EUTYCHÈS CHERCHE A SE JUSTIFIER
[334] i73. Eutychès et Flavien cherchent, chacun de leur côté,
à gagner l'opinion publique.
On pouvait prévoir qu'l^lutychès et ses amis porteraient contre ce concile toutes sortes de plaintes et d'accusations : nous verrons plus l(»in que, parmi ces accusations, il s'en trouvait (jni ('taient dépourvues de valeur, d'autres ne pouvaient être prouvées, et enfin celles qui l'étaient ne méritaient pas d'être prises en considération. Quand le concile lut dissous et qu'on connut sa sentence, il se fit un grand mouvement parmi le peuple, et, en rentrant chez lui, Eutychès fut, à ce qu il dit, insulté par la populace ^. Il fit, plus tard, un grief à l'archevêque Flavien^ de ne lavoir pas protégé ; il parla même du danger de mort '^, auquel il n'échappa, écrit-il par flatterie au pape Léon le Grand, que grâce à la prière de ce pape (dont il demandait la protection) et aux soldats de l'empereur -^ Il ne manqua pas de faire aussitôt placarder sur les places publiques de Constanlinople des plaintes injurieuses [contestalorios libellas , touchant ce qui s était passé et la justification de sa doctrine *. Il se plaignit également de l'empereur^ qui ne le reçut pas d'une manière défavorable, si bien qu'à partir de ce moment, la disgrâce de l'archevêque Flavien se précipita de plus en plus ^. Pour
quent, de rien faire insérer au piocès-verbal. l:!nlychès affirma son dire et prit le patrice à témoin de sa déclaralion. 11 prolesLa que sou appel avait été formé publiquement et écarté par la mauvaise volonté de Flavien. Dès le soir même, il l'adressait à l'évèque de Rome, et attaquait les actes en nullité près de l'empereur. (H. L.)
1. Eutychès, Epist. xxi, Ad S. I.eonem, édit. Ballerini, t. i, p. 739 ; Mansi, Conc. am/diss. coll., t, v, col. 101'», 1323; P. L., t. liv, col. 713. [Cette lettre fut écrite le 22 novembre 448. (H. L.)]
2. Hardouin, Coll. conc, t. ir, col. 98 ; Mansi, Conc. anipliss. coll., t. vi, col. 629.
3. Eulycliès, Epist., xxi, Ad S. Leonem, 2, P. L., t. liv, col. 716.
4. S. Léon, Epist., xxiii, Ad Fla\iamini, P. I.., t. liv, col. 731.
5. Flavien, Epist., xxvi, Ad S. Leonem, P. L , t. liv, col. 7i;! sq. ; Tillemont, Mém. hist. ecclés., t. xv, p. 8'J8, note xvi : c Sur la première lettre de saint Flavienà saint Léon tuiitre Lutychc. » 11 s'agitdela lettre quiporte len. xxii parmi les lettres de saint Léon elle a dû être écrite très peu de temps après le concile de 448 et c est bien la première écrite à Rome par Flavien sur cette alfaire ; elle aura dû parvenir au pape presque en même temps que celle d'Euty-
540 LIVKE X, CHAPITRE II
gagner à sa cause les évêques les plus estimés des provinces lointaines, Eutychès envoya à plusieurs d'entre eux des écrits habilement rédigés ; nous possédons encore celui qui fut adressé au pape Léon le Grand, et nous l'avons mentionné plus haut. Il y est dit que, poussé par Satan, Eusèbe de Dorylée avait envoyé à Flavien de Constantinople un mémoire rédigé contre lui (Eutychès). Il l'avait [335 J également remis à des évêques réunis par hasard et pour d'autres motifs, qui l'avaient accusé d'hérésie, non dans l'intérêt de la vérité, mais pour le perdre et troubler l'Eglise. Invité à comparaître devant le concile, il n'avait pu s'y rendre, retenu par une grave maladie, et avait voulu envoyer sa profession de foi écrite. Flavien n'avait pas reçu cet écrit et n'avait même pas consenti à le laisser lire ; mais il avait demandé si Eutychès croyait aux deux natures et n'anathématisait pas les adversaires de cette doctrine. Il n'avait pu le faire ; car Athanase, Grégoire, Jules et Félix avaient rejeté l'expression « deux natures ». En outre, il n'avait rien voulu ajouter à l'explication sur la foi donnée à Nicée (ou à Éphèse), et il n'avait pas osé scruter la nature divine du Logos. Aussi avait-il demandé que le concile saisît le pape de ce qui se passait, afin que celui-ci rendît un jugement auquel il était prêt à se soumettre. (II prétend, on le voit, en avoir appelé au pape, et, ad captandam benevolentiain, il parle de cet appel en des termes qui devaient plaire à Rome ''.) Mais on avait refusé de l'écouter ; on avait brusquement interrompu le concile et prononcé sa sentence si bien que sa vie eût
chès datée du 22 novembre et probablement expédiée aussitôt. On peut supposer que la lettre xxii arriva dans les derniers jours de l'année. Avec cette lettre Flavien envoyait quelque paquet au pape Léon. Tillemont, op. cit., t. xv, note XVII : « Qu'est-ce que saint Flavien envoya d'abord à saint Léon. » Il est vraisemblable que c'étaient les actes mêmes du concile. Il y a toutefois ici une légère difficulté. Dans une lettre du mois d'avril au pape, Flavien lui annonce l'envoi de ces actes : Sicut docebunt vestrain sanctitatein, omnia qiiœ super ea sunt gesta, qiiœque direximus cuni nostris his litteris. Le grec concorde avec cette version latine. Faut-il dire que la lettre de décembre 438 se perdit avec le paquet et qu'il fallut faire un nouvel envoi, ou bien, ce qui nous paraît plus vraisemblable, que Flavien n'avait envoyé d'abord qu'une relation sommaire du concile (ainsi qu'il fut fait à Ephèse) ou simplement une relation de la septième session qui contenait la condamnation d'Eutycliès et qu'il envoya ensuite une relation des actes entiers ? Cf. l'auteur anonyme du Breviculus histovise Eutychianistarum, édité par Sirmond, Appendix codex Theodosiani, p. 112, où il est dit : Offenditur imperator. (H. L.) 1, Nous traiterons cette question dans un appendice de ce tome ii. (H. L.)