‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 379 sur 407 · TÉMOIGXAGE DE l'aNTIQUITÉ ECCLESIASTIQUE · texte numérisé non relu

TÉMOIGXAGE DE l'aNTIQUITÉ ECCLESIASTIQUE

Dioscorc avait, à prix d'argent et par la force, opprimé la vraie [380 1 foi et confirmé les erreurs d'Eutychès ^

On déclara, à Chalcédoine, que Dioscore n'avait toléré à Ephcse que ses notaires et ceux de quelques-uns de ses amis, par exemple ceux de Thalassius de Césarée et de Juvénal de Jérusalem ; ceux-là seuls avaient été admis à prendre des notes sur les opérations du concile, tandis que ceux des autres évêques n'avaient pu absolument rien écrire. Deux notaires d'Etienne, évéque d'Ephèse, l'ayant a^ouIu faire malgré ces obstacles, les notaires de Dioscore coururent vers eux, ciracèrent ce qu'ils avaient écrit et leur brisèrent presque les doigts en leur arriicliant les instruments qu'ils avaient en main. On découvrit de même qu'à la fin du concile, après le jugement sur Flavien etsurEusèbe, Dioscore avait forcé tous les évèques, à l'instant même, et sans leur laisser le temps de réfléchir^ à écrire leurs noms au bas d'un papier blanc et ceux qui s'y étaient reiusés avaient eu beaucoup à souffrir : on les avait enfermés jusqu'à la nuit dans l'église, et on n'avait même pas permis aux malades de sortir un seul instant pour prendre l'air. On leur avait donné pour compagnons des soldats et des moines armés de sabres et de bâtons, et on leur avait ainsi démontré la nécessité de signer. Etienne, évêque d'Éphèse, avait dû se porter garant pour quelques-uns, qui ne signèrent que le lendemain 2. .

Basile, évêque de Séleucie, fit, au concile de Chalcédoine, la

ments ou l'iuterrompit souvent par dos clameurs: « Ibas n'a jamais rien dil de pareil! Domnus est le maître d'Ibas ! Anathème au blasphémateur ! Auallième à Domnns ! Ibas n'a jamais osé parler ainsi ! Celui qui calomnie Dioscore est un hérétique ! » Act. syr., p. 179-180. «Celui qui calomnie Dioscore calomnie le concile et calomnie Cyrille ! Celui qui calomnie Dioscore blasphème Dieu ! Nous ne connaissions pas tout cela ! Longue vie aux évèques ! Longue vie aux empereurs ! Longue vie au synode! Dieu a parlé par Dioscore ! L'Esprit-Saint a parlé par Dioscore ! Ceux qui se taisent sont des hérétiques ! » Act. syr., p. 184-185. Ces lectures achevées, Dioscore posa ainsi la question : « Qu'en pense Votre Religion ? Faut-il rejeter les douze chapitres de notre bienheureux Père Cyrille? » Act. sy?-., p. 229. Le concile répondit : « Que celui qui les rejette soit anathème ! que celui qui ne les reçoit pas soit anathème ! » (Actes syriaques et Théodoret. Epist. cxvii à Jean de Germanicia dans Breviariuin historix eutychianistaram, P. L., t. lxviii ; Évagre, Hist. ecclés., 1. I, c. x, 1. II, c. I ; Théophaue, Chronographia, ad ann. 59'tl. Ainsi fut déposé Domnus d'Antioche. (H. L.)

1. Hardouin, Coll. conciL, t. 11, col. 70 ; Mansi, Concil. ainpUss. coll., t. vi, col. 583 sq.

2. Hardouin, op. cit., t. 11, col. 93; Mansi, op. cit., t. vi, col. 623 sq.

CONCILES - Il - 39

déposition suivante. Il avoua avoir, à Ephèse, présenté sous un faux jour son vote de Constantinoplc, mais ne l'avoir fait que par peur de Dioscore. Celui-ci avait fait violence à tous les évêques présents, tant par ses paroles que par ses satellites postés au dedans et au dehors de l'église. Il y avait eu, en effet, des soldats armés dans l'église, de même que les moines de Barsauma, sans parler de la foule qui se tenait à l'entour. Par ces moyens Dioscore avait terrifié le concile, [381] Quelques-uns ne voulant pas adhérer à la condamnation de Flavien et d'autres voulant s'en aller, Dioscore s'était juché sur un endroit élevé et avait crié : « Celui qui ne signera pas aura affaire à moi. » Pour compléter cette déposition de Basile, Onésiphore d'Iconium ajouta : « Quand on lut le principe ou la règle portant qu'on ne devait rien changer à la foi de Nicée, il avait soupçonné que l'on voulait se servir de cette règle contre l'archevêque Flavien et avait fait part de ses soupçons à ses voisins. L'un d'eux, Epiphane de Perge, avait répondu que cette supposition était inadmissible, parce que Flavien ne s'était, en aucune manière, rendu coupable ; mais, presque aussitôt, Dioscore avait annoncé que cette règle contenait en principe la condamnation de Flavien. Il avait alors réclamé avec quelques-uns de ses collègues, et avait été jusqu'à embrasser les genoux de Dioscore et à l'adjurer en disant que Flavien n'avait rien fait qui méritât une condamnation ; si cependant il avait mérité un blâme, qu'on se contentât de le lui infliger, mais sans aller au delà. Dioscore se levant alors sur son trône s'écria : Voulez-vous vous révolter ? les comités vont venir. » Ces paroles, ajoutait-il, nous épouvantèrent et nous signâmes. Dioscore ayant voulu nier qu'il eût songé à faire venir les comités, Marinianus de Synnade déclara à son tour avoir avec Onésiphore et Nunéchius de Laodicée, embrassé les genoux de Dioscore en lui disant : « Toi aussi, tu as des prêtres qui te sont soumis, et à cause d'un prêtre, un évêque ne doit pas être déposé. y> Dioscore avait répondu : « Dût-on me couper la langue, je persisterai dans ce jugement. » Toutefois, ces évêques continuant à baiser les genoux de Dioscore, celui-ci avait appelé les comités qui étaient avec le proconsul, lequel s'était fait suivre de serviteurs portant des chaînes. Cette apparition les avait tous décidés à signer. Dioscore nia et voulut produire des témoins : mais il ajouta qu'il les ferait venir une autre fois, parce qu'on était maintenant trop fatigué pour les entendre. Il ne les produisit jamais ''.

1. Hardouin, op. cit. y l. ii, col. 214 sq. ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 827 sq.

Page 1