‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 338 sur 407 · Labbe, Concilia, t. iv, col · texte numérisé non relu

Labbe, Concilia, t. iv, col

natures ? » (El ïv, lûo çjgswv svwaiv zixo'KZ'-fzlz :) Eutychès répondit qu'il la reconnaissait ; mais Eusèbe de Dorylée lui posa la question d'une manière plus précise et dit : « Reconnais-tu l'existence simultanée des deux natures après que le Christ s'est fait homme, et crois-tu que le Christ soit, quant à sa chair, de même substance que nous ^ ? » Eutychès répondit : « Je ne suis pas venu pour disputer, mais pour faire connaître à Votre Sainteté ma croyance. Elle est consignée dans cet écrit ; faites-le lire. » Flavien lui demanda de le lire lui-même; mais il refusa. L'archevêque lui dit alors : « Si c'est ta profession de foi, quel besoin as-tu de ce papier? » Eutychès répondit: « Voici ma foi: je prie le Père sans exclure le Fils, le Fils sans exclure le Père, et le Saint-Esprit sans exclure le Père et le Fils. Je reconnais que son corps actuel (celui du Fils) est né du sein de la Vierge et qu'il est devenu homme dans tout le sens du mot, pour notre salut ; telle est ma foi devant le Père, devant le Fils et devant le Saint-Esprit, de même que devant Votre Sainteté 2. -» L'archevêque demanda : « Reconnais-tu aussi que le seul et même Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ est consubstantiel à son Père quant à sa divinité, et consubstantiel h sa mère quant à son humanité ? » Eutychès répondit : « J'ai dit mon opinion, qu'on me laisse en paix. » L'archevêque continua : (( Reconnais-tu que le Christ se compose de deux natures ? » Eutychès répondit: « Jusqu'ici je ne me suis pas permis de discuter sur la nature de mon Dieu, et je n'ai jamais dit comment j'ai compris qu'il était de même substance quenous. Je n'ai jamais dit jusqu'à ce jour que le corps de Notre-Seigneur et Dieu nous fût consubstantiel, mais je reconnais que la Vierge est de même substance que nous et que notre Dieu est né de sa chair. » L'archevêque, l'êvêque Basile de Séleucie et le député impérial Florent firent alors remarquer à [332] Eutychès que, puisqu'il reconnaissait que Marie était de même substance que nous et c|ue le Christ avait pris d'elle son humanité, on en devait conclure que l'humanité du Christ était de même substance que la nôtre. Eutychès répondit : « Entendez-moi bien ; je ne dis pas que le corps de l'homme est devenu le corps de Dieu ^ ; mais je parle du corps humain de Dieu, et je dis que le Seigneur s'est

1. Ilardouin, Coll. concil., t. 11, col. 159 sq. ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. Yi, col. 734-738.

2. Hardouin, op. cit., t. 11, col. IGo ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 739.

3. Ce serait là une proposition nestorienne, car elle supposerait l'existence de deux personnes.

l~l. CONÇUE DK CONS I ANTlXOPLi: 537

fait chair de la \'iei'«i;e. Voulez vous (jue j'ajoute encore que son corps est (Je même substance que le nôtre .' Je Taccorde volontiers ; mais je nc'utencls pas celte égalité de substance dans le sens ([u'il n'est pas Fils de Dieu. Antcrieuroment je n'ai pas spécialement parlé irune égalité de substance (quant à la chair), mais maintenant je lerai ce qui sera demandé par Votre Sainteté. » L'archevêque réponilil : (i Tu ne le lais donc que contraint et non parce que c'est ta loi .' » lùitvchès ne lépondit pas directement à cette question ; il se contenta d'ajouler que jns([ue-là il n'avait pas pailé de cette manièrt', mais qu'il le ferait désormais, puisque telle était la volonté du concile. C'était reprocher au concile une innovation dogmatique, reproche que Flavien repoussa énergiquement. Florent posa ensuite la question avec finesse et précision : « Crois-tu, dit-il, que Notre- Seigneur qui est né de la Vierge est de même substance que nous, et qu'il se compose de deux natures (ex z-Jo ojo-îwv) après son incarnation ;' » Kulvchès répondit : (( Je reconnais qu'avant l'union de la divinité et de l'humanité, il avait les deux natures ; mais après l'union, je ne reconnais plus qu'une seule nature {'0'^.o'Ko^oi èy. cJo o'jztdi'* Yc7£VY;(j6ai tcv Kjpisv •rjiJ.oiv -pb -f,q èvwcîMç' [j.t-x zï tt;v ivcociv ;j.îav ç; Jriv cy.iXivàj) ''. » Le concile réclama enfin d'Eutychès une déclaration explicite et un anathème sur chaque point hétérodoxe de la doctrine exposée. Il répondit d'une manière ambiguë qu'il « voulait bien, puisque le concile le demandait, accepter cette manière de parler : est égala nous sous le rappo/t de la substance, et seconipose de deu.v natures ; mais qu'il ne trouvait rien de semblable ni dans la sainte Ecriture ni dans les Pères, et par conséquent qu'il ne pouvait prononcer l'anathème (sur le rejet de cette expression), parce qu'en le faisant^, il anathématiserait ses Pères». A ces paroles, le concile se leva et cria : « Qu'il soit anathème ! » et l'-archevèque demanda : « Que mérite celui qui ne professe pas la r;>33"| vraie foi et qui s'obstine dans son erreur ? » Eutychès chercha à échapper à une condamnation imminente, en répétant sa distinction : « 11 consentait maintenant à employer ces expressions, mais il refusait l'anathème. » Le patrice Florent précisa encore plus la (juestion et lui dit : <( Reconnais-tu deux natures dans le Christ et son égalité de substance avec nous (quant à la nature humaine) ? » Eutychès répondit : « J'ai lu les écrits de saint (Cyrille et d'Athanase ; avant l'union, ils parlent des deux natures; après l'union, ils ne parlent

