, laissait encore bien des irréducliblcs, notamment dans l'école d'Anlioche. Beaucoup aussi s'attachèrent aux doctrines de Diodore de Tarse, de Théodore de Mopsueste et de Théodorct de Cyr, iuvo([uant celle excuse, d'ailleurs excellenlc, que le concile d'Eplièse ne s'était pas prononcé sur leur orthodoxie. La confusion des esprits grandissait sans cesse. Tandis que des nesloriens irréductibles adaptaient à leur erreur les expressions les plus rigoureusement orthodoxes de saint Cyrille et des Pères, certains prirent nettement la défense de la théologie cyrillienne et l'exagérèrent à tel point ijue s'attachaat inébranlablement à ses propres expressions ils en vinrent néanmoins à lesfaire dévier de leur sens lorsque, pour mieux attester la doctrine fondamentale de l'unité du Christ, ils perdirent de vue la perfection des deux natures que Cyrille avait su distinguer toujours A. Harnack, Dogmengeschichte, 3e édit., t. ii, p. 334. Telles furent les tendances tliéologiqucs qui couimencèrenl à se faire jour dès le milieu du ve siècle. Théodorct, dont nous avons vu les attaches étroites à la secte nestorienne, personnelieuient touché par le monophysisme, entra euscèneavec une série de trois dialogues auxquels il donna le titre inattendu de 'Epavia-rriç (le Mendiant), P. G., t. lxxxiii, col. 27-335^ et qui parurent en 447. L'œuvre est moins théologique que philosophique. Théodoiet donne la première place à la raison et c'est en faisant appel à ses principes évidents qu'il écarte de la nature divine de l'Homme-Dieu le mélange des natuics et proclame les trois règles : ni changement, ni mélange, ni douleur (oî^peuTo;, ào-jy/'-''^'^^» àTvaÔr,;). Cependant, son érudition et sou orthodoxie lui conseillèrent de renforcer ses raisons par le témoignage des Pères de l'Eglise. Dans le premier Dialogue, on entend l'Orthodoxe démontrer à grand renfort de dialectique que le texte : « T^e A'erbe s'est fait chair » ne doit pas s'entendre au sens d'une transformation du Verbe en chair huuinijie. Sou adversaire VEraniste, ébranlé, lui répond : (( Tes arguments ne manquent pas de foi'ce, mais je serais curieux de savoir comment les anciens Pères ont compris la formule : « I^e Verbe s'est fait chair. » Dial. /, P. G., t. lxxxiii, col. 73. lu' Orthodoxe répond sur-le-champ par une citation de la lettre à « lilpiftète » dans laquelle saint Athanase fait voir dans le texte en question non une transformation, mais une « prise » delà chair par le Verbe tout comme dans le passage où saint Paul dit que le Christ s'est fait malédiction pour marquer que le Christ a assumé sur lui la malédiction à laquelle nO'.is étions sujets P. G., t. lxxxiii, col. 76. Alors il montre par les textes que saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, .Sévérieu de Cabales, ont adopté l'inlerprétation de saint Athanase, P. G., t. LXXXIII, col. 76. Une fois engagé dans les citalions, Théodoret donne carrière à son érudition et emprunte des textes plus ou moins longs à saint Ignace,

l'O. LES MONOPHYSnrS COMMrXCr.NT I.A LrTTI- 501

On donna d'abord ;i «cl te erreur !<' nom trapollinai-isnic \ et s'il

à saint Iréiiée, à Hippolyte, <t ;iiix Pèros du iv« sii-clc, lesquels s'accordent à proclamer que le Verbe a eu un citrps semblable au nôtre et a élé un houiiue comme nous. /-•. C, t. i.xxxiii, col. 8I-lÛi. Le sccou'l Dialogue serre la question (le plus près. I/A>««/A<e réclame une tlénionsîralinn de la distiiictiiin des natures du Christ, mais ici encore il déclare qu'il no sera convaincu que si ou lui montre l'accord de la doctrine avec l'enseignement des anciens l'ères. ]\ ('•., t. i.xxxiii, col. 169. l.'Oi llioiliixc ne s'arrête pas pour si peu et dresse une nouvelle liste palristique danslaquelle ilaccueillc parmi les docteurs grecs, lesnoms do saint Hilaire, saint Ambroise et saint Augustin. /-•. C. t. i \xxiii, col. 1G9. L'antagoniste se déclare v;iincu et rejette les théories d'Apollinaire. Avec le troisième Dialogue la niétliodc ne varie pas. C'est toujours une gi aiide chaussée de textes patristiqnes appelés en conlirniation des vérités rationnelles. P. G., t. i.xxxiii, col. 2Si. 11 s'agit maintenant de prouver que l'iiiunaiiilé du Sauveur a été seule à supporter les snuli'ranres et que la divinité n'y a eu aucune part. Ici cependant \'J-:raniste se nioutro récalcitrant, il objecte que tons les docteurs n'ont pas tenu un langage uniforme, les uns expliquent que l'hutnanité seule a soulfert, seule elle est morte, seule elle a ressuscité, les autres disent que Dieu a été crucifié, qu'il est mort, qu'il est ressuscité. Mais VO'tltodoxe répond qu'il en est des docteurs comme des jardiniers qui, pour guérir un arbre d'un mauviiis pli, lui donnent un pli opposé et que ces expressions excessives n'ont été employées que pour combattre plus efficacement des erreurs plus dangereuses ou plus invétérées. P. G., t. lxxxiii, coi. 309. Les partisans et les défenseurs de la christologie de Cyrille se laissèrent aller à de bruyantes divagations, nous aurons occasion dV-n rappeler l'expression dans le présent chapitre. (H. L.)

