‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 345 sur 407 · PREUVES DE l'authenticité DES ACTES · texte numérisé non relu

PREUVES DE l'authenticité DES ACTES

de CCS actes, sollicitant aussi un tlt-hii pour répondre. Mais Florent repoussa rctio proposition cpii enti ainait une remise de l'iilVaire ; on (levait lire les aetos et l'aire une enqucMe sur leur nuthenticité ; mais il n'exist:iit aiuiiiie espèce de plainte contre les notaires. L'archevêque Flavicn lui de cet avis el remarqua <|ue ces actes avaient été rédigés par ses notaires ; s'ils ne (lisaient (pie la V(irité, le monitMit ('tait \<nu de le pidclamer hautement; si, au contraire, ils renlermaient (piehpic l'aussetci, il l'allail diie la V('rit('' comme en présence du tribunal de Dieu, et dévoiler les l'aussaires. Florent reconnul (pie l'archevêcpie pailail ainsi dans la convielion où il ('-lait de son innocence, el après une nqjonsc à une nouvelle objection d Aétius. on eu vinl à l'examen des actes ; l'exemplaire authentique des notaires de Flavien fut lu partie par partie, el les envov('S d'Eutvchès suivaient sur leui' iiropre exemplaireet Taisaient sur-le-champ L'^^-J leurs réllexions ^.

Ils n'en firenl aucune au sujet de la première et de la deuxième session, mais à la b-eturedu procès-vei bal de la tioisième. l'un des envoyés d'Eutychès, le diacre et moine Constantin, dit (pi'il < ontenait une expression d'Eutychès infidèlemenl reproduite, l'iutychès n'avait certainement pas dit auxdéputés envoyés vers lui par h:- concile, que, « si les Pères de l'Eglise s'étaient trompés dans quelques expressions, il ne leur en faisait aucun leproche, mais se contentait de scruter la sainte Ecriture. » Sans citer alors les propres paroles d'Eutychès, Constantin émit ^on propre avis sur ce point: « Les Pères, dit-il, se sont exprimés de diverses manières ; j'accepte tout ce qu'ils disent, mais je ne Tacceptr^ pas comme règle de foi (s-.; -/.aviva o'e -ittcm; ou oi'/o\j.ai). » Remarquant que sa proposition scandalisait, il demanda qu'on n'en aiguât rien contre Eutychès. On lui répondit avec raison qu'à leur arrivée, les ambassadeurs d'Eutvchès s'étaient déclarés munis d'instructions complètes et de pleins pouvoirs ; aussi était-on en droit de tenir leurs déclarations comme celles d'Eutychès lui-même, et par conséquent on ne pouvait accéder à sa demande. Embairassé par cette réponse, Constantin demanda que, du moins, on rayât ces mots : (( mais non pas comme règle de foi, » allirmanl qu'il les avait prononcés sans s'en rendre bien compte et troublé parle grand bruit du concile. L'évè(juc Seleucus repartit qu'au contraire Constantin a\ ait dit ces paroles au milieu du plus grand

1. Hardouiu, oy?. cit., t. ii, col. 171-182; Mansi, up. cit., I. vi, col. 753-771.

silence avant le tumulte soulevé par ces expressions. Pressés par Florent de dire leur sentiment, les deux évêques Thalassius de Césarée et Eusèbe d'Ancyre (qui n'avaient assisté ni l'un ni l'autre au concile de 448) déclarèrent que l'envoyé d'Eutychès ne pouvait annuler une partie de ce qu'il avait dit, en laissant subsister l'aulre, mais que toutes ses paroles devaient être prises comme la propre déclaration d'Eutychès. Constantin répondit qu'il ne croyait pas qu'Eulychès lui eût donné des pouvoirs aussi étendus ; mais Florent lui répartit que lui-même avait affirmé dans les actes avoir de tels pouvoirs. Méliphthongue de Juliopolis fit incidemment remarquer combien était opportune la proposition qu'il avait faite au début, de citer Eutychès en personne ; mais il ne trouva pas plus d'écho que la première fois. Sur la demande de Patricius, les deux anciens députés du concile, le prêtre Jean et le diacre André, déclarèrent de la manière la plus solennelle qu'Eutychès leur avait réellement dit les paroles consignées dans [343] les actes. Sur quoi le moine Constantin ayant fait observer que le premier japport du prêtre Jean n'avait pas encore été lu dans le procès-verbal, Jean en réclama la lecture immédiate, après laquelle on pourrait lui déférer le serment.

On lut donc le rapport fait par Jean dans la troisième session du concile de Constantinople ; cela fait, Jean remarqua que, sans doute, on sait qu'il n'est pas toujours aisé de reproduire exactement les paroles mêmes que l'on a entendues ; mais que, lors de son entretien avec Eutychès, les diacres André et Athanase (de Séleucie) étaient présents. Il avait, d'ailleurs, immédiatement écrit l'entretien, et possédait encore ses notes. Sur la demande de Florent, on lut ces notes ^, et elles furent trouvées parfaitement d'accord, pour le fond, avec le procès-verbal. Constantin ne fit alors aucune observation ; mais son collègue Eleusinius fit remarquer que la phrase prononcéepar Eutychès d'après le procès-verbal du concile : « Le corps du Christ n'est pas de même nature que le nôtre, » ne se trouvait pas dans les notes de Jean. Celui-ci répondit qu'il était prêt à jurer qu'Eutychès lui avait réellement dit ces paroles, mais que, comme il l'avait dit à lui seul et non aux autres envoyés, il n'avait pas consigné cette proposition dans ses notes.

