CONCILC DK CONSTANTINOPLE
que ce n'était pas à lui, mais aux évèques, à signer des explications sur la loi, Entychès fit répondre : « Si vous ne me soutenez pas, l'archevêque vous perdra après m'avoir j)eidu. » L'ar^ hiinnndrite Martin n'avait du reste pas lu l'écrit dEutychès, cl ne sa\ait, sur son contenu, (juc ce c|u'Eutychès lui avait fait dire, à savoir que l'écrit ne contenait que ce qui avait été enseigné par le concile d'Ephèse et par Cyrille. « Nous nous rendîmes ensuite chez l'archimandrite et prêtre Faiislus, qui a reconnu que les moines C^onstmtin et Eleusinius lui avaient apporté l'écrit d'Eutxchès à souscrire, en lui disant qu'il contenait les déclarations des Pères de Nicée et d'Ephèse. Sur sa réponse «ju'il lui fallait (avant de signer) comparer le -ri;/:ç avec les actes des deux conciles (juil possédait, pour \()ir si on n y avait rien ajouté, ils étaient sortis mécontents. Un autre supérieur de couvent, Joh, n'a pas, il est \rai, reçu d'écrit envoyé par Eutychès ; mais ce dernier lui a fait dire que l'archevêque lui présenterait bientôt quelque chose à signer, et (ju'il devait s'y i-efuser. Enfin, nous avons vu Emmanuel (l'abbé) et Abraham qui nous ont déclaré n'avoir reçu d'Eutychès ni écrit^, ni avertissement. »
Euscbc de Dorylée dit alors : « Eutychès a cherché à entraîner les moines, il a enseigné l'erreur, la preuve est faite ; on peut procéder contre lui. De plus il en a menti quand il a protesté au début de sa résolution de ne pas sortir, et qu'il a ensuite promis de venir ici. » L'archevêque Flavien répugnait cependant encore aux mesures extrêmes ; il accorda donc ii Eutychès le délai réclamé jusqu'au 22 novembre, tout en observant que, dans le cas où il ne comparaîtrait pas, il perdrait sa dignité de prêtre et serait déposé de sa qualité d'archimandrite '.
Le samedi 20 novembre, se tint la sixième session ; Eusèbe de Dorylée demanda ([u'on citât à comparaître le surlendemain, en même temps qu'Eutychès et en qualité de témoins quatre amis de l'archimandrite : le prêtre Narcisse (le syncelle d'Eutychès), l'archimandrite Maxime son ami, le diacre Constantin son apocrisiaire, et [328] le moine et diacre Eleusinius, dont il a déjà été plusieurs fois question. Flavien ayant approuvé cette proposition, l'infatigable Eusèbe en fit aussitôt une autre ; il avait appris que, lors de la seconde assignation, Eutychès avait fait aux deux délégués, Manias et Théo-
1. Hardouin, Coll. concil., t. n, col. 153-155 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. VI, col. 719-724.
phile, certains aveux non consignés clans les actes, mais qui jetaient un grand jour sur ses opinions. On devait interroger sur ce point les délégués. Théophile, le seul présent en ce moment, fit la déclaration suivante: |« Eutychès nous demanda, nu prêtre Mamas et à moi, en présence du prêtre Narsès, de l'abbé Maxime et de quelques autres moines, en quelle Ecriture on trouvait deux natures, et ensuite, qui des Pères a dit que le Verbe avait deux natures. Nous lui répondîmes : (L Montrez-nous aussi en quelle Ecriture on trouve le consub- (c stajitiel ? «Eutychès répondit : « Il n'est pas dans l'Ecriture, mais «dans l'exposition des Pères. » Mamas répondit : « Il en est de même « des deux natures. » — (c J'ajoutai, dit Théophile : Le Verbe est-il « parfait ou non ? » Eutychès dit : « Il est parlait. » — « J'ajoutai : « Étant incarné est-il homme parfait ou non ? » Il dit : « Il est parce fait. » Je repris : « Donc si ces deux parfaits, le Dieu parfait et «l'homme parfait composent un seul Fils, qui nous empêche dédire « qu'il est de deux natures ? » Eutychès dit : « Dieu me garde de « dire que Jésus-Christ est de deux natures ou de raisonner de la «nature de mon Dieu. Qu'ils fassent contre moi ce qu'ils voudront. Je « veux mourir dans la foi que j'ai reçue. » Flavien demanda à Théophile pourquoi il n'aviiit rien dit de cela la première fois. « C'est, répondit Théophile, que n'ayant été envoyés que pour assigner Eutychès, nous avons jugé inutile de parler d'autre chose. » Mamas qui était absent lorsque Théophile déposait en ces termes, survint; on lui lut la déposition de Théophile, après quoi il prit la parole et dit : « Lorsque nous fûmes envoyés à Eutychès, nous ne voulions parler de rien ; mais il entra en dispute, parlant de son dogme. Nous le reprenions doucement. Il disait que le Verbe incarné est venu relever la nature qui était tombée. Je repris aussitôt : « Quelle « nature ? » Il répéta : « La nature humaine. » Je lui dis : « Par quelle « nature a-t-elle été relevée ? » Il dit : « Je n'ai point appris clans « l'Ecriture qu'il y ait deux natures. » Je repris : « Nous n'avons [329] ce point non plus appris dans l'Ecriture le consubstantiel, mais (nous «l'avons appris) desPèresqui l'ont bien entendu et fidèlement expli- « que. » Il dit : « Je ne raisonne point sur la nature de la divinité et «je ne dis point deux natures, Dieu m'en garde ! Me voici. Si je suis « déposé, le monastère sera mon tombeau ^. »]
1. Toute cette déposition si vivante avait été résumée par Hef'ele, nous la rétablissons d'après les Acles. (H. L.)