LE BRIGANDAGE d'kPHÈSE
prêtre et le moine Narsès à leur tête, quoique dans le contexte on parle de trois cents moines. On peut se demander la raison de l'abstention des deux cent soixante-cinq autres moines, mais le mémoire est muet sur ce point.
Au lieu d'examiner la valeur de ces accusations, Dioscore interrogea les moines sur leur foi, et comme elle était conforme à celle d'Eutychès, le concile les déclara absous, leur rendit leur dignité (il y avait des prêtres parmi eux) et les réintégra dans la communion.
Dioscore ordonna ensuite que, pour 1 instruction de ses collèro-c;i gués, on lût, dans les actes du l""" concile d'Épbèse, ce qui avait été décidé au sujet de la vraie loi, et le secrétaire Jean lut alors les actes de la sixième session du concile d'Ephèse '', (jui contenaient le symbole de Xicée, avec une quantité de passages des Pères et d'autres citations, ainsi que plusieurs extraits des écrits de Nestorius prouvant que celui-ci était réellement hérétique '.
Cette lecture faite, Dioscore dit : « Vous avez entendu que le I"*" concile d'Ephèse menace ceux qui ont une doctrine différente de celle de Nicée, ou bien qui chauj^ent quelque chose à cette doctrine, ou enfin qui introduisent de nouvelles questions. Chacun doit donc déclarer par écrit s'il faut punir ceux qui, dans leurs recherches théologiques, ont dépassé le symbole de Nicée. » Evidemment il songeait à se servir de cette déclaration pour attaquer Flavien et le concile de Constantinople, qui, dépassant le symbole de Nicée, avait voulu introduire l'expression « deux natures ». Plusieurs évêques, avec Thalassius de Césarée, déclarèrent aussitôt que celui qui dépassait le symbole de Nicée ne pouvait être tenu pour catholique. D'autres protestèrent de leur assentiment à la foi de Nicée et d Ephèse, sans rien ajouter à l'égard de ceux qui auraient dépassé la loi de ces conciles ; c'est ce que fit, en particulier, le diacre Hilaire, légat du pape, qui réclama la lecture de la lettre de Léon ^.
celle eniiu de la Résuirectiou, où les évêques absolvent les pécheuis et les princes gracient les criminels. Neuf mois durant nous avons soullert ce traitement rigoureux observant eo tout le reste les règles de la vie monastique. C'est pourquoi nous venons vous supplier d'avoir pitié de nous, de nous rendre l'usage des sacrements, et de traiter comme il nous a traités nous-mêmes le juge qui a prononcé contre nous cette sentence inique. » (H. L.)
1. liardouin, op. cit.. t. ii. col. 236 sq. ; Mausi, op. cit.^ t. vi, col. 867.
2. Miinsi, op. cil. y t. VI, ccil. 871, prétend à toi-t que c'est de la ive session.
3. liardouin. "p. cit., t. ii, col. 236-254; Mansi, op. cit., t. vi, col. 871-902.
600 LIVUE X, CHAPITRE III
Dioscore fit la sourde oreille à cette dernière demande, et poursuivit : « Comme le premier concile d'Éphèse menace tous ceux qui ont changé quelque chose à la foi de Nicée, il en résulte que Flavien de Constantinople et Eiiscbe de Dorylée doivent être dépouillés de leurs dignités ecclésiastiques ^. Je propose donc leur déposition,
1. Tout cet incident nous paraît ici trop écourté. La sentence d'absolution dont Eutychès venait de béuéflcierne suflisait pas à satisfaire la haine de Dioscore contre Flavien. Poursuivant sou dessein, encore mystérieux pour l'assemblée, le président intrus ordonna la lecture des actes de la sixième session du premier concile d'Ephèse. Ces actes contenaient, entre autres choses, la condamnation d'un symbole attribué à Tliéodore de Mopsueste, la défense adressée aux prêtres et laïques de composer ou de répandre une profession de foi différente de celle de Nicée et de rien ajouter à ce symbole. Cette défense ne regardait (jue les formules nouvelles qui altéreraient la doctrine du symbole ou qui seraient émises par des particuliers. C'était ainsi que saint Cyrille entendait ce texte puisqu'il ne se privait pas de recevoir la profession de foi des Orientaux ; Flavien n'avait fait que tirer parti de ce précédent lorsqu'il avait exprimé sa foi et celle du concile de Constantinople en rédigeant un symbole en des termes qui excluaient le monophysisme. Cependant Dioscore prétendait frapper Flavien avec le décret d'Ephèse, par conséquent « il exposa ce décret, écrit Tillemont, comme si le concile eût défendu... de rien dire, de rien penser, de rien discuter, de rien rechercher hors des termes du symbole (de iNicée), ce qui est une fausseté visible ; et il pria les évèques de dire chacun en particulier si celui qui avait cherché quelque chose au delà, n'était pas sujet à la punition ordonnée par le concile ». La crainte que Dioscore inspirait à un grand nombre de ses collègues était telle que tout aussitôt les adhésions complaisantes se déclarèrent pour cette interprétation. Uranius d'Himères, Jean de Sébaste en Arménie, Thalassius de Césarée, Etienne d'Éphèse, adoptèrent sans réserve le commentaire insoutenable de Dioscore et anathématisèrent quiconque oserait avancer ou rechercher quelque chose hors du symbole de Nicée. D'autres, plus défiants, et parmi eux Basile d'Ancj're, Etienne d'Hiérapolis et quelques collègues en petit nombre se délièrent des engagements trop précis et se refusèrent à autre chose qu'un respect, témoigné en termes très généraux, à l'égard des conciles de Nicée et d'Ephèse. Les légats romains ne furent pas moins réservés. Le diacre Hilaire s'exprima ainsi : « Ce qu'on vient de lire des conciles de Nicée et d'Ephèse touchant la foi, le Siège apostolique l'enseigne et le vénère. Tout cela, je le sais, concorde avec les dogmes des saints Pères, le Siège apostolique l'a inséré dans les lettres qu'il vous a adressées. Si vous en ordonnez la lecture, vous verrez qu'elles sont conformes à la vérité. » Hardouin, Coll. conciL, t. ii, col. 255. Dioscore ne songeait pas à déférer à celle réclamation, mais à l'éluder. Selon lui Flavien et Eusèbe devaient être condamnés et déposés. Hardouin, Coll. concil., t. II, col. 258. Il y réussit, mais Flavien, voyant la tournure que prenaient ses affaires, se leva de son siège et formula uu appel au pape dont il remit le texte, hâtivement tracé, au légat Hilaire qui en prit acte sur-le-champ. La violence ne s'accomplit pas toutefois sans protestation. Ouésiphore d'Ico-