‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 371 sur 407 · LK UIUGANDAGK d'ÉPHÈSE · texte numérisé non relu

LK UIUGANDAGK d'ÉPHÈSE

exclamations. Il est très probable quelles ne lurent émises que par [372] quelques évêques, mais les notaires auront supposé que le concile entier les avait prononcées. Ils étaient tous, en eflet, au service de Dioscore et de ses amis, et il n'était pas permis aux autres évêques d'avoir leurs notaires à eux. Les notes prises par quelques clercs malgré ces défenses lurent saisies et détruites '.

Sur la proposition du comte Elpidius, on introduisit Eutychès pour qu'il rendit compte de sa loi. 11 commença par se recommander à la sainte Trinité, blâma le concile de Constantinople de 448, et remit une profession de foi qui lut lue aussitôt par le secrétaire Jean. Eutycbès disait dans l'introduction que, dès sa jeunesse, il s'était applii[ué à vivre, le plus possible, dans le silence et dans la retraite : mais (juil n'avait pu y parvenir, puisqu'il se trouvait maintenant environné des plus grands dangers, et cela parce que, conformément aux prescriptions du concile d'Ephèse, il n'avait pas voulu tolérer de nouveauté dans la foi. Il répétale symbole de Nicée, conjointement avec les anathèmes contre Arius, et assura que telle avait toujours été sa foi. Le premier concile d'Ephèse, présidé par le saint Père Cyrille, avait solennellement déclaré que, sous peine d'excommunication, il était détendu de rien retrancher ou de rien ajouter à ce symbole ; c'est ce qu'il avait vu par l'exemplaire des actes du concile que saint Cyrille lui-même lui avait envoyé -. Il avait toujours tenu les saints Pères pour irréprochables au point de vue de l'orthodoxie, et il avait anathématisé toutes les hérésies, celles de Manès, de Valentin, d'Apollinaire, de Nestorius, et de tous les hérétiques depuis Simon le Magicien, de même que l'hérésie de ceux qui prétendent que la chair de Notre-Seigneur et Dieu Jésus-Christ estdesceadue du ciel ^. C'est à cause de cette foi qu'il avait été accusé d hérésie auprès de Flavien par Eusèbe de Dorvlée et par d'autres évêques. Flavien, 1 inséparable ami d l']usèbe, l'avait bien cité à comparaître, mais en escomptant qu'il ne pourrait répondre à la citation, ce ([ui rendrait facile sa condamnation. Lorsq I il avait cependant paru devant le concile, l'évêque Flavien avait déclaré sa présence inutile, parce qu il avait été déjà condamné pour n'avoir pas comparu. D'autre part, Flavien n'avait pas voulu accepter ni hiisseï- lire la profession de foi qu'il voulait

1. Hurdouiu, op. cit., l. ii, col. 9o ; Mausi, op. cit., I. vi, col. 62i sq.

2. Hardouio, op. cit., 1. ii, col. 97 sq. ; -Mausi, op. cit., t. vi, col. 630 sq. ?>. Ilarduuin, op. cit., t. ii, col. 100 ; Mansi, o/>. cit., l. vi, col. 633.

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lui remettre. Sur la demande à lui faite, Eutychès avait donne de vive voix une profession de foi, dans laquelle il déclarait s'en rapporter aux explications fournies à Nicée et à Ephèse. Lorsqu'on [3731 avait exigé de lui autre chose, il avait demandé la réunion d'un autre concile (ce qui avait été fait), auquel il avait promis d'obéir. On avait, sur ces entrefaites, prononcé une brusque sentence de condamnation, et, en quittant l'assemblée de Constantinople, il avait failli perdre la vie. Flavien avait publié pourtant la sentence rendue contre lui ; mais Eutychès avait demandé à l'empereur la convocation du concile, et il adjurait maintenant les Pères réunis de déclarer la grande injustice qu'on lui avait faite et de punir ses adversaires ^.

