TÉMOIGNAGE DE l'aNTIQUITÉ ECCLESIASTIQUE
179. Témoignage de l'antiquité ecclésiastique sur le Brigandage
d'Ephèse.
Dans un mémoire adressé aux empereurs Valentinien III et Marcien (le successeur de Théodose II), mémoire qui fut lu au con-
avait été fait en ce joui-, afiu qu'on sût bien clairement ce qu'il pensait. » « C'est juste, » répondit le concile. Actes syriaques, p. 166. Tandis que les notaires accomplissaient l'ordre donné, on procédait au ^;ote. Juvénal de Jérusalem, Thalassius de Césarée, Eusèbe d'Ancyre, Jean de Sébaste, Basile de Séleucie, Diogène de Cyzique, Florent de Lyda, Séleucus d'Amasée, Marinien de Synnade, Eustathe de Béryte donnèrent leur opinion à part ; puis l'assemblée tout entière vota par acclamations, en ces termes : « Voilà une sentence conforme à la justice ! Expulsez l'hérétique ! C est notre avis unanime ! Tous nous consentons à la déposition de Théodoret. » Actes syriaques, p. 172. Au moment où le vote prenait fin, les notaires revinrent avec la réponse de Domnus qui s'excusait sur sa maladie de l'impossibilité d'assister aux séances, mais qui déclarait approuver pleinement toutes les décisions prises par le synode. Un tel langage serait conforme à l'attitude de Domnus dans la première session, mais comme il ne nous est connu que par la version dioscorienne, on peut conserver quelque doute sur son exactitude, si, comme on l'a dit, Domnus rétracta sa faiblesse de la première session, et c'est ce qui lui attira la haine persévérante de Dioscore, haine dont nous allons mentionner les effets. La séance consacrée à Théodoret se termina par l'absolution de quelques clercs de Constantinople, frappés de censures par saint Flavien. Les actes syriaques ne disent pas expressément, mais donnent à entendre que la condamnation de Domnus fut prononcée dans une autre session.
Le procès de Domnus fut long, mais les Actes syriaques ne nous en ont pas conservé le récit intégral par suite de la perte de quelques feuillets qui ont péri de vétusté. Domnus était le premier parmi les évoques de l'Asie chrétienne et son procès devait avoir un immense retentissement. Sa mémoire n'est pas à l'abri du soupçon (Mansi, op. cit., t. vu, col. 203-271) et il est remarquable que seul, entre les victimes du brigandage d'Ephèse, il ne fut pas réhabilité par les Pères de Chalcédoine. Son successeur Maxime proposa lui-même au concile d'allouer une aumône à Domnus : « Je supplie, dit-il, les juges glorieux et magnifiques, d'exercer de concert avec ce concile saint et œcuménique, un acte d humanité envers Domnus, qui fut autrefois patriarche d'Antioche, et de lui allouer certains revenus sur les possessions de mon Eglise. » Les légats du pape se montrèrent favorables à cette mesure {miserationis gratia... ut contentas alimoniis quiescat in posterum. Labbe, Concilia, t. iv, coi. 681-682. Il eût été difficile d'être plus dédaigneux. Domnus coupable ou dégoûté du monde but le calice jusqu'à la lie et ne réclama pas. Toute réclamation d'ail-
cile de Clialcédoine, Eusèbede Dorylée se plaint de ce qu'à Ephèse,
leurs lui eût nui plus que servi, car il lui était désormais impossible de songer à remonter sur le siège d'Antioche dont son successeur légitime, Maxime, installé suivant les formes canoniques et approuvé par le pape, ne pouvait être dépossédé. Labbe, Concilia, t. iv, col. 673-676. Domnus était un anti-cyrillien militant qui faisait sa compagnie préférée des hommes les plus avancés de ce parti. T^es rancunes qu'il s'était attirées firent explosion peut-être dès le lendemain du jour où la condamnation d'Ibas, d'Irénée, de Daniel de Charres et de Théodoret lui fut officiellement signifiée. Ou ne lui pardonnait pas sa longue hostilité envers l'eulychiauisme et sa résistance à l'immixtion de Dioscore dans les affaires du patriarcat d'Antioche ; enfin et surtout peut-être l'amitié qui l'unissait à Théodoret et à Fiavien. Quant à la rétractation de Domnus touchant sa faiblesse dans la condamnation de Fiavien, elle n'est attestée que par le seul Théophane et ïillemont dit avec grande raison : « Je voudrais qu'une chose si honorable à Domnus fût mieux attestée. Mais on peut dii-e que tous les anciens la condamnent par leur silence, surtout Libérât et Théodoret. Car c'est inutilement qu'on la cherche dans Libérât, en y changeant un mot que la suite fait voir ne devoir point être changé. » Liberatus, Breviarium^ c. xii :... Post autein et Domnum Anliochenum remeantem ah orthodoxorum depositione, au lieu de remanenicm ; mais cette leçon n'est pas confirmée par les manuscrits. Quoi qu'il en soit, voici l'énumération des pièces que contient l'acte d'accusation ; 1° Un libelle présenté par un prêtre du nom de Cyriaque {Act. syr., p. 172-177) ; 2" divers chefs d'accusation présentés par le même (p. 177-180) ; 3o une lettre de Domnus à Fiavien (p. 180- 184 = P. G., t. Lxxxiir, col. 1277-1282) ; 4o un libelle rédigé par Marcellus, prêtre d'Antioche (p. 185-190) ,• 5° une supplique du diacre Héliodore et des moines Abraham et Gérontius (p. 190-195) ; 6° la profession de foi extorquée au prêtre Pelage (p. 195-198) ; 7° des renseignements fournis par un moine du iiom de Théodore au patriarche d'Alexandrie (p. 198-201) ; 8" diverses lettres de Dioscore à Domnus et de Domnus à Dioscore (p. 201- 225) ; 9o les avis formulés par chaque évêque (p. 225-238), C'est dans ces deux dernières parties que se trouvent les causes signalées plus haut. Toutes ces différentes pièces fièrent lues contre Domnus au concile d'Éphèse. Les accusations qu'elles contenaient étaient le plus souvent puériles. On lui imputait d'avoir combattu les décrets de Théodose II contre Irénée (Act. syr., p. 174, 178-179), d'avoir recherché l'amitié de Fiavien de Constantinople et de lui avoir recommandé Théodoret, en sorte que ce dernier et lui étaient, en quelque manière , les représentants de Fiavien en Orient. Act. syr., p. 184. On accusait encore Domnus d'avoir voulu changer la forme du baptême (Act. syr., p. 185), d'avoir extorqué une pi'ofession nestorienne du prêtre Pelage {Act. syr., p. 187, 195-198), d'avoir enlevé l'Église d'Émèse à Pierre, canoniquement élu, pour la donner à un homme perdu de mœurs, mais favorable aux idées nestoriennes. Act. syr., p. 187-190. Ou ajoutait qu'il devait sa nomination au patriarcat aux bons offices d'un questeur païen nommé Isocacios [Act. syr., p. 190), qu'il fait des ordinations épiscopales sans observer les cérémonies prescrites, qu'il chasse Alexandre de l'évêché d'Antaradus. Act. syr., p. 191-193. Pendant que Jean, primicier des notaires, lisait ces docu-