1. Hardouin, Coll. coricil.,l. ii, col. 187; IMansi, Concil. ainpUss. col., t. vi, col. 782.

17'i. pnF.i'VEs DK i/AUTiiENricni': des actes 549

On lut ensuite le court iapj)Oii du diacic André lors do la troisième session du concile; Audrr y ajouta la [)ailicularité suivante: Le prêtre Jean avait alors tleniandé à Eulychès s'il reconnaissait (jne, quant ii l.i tlivlnlic, le Christ est de niènie substance avec le Père, et. (juaiit ii son huin;iiiilé, Ac même substance avec nous. F^ulvciiès avait répondu (|ue le s\ iiibole (de Nicée) ne parlait r3'i^i1 'lue de régalité de substance (piant ii la diviuilé, et (ju'il fallait s'en tenir là. Du leste Eulychès avait dit ;i Jean (|uel([U(ïs autres paroles (jue. lui, n'avait pas entendues. La même déposition fut laite par Athanase, diacre de Séleucie, à rexception toutefois de l'entretien particulier (|ui av;iit tu lieu cutri' Lutyclics et Jean et qu'il n'avait pas remar(|ué. [>e nioiiie Lleusinius, l'un des envoyés d'Eutvchès, insista alors l>eaucoup sur ce (|ue Jean avait introduit dans le procès-veibal des choses qui ne se trouvaieut pas dans ses notes ; aussi lut-on de nouveau les deux relations <'t les coniparat-on entre elles. Athauase fit la déclaratiou suivante : Dans la troisième session, on lut ce mot d'Entychès : u (le Christ) n'est j)as semblable à nous pource(|ni est de la chair. » Il remarqua que cela était nouveau pour lui ; mais le prêtre Jean avait alors assuré qu'Eutychès lui avait dit cela à lui seul. Jean pensait maintenant que les autres envoyés l'avaient également entendu adressera Eulychès cette question : « Crois-tu que le Fils soit de même substance que le Père sons le lapport de sa divinité, et de même substance que nous sous le rapport de son humanité .* » Et ils affirmèrent ([u'ils l'avaient en efl'et efltendu ^.

Cette discussion achevée, on poursuivit la lecture des actes de Conslantinople. Au sujet du procès-verbal de la cinquième session, le moine Constantin émit d'abord des doutes sur l'authenticité de cette parole qu'Eutychès aurait dite à l'archimandrite Martin : w Si vous, les autres archimandrites, vous ne faites pas cause commune avec moi, l'archevêque vous perdra après ni'avoir perdu. » Il demanda, ainsi que son collègue Eleusinius, que l'on fît une enquête sur ce point, mais ils se désistèrent bientôt l'un et l'autre, quand ils eurent reconnu ([ue, somme toute, ce point était sans importance.

Après la lecture du procès-verbal de la sixième session, on demanda, sur la proposition de Constantin, à Théophile, alors envoyé à Eutychès pai' h; concile, de répéter les paroles que lui

1. UardouJii, o/j, cit., t. u, col. 181-193; M;insi, up. cit., t. v, toi. 771-791.

avaii diles Eiitychès. Il le fit et ajouta, dans ce nouveau rapport, qii'Eutychès lui avait dit : « Je suis les explications des Pères, » et les re|iréspntants d'Eiitychès parurent attacher une grande importance à cette addition. Marnas, autrefois déléi^ué vers Eutychès avec Théophile, refit à son tour son rapport, et, après une courte remarque de Constantin, on passa à la lecture du procès-verbal de la septième session ^. Florent prit la parole pour une remarque personnelle : il avait bien dit de demander à Eutychès quels étaient sa foi et son ensei^-ne Tient, mais il n'avait pas prononcé les autres paroles qui lui étaient attribuées pour reprocher à Eutychès de parler tantôt d'une manière et tantôt d'une autre. L'archevêque Flavien demanda l'auteur de cette addition, du reste, sans importance. Le notaire Aétius répondit qu'il n'était pas prouvé que ce fût réellement Ih une interpolation, et Florent n'insista pas. ["345] La lecture continua; Eleusinius émit Tavis que la narration n'était pas faite conformément à l'ordre chronologique : car, dès le début, Eutychès avait voulu remettre au concile l'écrit dont parlait le procès-verbal et qui contenait le symbole de Nicée ; mais Flavien n'avait pas voulu le recevoir. Ce dernier répondit : « Qu'est-ce donc qui prouve que cet écrit reiiferiiiait le symbole de Nicée? » Eusèbe de Dorylée voulut alors arrêter la discusision, disant qu'il fallait renvoyer au prochain concile générai la question de savoir si Eutychès était hérétique. Séleucus d'Amasée, remarqua très judicieusement que, dans sa lettre au pape Léon, Eutychès affirmait avoir rédigé un appel à Rome dans cet écrit remis au concile ; comment pouvait il maintenant prétendre qu'il contenait une profession de foi ? Il y avait là une contradiction. Après une réponse de Florent, portant qu'à l'issue du concile de Constantinople, Eutychès lui avait remis en mains propres cet écrit, on poursuivit la lecture du procès-verbal de la septième session ; Eleusinius fit remarquer qu'il ne contenait pas ces mots d'Eutychès, à savoir « qu'il pensait exactement comme les conciles de Nicée et d'Ephèse avaient enseigné. » Mais de nombreux évêques déclarèrent qu'Eutychès n'avait pas, du moins à ce moment, prononcé ces paroles. Eleusinius observa, à un autre passage, que le procès-verbal ne lui paraissait pas exact lorsqu'il disait : « Le concile se leva et cria, » etc., et il prétendit que le premier anathème contre Eutychès n'avait pas été prononcé alors. Florent et plusieurs

1. Hardouin, op. cit., t. ii, col. 195 ; Mansi, op. cit., t. vi, col, 791-798.

Page 1