Cette lecture faite, Flavien réclama l'audition d'Eusèbe de Dorylée, qui s'était porté comme accusateur contre l'archimandrite. Mais Elpidius répondit que, suivant l'ordre de l'empereur, les juges d'Eutychès à Constantinople devaient à leur tour être jugés. A Constantinople, Eusèbe de Dorylée avait accusé et remporté la victoire ; il ne pouvait donc p is se porter une seconde fois accusateur ~. On n'avait maintenant qu'à établir si le jugement porté à Constantinople avait été équitable. Il fallait, en un mot, s'occuper uniquement des incidents nouveaux qui avaient surgi dans l'afFaire d'Eutychès. Dioscore et d'autres évoques approuvèrent cette proposition ; mais les légats du pape réclamèrent au préalable la lecture de la lettre de Léon ^. Eutychès répondit qu'il avait des soupçons à

1. Hardouin, op. cit., t. 11, col. 102 sq. ; Mausi, op. cit., t. vi, col. (340 sq.

2. C'étaitune injustice manifeste ; s'il était permis à l'une des parties, à Eutychès, de parler, l'adversaire devait être aussi entendu. Cf. Walch, Ketzerhist., t. VI, 254, u. 2.

3. Les Actes syriaques passent complètement sous silence tout ce qui se fit dans la première session et suppriment le rôle des légats romains. La destination de ces actes explique sans peine cette infidélité, car il s'agit de blanchir et d'innocenter si c'est possible des évêques, des métropolitains et un patriarche qui appartiennent au parti pour lequel les actes sont écrits ; ces tristes personnages en sont même les plus beaux ornements. Le rédacteur syriaque écrivant pour des gens qui n'entendaient pas un seul mot de grec n'avait pas à se préoccuper des documents grecs qui furent insérés dans l'ensemble des actes de la première session de Chalcédoine. Toutefois il s'agissait d'opérer avec assez de délicatesse pour ne pas laisser soupçonner celte lacune dans le récit rédigé à l'intention des monophysites syriens. Pour donner le change sur l'objet du concile, on suppose qu'il ne commence qu'à la seconde session et que les légats romains et Domnus d'Antioche ont refusé d'y assister. D après les paroles qu'on met dans la bouche de Jean, primicier des notaires, et dans

17tî. Lii Riii(;.vNu.v(;i: d'épiii-se 593

l'endroit do^ Iôp;atsqiii s'étaioiit arrêtés (jiK'hjiie leiups chez l'Iavicn

celle de Juvénal de Jérusalem, le concile aurail envoyé aux légals romains des députés pour les piiir de se rendie au concile ; ces députés étaient Olympius d'Evaz'nonn, Julien de lloupapoun, Monenlius, diacre d'Aplirodisiade, et Euplironius, diacre de Laodicée. Ces délégués se rendirent clie/. les légats romains où ils ne rencontrèrent que Dulcilius, notaire des légats, retenu clicz lui par la maladie. Ceci se passait probahli imiil le 20 août 'l'iO, un samedi. Les délégués du concile n'ayant pas obtenu de réponse te représentèrent le lendemain dimanche et le même Dulcilius leur « déclara ([iie les légats de saint Léon ne viendraient pas au synoile, quand on les y inviterait cent lois, parce que leurs lettres (de créance] portaient (jn'ils assisteraient au concile seulement tant que durerait l'alTaire d'Eutycliès. » .icics syriaques, p. 12-10. Doninus d Antiochc aurait eu également Ihonneur d'une députalion composée d'Oncsipliore, évêqiic d'Icouium, auquel les actes de la première session du concile de Chalcédoine prêtent un rôle moins discutable que ceu.\ du Brigandage dl'plièso : il était escorté de IVonnus, diacre d Eplièse, et de Piiocas, diacre de Tyr. Domnus s'e.vcusu de son absenci,' du concile par l'étal de sa santé, mais promit de ratifier tout ce qui s'y ferait. Actes syriaques, p. 15-10. Alors Tlialassius, évèque de Césarée dans la Cappadoce première, demanda (jue, sans plus s'arrêter à ces difticultés, on poursuivit le concile. On accéda à sa requête et ou procéda à l'examen delà cause d'Ibas d'Edessc. — Ce que nous venons de voir suffit à mettre en garde contre une crédulité trop grande à l'endroit des actes syriaques. Une première réserve s impose. Il s'agit dans ce document de tout autre chose que d'un récit complet et impartial, c'est un compte rendu tendancieu.x ayant pour principal objet l'exaltation du parti monophysitc et de la mémoire du patriarche Dioscorc, Pour y parvenir on omet le récit du rôle odieux joué par le parti et par son chef dans la première session, la plus révoltante de toutes ; on omet le récit de la rétractation de Domnus d'Aiilioche qui réprouva la condamnation qu'on lui avait arrachée dans un moment de faiblesse ; en outre on passe sous silence les observations et les protestations des légats, le refus qui leur fut oppose à chaque réclamation présentée pour obtenir lecture publique des lettres de saint Léon. Suivant une juste appréciation de ^L P. Martin, (( ce n'est pas un compte rendu historique ou un simple exposé des événements ; c est une apologie tentée sous le couvert de l'histoire. Il y a cependant plus d un renseignement intéressant à recueillir dans ces documents incomplets et mutilés ; et malgré les réserves que nous venons de faire, on peut croire que nos actes du Brigandage d'Lphèse sont exacts dans leur ensemble, parce que les causes qui y furent traitées excitaient moins de passions et, de colères, et qu en outre, tous les accusés, ou à peu près, étaient absents ; ne pouvant pas se défendre eu.x-mêmes, n'étant pas défendus par d'autres, leur jugement s'opéra sans beaucoup de tumulte, à cause de la terreur qui dominait tous les membres de l'assemblée. > P. Martin, Le Brigandage d Ephèse, dans la lievue des Questions historiques, 187 i, t. xvi, p. Ki. Un manuscrit du British Muséum, .S1T. addit. 12150, nous a conservé (fol. 51" à 61") un fragment des actes de la première session dans un écrit de Timothée d'Eluse contre le concile de Chalcédoine. La seule pièce inconnue jusqu'ici a été notée par P. .Martin ; c'est la cttre du concile à l'empereur 'Ihéodose II, Icllrc qui lui anaoncc la cundam-