1. Apollinaire de Laodicce était mort vers l'année 390, peut-être beaucoup plus tôt, vers 377. Voisin, L'ApolUuarisme, p. 112. .Mais son parti lui survécut sous la direction de Timothée de Béryte qui engagea le groupe le plus important des disciples de rhérésiar([ue dans la voie d'opposition violente à l'Église vers la (in du ivt- siècle. Dès celle époque, les apoUinarisles étaient considérés comme partisans non seulement de l'unilé de personne, mais encore de l'unité de nature : Tinwtheani dic.unt Filinin Dei veriiin quidein hominem ex virgine Maria natuin, sed non ita unarn reddidisse personam^ ut non in unain sil redactus naturani. Ces mots sont empruntés à la notice ajoutée à certains mss. du traité de saint Augustin contre les hérésies. Les Timothéens étaient. dès lors, de véritables monophysites. La luUe reste très vive entre les représentants de l'orthodoxie et les apoUinarisles devenus les timothéens et les synousiastes. Le parti se sectionnait et ses fractions se trouvaient séparées les unes des autres par de profondes divergences dogmatiques, sauf sur doux points : le culte de l'hérésiarque et l'adoption de sa théorie monophysite. Une des plus importantes parmi les fractions dissidentes était celle des synousiasles qui portail à leurs dernières conséquences logiques les doctrines du maître. Le mot de Synousiaste que Théodoret appliquera aux monophysites, exprimait la thèse fondamentale de l'union du Verbe et de la chair en nue seule essence, <T-jvo-jTi(.)'7'.;. Les synousiasles étaient dirigés par Polémou, ce qui valut à ses partisans le nom (\e « polémieqs » ; il euseigqait le pur inouophysisiiu'. C'est

502 LIVKE X, CHAPITRE II

est certain, d'une part, que Cyrille a été i\ tort accusé d'apoUina-

dans les rangs des synousiastes que se trouvaient les principaux disciples d'Apollinaire, dès lors on s'explique sans peine que le monopliysisme avant d'être complètement dégagé des incertitudes du début ait porté le nom d'apollinarisme. L/importance cic la secte et sa propagande attiraient sir elles les polémiques et l'attention génér-Je. Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste, saint Cyrille d'Alexandrie, Théodote d'AntiocIic écrivent des traités et Nestorius, en 429, mande au papj Célestin qu'il combat cette erreur. Dès lors, les polémiens ont nettement [)ris position. Polémon qualifie la doctrine des deux natures d' « innovation des cappadociens, de présomption d'Athanase, de folie orgueilleuse des Italiens, P. G., t. lxxxvi, col. 1864. La polémique des synousiastes et polémiens contre les oi th(jdo.\es porte donc sur le problème fondamenial du dogme de l'Incarnation. Avec leurs coreligionnaires c'est une question de mots qui est eu jeu : la chair du Sauveur est-elle, dans un certain sens, consubslantielle au Verbe? D'après Timotliée, il faut professer qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une nature, une essence, si l'on veut lui attribuer l'unité de personne et de vie. D'aju-ès lui, celle consubstanlialilé consiste en ceci : « la chair du Sauveur participe aux noms et aux propriétés du Verbe sans cesser d'être chair, même dans l'union ; sans que sa nature soit changée. C est ainsi que le Verbe participe aux noms et aux propriétés de la chair, tout en restant Verbe et Dieu dans l'Incarnation etsans qu'ilsoit changé dansla nature du corps. » Cyrille d'Alexandrie atteste aussi que les synousiastes entendaient celte doctrine delà sorte, P. G., t.Lxxvi, col. 1'h32-1433 ; il ne prend pas le change quand il voit qu'on prétend sauvegarder la nature propre des éléments unis dans le Christ, malgré le monophysisme fondamental de la doctrine. Les synousiastes ne trompaient pins personne quand ils professaient l'unité de nature, tout en prétendant éviter la confusion des deux éléments qui la constituent. Saint Cyrille a imputé aux héiitiers d'Apollinaire une doctrine qui leur est étrangère, doctrine d'après laquelle le Verbe en devenant chair a subi une déchéance qui lui a facilité la consubstantialité avec la nature humaine. Théodoret a également imputé cette doctrine aux synousiastes et Hefele, Conciliengeschichte, 2e édit., t. ii, p. 313, note 1, dit que les apollinaristes admettaient un changement du Verbe en chair, tandis que les eutychiens professaient la transformation de l'humanité du Christ eu sa divinité. Cette deuxième opinion pouvait être attribuée aux partisans d'Eulychès après que l'erreur de ce dernier eut été dévoilée, et avant cela aux synousiastes ; mais la première ne concerne nullement les apollinaristes. Quand on rattachait le monophysisme à l'apollinarisme et qu'où le mettait en quelque sorte sous son égide en lui donnant son nom, c'était de timothéens, de synousiastes et de polémiens qu'il était question, ce que nous appellerions volontiers l'apollinarisme radical, en arrière duquel — et très loin — se traînait un parti apoUinariste modéré qui pour marquer sa rupture avec les exagérés et sa sympathie pour l'orthodoxie rejeta jusqu à l'expression de « consubstantialité ». G. Voisin, JJApollinarisme, p. 125. Une partie de ce groupe rentra dans l'orthodoxie vers l'an 421-428. Vers le même temps, pendant la première moitié du ve siècle, l'apollinarisme achève de disparaître en tant que parti. Après le concile de

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