1, Hardouiii, up. cit., t. ii, col, 163 scj. ; Mansi, op. cit,, t. vi, col. 742-743.

plus que d'une seule. « Florent reprit à son tour : « Professes-tu les deux natures également apiès l'union ? Si tu ne le fais pas^ tu seras condamné. » Eutychès réclama la lecture des livres de Cyrille et d'Athanase ; mais, au dire des actes, Basile de Séleucie fit la remarque suivante (qu'il nia, jusqu'à un certain point, avoir faite, lors du Brigandage d'Ephèse) : « Si après l'union tu ne reconnais plus les deux natures, tu admets, donc un mélange ou une fusion (des natures) ^ ? w Florent dit alors : « Quiconque se refuse à dire : des deux natures^ et ne reconnaît pas, en effet, deux natures, celuilà n'a pas la vraie foi ; » et le concile repartit : « Et quiconque n'accepte une chose que par force, ainsi que le fait Eutychès, n'y a pas foi. Longue vie aux empereurs ! » L'archevêque prononça enfin le jugement suivant : « Eutychès, jadis prêtre et archimandrite, est pleinement convaincu et par ses actions passées et par ses déclarations présentes d'être imbu de l'erreur de Valentin et d'Apollinaire, et de suivre opiniâtrement leurs blasphèmes, d'autant plus qu'il n'a pas même eu égard à nos avis et à nos instructions pour recevoir la saine doctrine. C'est pourquoi, pleurant et gémissant sur sa perte totale, nous déclarons de la part de Jésus-Christ, qu'il a blasphémé, qu'il est privé de tout rang sacerdotal, de notre communion et du gouvernement de son monastère, faisant savoir à tous ceux qui lui parleront ouïe fréquenteront désormais, qu'ils seronteux-mêmes soumis à l'excommunication. » Flavien et les autres évêques souscrivirent ce jugement en employant la formule : 'Optaac; ÛTréYpaii^a, c'est-à-dire : Judicans subscripsi ^ ; tandis que les vingt-trois archimandrites, qui signèrent également alors ou un peu plus tard, n'écrivirent que le mot ûxl^poc?», parce qu'ils n'avaient qu'à adhérer au jugement sans avoir à l'apprécier ^.

1. Hardouin, op. cit.^ t. ii, col. 167 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 746.

2. Hardouin, op. cit., t. ii, col. 167-172 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 746-754.

3. A peine la sentence d'excommunication était-elle promulguée que plusieurs évêques se levèrent pour partir. L'exiguïté de la salle remplie de monde, une partie de l'assistance se tenant debout, causait un assez grand désordre, qui se manifestait par des conversations bruyantes, des changements de place. Parmi ce tumulte, Eutychès s'approcha du patrice Florent et lui dit qu'il venait d'en appeler de sa condamnation aux conciles de Rome, d'Alexandrie et de Jérusalem, qui étaient les trois Eglises qui s'étaient montrées les plus énergiques à Ephèse contre NesLorius. Le patrice voulut en avertir sur-lechamp l'archevêque, qui avait déjà quitté son siège, afin quel'appel fûtmentionné aux actes ; mais il n'atteignit Flavien que dans l'escalier qui conduisait de la salle du concile à l'évêché. Flavien n'avait rien entendu et refusa, par consé-

Page 1