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et avaient mangé à sa table. Aussi faisait-il ses réserves sur les passe-droits et les actes de partialité que pourraient commettre les légats. Le président Dioscore déclara que, conformément à la demande de plusieurs évoques, il fallait lire d'abord les actes du concile de Constantinople, et ensuite la lettre du pape. Le secrétaire Jean fut encore chargé de cette lecture pour laquelle il était nanti d'un exemplaire de Flavien et d'un autre d'Eutychès "*. La lecture des actes de la première session de Constantinople ne donna lieu à aucune remarque ^ ; mais pendant la lecture de [374] ceux de la seconde session, Eustathe de Bérytc déclara, au sujet de ia seconde lettre de Cyrille ^, que ce saint Père, ayant vu ses paroles mal interprétées, s'était expliqué d'une manière plus explicite, dans des lettres postérieures adressées h Acace de Mélitène, h Valérien d'Iconium, et à Succensus de Diocésarée et que dans ces documents il s'était prononcé, non pour les deux natures, mais pour la nature unique du Dieu fait chair *. Il voulait dire par là que Cyrille était plus favorable à Eutychès qu'on ne l'avait pensé à Constantinople ; mais il ne jjrcnait pas les mots de Cyrille dans tout leur sens et selon la suite du discours ; aussi, au concile de Chalcédoine, eut-on soin de donner des explications à ce sujet.

Lorsque, en poursuivant la lecture des actes, on en vint à cette

natioii de Flavien de Constantinople et d'Eusèbe de Dorylée. Il est dit « que le jugement a été i^endii d'un accord unanime, comme d'une seule voix et par une seule langue. » Ces deux évèques sont accusés de violation des décrets d'Éphèse (431), d'enseignement de pures subtilités et d'excitation d'une violente tempête contre l'Église. Hoffmannn, Die Verhandlungen der KirchenversainmluHi^ zu Ephesus, p. 81-83. (H. L.)

1. Hardouin, op. cit., t. ii, col. 105-110 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 643-650.

2. Hardouin, op. cit., col. 111; Mansi, op. cit., col. 654, Mansi et Hardouin n'ont pas indiqué ad marginem d'une manière assez précise à quel synode appartenaient les phrases détachées et les exclamations, si elles provenaient du concile de Constantinople, du Brigandage d'Éphèse ou du concile de Chalcédoine. On sait que les actes de Constantinople furent lus dans ce dernier concile et nous ont été conservés dans ses procès-verbaux. La phrase qui se trouve, col. 654, dans Mansi, et col. 111 dans Hardouin : Sancta synodus dixit : et hsec univevsalis synodus sic sapit. Et post has voces sequentia libelli Eusebii, appartiennent au Brigandage d'Éphèse, tandis qu'Hardouin,les attribue au concile de Chalcédoine. De même, Mansi attribue la phrase suivante, qui est assez longue : et magnus Athanasius, etc., au concile de Chalcédohie, tandis qu'elle appartient à celui de Constantinople.

3. Hardouin, op. cit., t. ii, col. 114-126 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 658-674.

4. Hiirdouin, op. cit., t. ii, col. 126 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 675.

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