‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 372 sur 407 · LE BRIGANDAGE D EPHESE · texte numérisé non relu

LE BRIGANDAGE D EPHESE

proposition émise par Séleucus, évêque d'Amasic : « Nous professons qu'il existe deux natures, même après l'Incarnation, » les évêques déclarèrent que c'était là une proposition nestorienne, et on s'écria : « Il y a beaucoup de nestoriens, » et : «Ce n'est pas l'évèque d'Amasie, c'est l'évèque de Sinope *. » Le secrétaire Jean dit alors que, d'après la lecture, il était évident que les évèques avaient donné à Constantinople uJie doctrine difTérente de la doctrine de Nicée [375] confirmée à Éphèse, et Olynipius, évèque d'Évaza, prononça l'anaihème contre les introducteurs dételles nouveautés. En mêmetemps, -Ethéric, évèque de Smyrne, nia avoir réellement dit ce que les actes de Constantinople lui i'aisaient dire ; mais la chose étant sans importance, Dioscore se hâta de passer outre : jdus tard, lors du concile de Chalcédoine, .Ethéric vouhit de nouveau présenter la chose d'une autre manière, et toutes ces tergiversations prouvèrent à la lois et sou ignorance et sa versatilité '-. La partie des actes de la seconde session ijui restait à lire ne donna heu à aucune remarque, non plus que les actes des troisième, quatrième, cinquième et sixième sessions, mais lorsqu on lut ceux de la septième, et qu'on en vint aux questions posées à Eutychès par Eusèbe de Dorvlée, les évêques manifestèrent leurs sentiments par ces cris :

1, Mansi, op. cit., t. vi, col. 686; llaidouia, op. cit., t. ii, col. loi, Tilleluont, .Véin. hist. ecclés.,t. xv. p. 560, ne s'expliquait pas re que le Brigandage d'Éphèse avait voulu dire par cette interruption. L'interprétation qui venait le plus naturellement était celle-ci : « Ce n'est pas l'évèque d'Amnsie (c'est-à-dire ScleucusK mais c'est l'évèque do Sinope qui a dit cela à Constantinople. » Les actes du cnncile de Chalcédoin nous apprennent que cet évèque s'appelait Antiochus. Har.louin, op. cit., t. ii, col. o69 et 474 ; Mansi, o/^ cit., t. vi, c<.l. 571 et 1085. Mais il est certain que cet Antiochus n"a pas assisté au synode de Constantinople tenu en 448. Hardouin, op. cit., t. u, col, 167 sq. ; Mansi, op. cit., t. VI, col. 750 sq. Peut-èlre Basile avait-il été d'abord évèque de Sinope, et avait-il quitté, contrairement aux canons, ce siège pour monter sur celui d'Amasie, et c'est ce que ses adversaires lui auraient reproché en lui disant : « qu'il n'était pas évèque d'Ama-ie, mais bien évèque de Sinope. »

2. Mansi, op. cit., t. vi, col. 687 sq. ; Hardouin, op. cit., t. ii, col. 133 sq. Dans Mansi, de même que dans Hardouin, on n'a pas indiqué d'nne manière précisi! à quel synode appartenaient les diverses réclamations mentionnées par les actes. D'après nous, les mots ô 6cO?t)>£aTaTo; £7ri'a-y.07:o; Sa-roypvTvo; jusqu'à £•; TÔv |jL£>.).ovTa attôva, dans Mansi, op. cit., col. 688 ; Hardouin, op. cit., col. 133, appartiennent aux actes du synode de Constantinople. Les autres mots A!Oî'p'./oc jusf[u'à àvaYiv(OT/.£(rttij ta £:?,; au Brigandage d Ephèse, et les mots suivants : Kai £■' Tti> ivaYivway.îdOa'. jusqu'à àîio toj ajTOj (7y£&ap'>jj àv£Yvu , dans Mansi, op. cit., I. VI, col. 389 ; Hardouin, op. cit.. t. n, col. 136, au concile de Chalcédoine. C'est la seule manière de voii- quelque peu clair dans ces iuterruplioiis.

ce Brûlez Eiisèbe ^ ! » et: « Analhème à celui qui, après l'incarnation, reconnaît les deux natures. » Dioscore dit à son tour : « Que celui qui ne peut crier assez haut lève la main en signe d'assentiment. » Et tout le concile cria : « Que celui qui enseigne les deux natures soit anathè.me ^. » D'après les actes de la première séance de Chalcédoine, les évéques égyptiens seuls et non tout le concile prononcèrent cet anathème. Jean, évéque d'Héphestus, remarqua que « l'on avait promis à Eutychès de le traiter avec douceur, quand il hésitait à paraître devant le concile de Constantinople ; et que, lorsqu'il y avait paru, on l'avait traité d'une façon très défavorable. » Dioscore proposa d'approuver solennellement la déclaration de foi faite par Eutychès à Constantinople ; c'est ce que firent encore les évêques égyptiens, ainsi qu'il ressort du concile de Chalcédoine ^. Basile, évoque de Séleucie, prétendit à son tour qu'il n'avait pas prononcé l'interruption que les actes lui attribuaient : « Si toi, Eutychès, tu n'admets pas qu'il y a eu deux natures après l'union, tu [376] enseignes qu'il y a eu un mélange. » 11 prétendit avoir dit : « Si, après l'union, tu ne parles que d'une nature, et si tu n'ajoutes pas ff£o-ap7.co[j.£v/;v xai èvavOpwTï/ia-aa'xv (c'est-à-dire une nature du Logos devenue chair), tu enseignes qu'il y a eu un mélange "*. » Plus tard, au concile de Chalcédoine, Basile de Séleucie déclara que la crainte l'avait poussé à nier et à changer les paroles réellement prononcées à Ephèse.

La lecture des actes du concile de Constantinople complètement terminée, Eutychès déclara que ces actes étaient sur plusieurs points inexacts, et il demanda la lecture du protocole de la commis-

1. Cette scène de tumulte a été trop écourtée par Hefele. En voici la physionomie plus exacte ; on criait : « Cliassez Eusèbe, brûlez-lc ! Eusèbe brûlé vif ! Qu'on le coupe en luoi-ceaux ! Il a divisé le Sauveur ; qu'on le divise lui-même. » Dioscore, profitant de l'émotion qui se manifestait, dit d'une voix haute : « Pouvez-vous souffrir ce propos : deux natures après l'incarnation ? — Non, non, répliqua le concile ; annathème à qui le soutient ! — J'ai besoin de vos mains comme de vos voix, continua Dioscoi'c, si quelqu Un ne peut crier, qu'il lève la main ! » Les mains se levèrent et on n'entendait que ce cri au milieu du tumulte : « Si quelqu'un dit deux natures, qu'il soit anathème ! — Quelle profession de foi approuvez-vous donc ? reprit le président : celle d'Eutychès ou celle d'Eusèbe ? — Ne l'appelez pas Eusèbe (c'est-à-dire le pieux) mais Asèbe (qui veut dire l'impie), y Labbe, Concilia^ t. iv, col. 223. (H. L.)

2. Hardouin, Coll. concil., I. n, cul. 162; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vi, col. 738.

3. Hardouin, op. cit., l. ii, col. 103, 166 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 739, 743.

4. Hai-douin, op. cit., t. ii, col. 767 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 746.

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