EUTYCHKS ET SES ACCUSATEUIIS
cha en outre à gagner le pape Léon le Grand ; au printemps de 448, il lui écrivit pour lui signaler la persistance du parti nestorien. A son point de vue, en ellct, les orthodoxes étaient nestoriens, et le pape Léon parait bien s'en être douté ; aussi répondit-il avec beau-
sapliius. Il porta l'astuce, l'avarice, la cruauté, le géni-- do l'intrigue et de la fl.ilteiie ù uti dcgi é (jni surprit luêiue les Orii nt;iux que nulle servilité n'étonui*. Lair noble et la démarciie majestueuse de l'eunuque avaient séduit l'empereur à tel poiul qu'il fil de lui son t grand spathaire », ce que nous ;tppellerions aujourd'hui « grand connétable ) ; il était en outre grand clianibellan. 11 avait engagé la lutte contre l'ulihérie, sœur de Théodose, jadis régente, à la sagesse de laquelle lempire avait dû une prospérité merveilleuse de dix années. Ecartée par l'intrigue du conseil de l'empcrcui-, l'ulchéi-ic vivait dans lu i-etraite, sauf en quelques occasions solennelles où elle iiiiervenail avec l'énergie et l'autorité d'un caractèi'e et d'un prestige sans égal à la cour, l'our empêcher ces retours passagei-s de puissance et délivrer leur maître de ce Richelieu intermittent, les eunuques dirigeants avaient plus d'une lois formé le complot de la faire sortir du palais. Chr\ saphius y réussit enfin ; mais i n cherchant à ruiner la popularité de l'Augusta, on ne ri-ussil qu à 1 accroître encore. Relrauchée dans le domaine des questions reliLricuses. inviolablement fidèle à la foi traditionnelle de l'Eglise, hatlue en brèche par la cour entière, même par l'impératrice Eudoxie, femme de Théodose, Fulchérie était devenue le centre et le souverain du [)arti catholique. Après la révolution du palais qui avait amené le départ d'Eudnxie et son établissement en Palestine, l'ulchérie avait repris tout s«in ascendant sur l'empereur et ce retour de faveur l'avait mise une fois de plus en présence de l'influence hostile de Chrysaphius. Le coquin se sentant surveillé par cette femme que la vertu et le talent mettaient au-dessus de ses manœuvres, imagina de la faire écarter définitivement du pouvoir. Il recommença le siège de ce pauvre cerveau ombrageux de Thcodose, lui fit entrevoir l'ambition désordonnée et le dédain superbe de sa sœur à l'égard de ce fièie qu elle tournait à sa fantaisie. Ses allaires avançaient assez peu, il eut donc l'idée de faire rappeler l'épouse disgraciée afin de mettre aux prises les deux Augusta. 11 eu était là de ses combinaisons tortueuses, loisqu'en 4j8. la question du nionophysisme vint brusquement détourner les esprits des querelles de gynécées. Chrysaphius était prêt à tenir un rôle. Le lien religieux qui l'attachait à Eulychès était alors tenu pour une parenté réelle. Lorsque Chrysaphius revenait du monastère au palais impérial il affectait une admiration sans bornes pour le génie de l'archimandrite avec qui il venait de s'enlroleuir. La cour faisait chorus et Théodose devint bientôt lui-même admirateur passionné et partisan fougueux de la doctrine eulychienne, ce qui s'explique d autant mieux (ju il entendait moins cette doctrine. Une faveur si soudaine et si éclatante valut à Eulychès une petite cour de solliciteurs ecclésiastiques ou monc'ains, soucieux de rcct)uinjaudations auprès de Chrysaphius. Celui-ci continuait ses manœuvres et amena à l'eutychianisme militant Théodose et Eudoxie. Toutefois ce triomphe dni-a peu. En 450, à la mort de Thcodose, Chrysaphius lut disgracié, exilé dans une île et mis à mort sur les instances de Pulchérie à qui son rare bon sens épargnait en politique une sensiblerie pernicieuse. (H. L.
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coup de prudence (l""" juin 448), louant son zèle, mais ajoutant toutefois qu'il ne pourrait intervenir qu'après avoir reçu des renseignements plus précis sur les accusés ^ Dans une lettre du 13 juin 449, le pape Léon dit expressément qu'Eutychès avait cherché à ternir la bonne renommée des orthodoxes en les accusant de nestorianismc '^. En portant ces accusations comme en s'opiniâtrant à soutenir ses opinions, Eutychès pensait servir la cause de l'orthodoxie ; il croyait entachée d'hérésie toute doctrine qui ne s'opposait pas d'une manière aussi radicale que la sienne au nestorianisme. Il ne vit pas la différence, bien grande cependant, qui existait dans la manière dont les nestoriens et les orthodoxes comprenaient les deux natures dans le Christ ; il vit seulement que les uns et les autres affirmaient les deux natures, et cela lui suffit pour lancer contre tous une accusation d'hérésie. Raisonner ainsi était faire preuve de peu d'intelligence. Aussi le pape Léon le Grand l'appela-t-il à plusieurs reprises imprudens et nimis imperitiis ^. Il disait encore de
1. S. Léon, Epist., xx, Ad Eatycheii Consiaiitinop. abbalem, P. L., t. liv, col. 713; Hardouin, Coll. concil., t. ii, col. 1 ; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. V, col. 1323. Dans les éditious de saiut Léon antérieures à celles des Ballerini cette lettre portait le u. xix. Les mss. classés par les Ballerini sous le titre de Collectio Hispatiica, portent ce litre : Ad Eutychen ConstantinopoliLanum ahhaiein adversus Nestorianam hseresiin. Cette lettre de saint Léon en réponse à la lettre d']]]utycliès s'adressait à l'archimandrite encore indemne d'hérésie. La lettre d'EuLychès était antérieure à l'aveu public de sa doctrine nouvelle. Quelques-uns s'y sont trompés parce qu'ils ont trouvé cette lettre au début des actes du concile de Clialcédoine auxquels elle semblait apparteuir. Antérieure au concile de Constantinople dont nous allons parler, la lettre ne paraît que pouvoir èlre postérieure à la vulgarisation des opinions découvertes par Domnus d'Antiochc. Avant d'èlre dénoncé par Eusèbe de Dorylée, Eutychès était déjà signalé à l'empereur comme le fauteur d'un renouveau de l'hérésie apollinarisle. Nous en avons pour preuve le témoignage de Facundus d'Hermiane, 1. VIII, c. v. Ces orthodoxes qu'Eutychès accusait de nestorianisme devant le pape s;ùnt Léon, c'étaient Domnus d'Antioche, Théodoret de Cyr et plusieurs autres. (H. L.)
2. Epist., XXXV (al. xxv) ; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 11 ; P. Z., t. liv, col. 803 sq. : Quid aiitein prodest iniprudentissimo seni, nestorianx hxrescos noiniiie, eoruin lacerare opinioneni, fjuoraiii piissiinam convellere non potest /idem, ciim quantum Nestorius a veritate discessit, Deitatem Verhi ab assumpti homiiiis substaniia separando, ianlum a recto tramile etiam iste desciscat, qui unigenitum Dei Filium sic de utero Ueaiœ Virginia prœdicat natum, ut humani quidem corporis speciem gesserit, sed humanse cariiis veritas Verbo unita non fuerit ? De quo prodigio fulsitaiis qnis non videat qux opinionum monstra nascantur ? (H. L.)
3. S. Léon, Epist., xxviii, 1 ; xxxv, 1, P. L., t. liv, col. 755, 803,