CONCILES DK CONSTAXTINOPLE ET DE ROME
que devaient signer les apollinaristes à leur renlrre dans l'Eglise ;
l'apolliuarisme envahissent les diverses provinces de l'OrienL el ce progrès s'explique aisément par la recrudcsceuce du guoslicisme dans les uièuies régions, entre o70-377. Pendant celte même période, l'apoUinarisme devient assez menaçant pour soulever contre lui l'assaut des docteurs qui défendent la foi traditionnelle. Lu élal-major d'esprits cnllivés cnlonrcnl el sccouih nt Apollinaire, qui conti ibueront [)uissaniment, sous sa direction, à la diffusion du monophysisinc. 11 s'en faudi'a de peu que les proviiu^es d'Orient, de la Cilicie à la Pliénicie, ne deviennent la pioie de son hérésie. En 374, ÏAncoraiiis de saint Epiphane dénonce i'errenr nouvelle, distincle de l'arianisme ; en 377, le Irailé du même auteur intitulé AfL-ersus lixresrs^ combattait ouvertement l'hérésie et lui opposait une formule dont on exigeait l'acceptation des catéchumènes suspects. « Le Verbe s'esl fait homme, y est-il dit, c'est-à-dire a pris un homme parfait: là me, le corps, l'cspr-il, tout ce qui constitue l'honime, hormis le péclié..» Cette arme puissante qu'est un symbole contribua puissamment à enrayer les progrès de l'apollinarisnie. On lîl grand usage de la formule d'Epiphane, plusieurs autres dirent composées à l'aide de celle-ci (Kattcubusch, Das apostolisclte Symbol, t. i, p. 27;^-319). Epiphanc, l'oracle des milieux monastiques et du clergé militant en (Chypre et en Palestine, eut ainsi le [>rincipal mérite d'avoir arrêté l'expansion de l'hérésie dans ces conirées. ^ ers le même temps la polémique chrislologique s'étendit à l'Egyjite, et c'est le moment où un changement notable se fit dans les idées de Ihcrésiarque. A l'origine, il adhérait à la dichotomie : l'homme se compose d'une àme et d'un corps et en Jésus, le Verbe lient la place de l'àme. Vers 374, Apollinaire professe la trichotomie : l'esprit humain est une substance distincte de l'àme, -l'homme se compose de trois éléments. Dans Jésus, le N'orbe lient la place de l'eispriL humain, mais il s'est uni un corps et une àme animale. En 375, Vital, apollinarisle militant, se rendit à Piome et présenta au pape une profession de foi orthodoxe dans les termes qui ne sacrifiaient en aucune façon la ihéorie apoUinariste [P. G., l. i xxvi, col. 121G). D imase :i[)j)i-oiiva. Au l'etonr, \ ilal s'arrêta à Séleucie, coranninlqua la profession de foi à Grégoire di; IVazianze et rccuei'lit également son adhésion. Damase averti, revint sur son appi'obation et exigea une profession de foi dans laquelle il était dit : Confilciidus ipsa Sapientia, Serinu, Filius Bel liunianuin susccpissc, corpus, aninidin, sensum, id est inlcgrum Adam, et ut expressi us dicam, toliiiu vcterem iiostrunt sine pcccalo Iiominem (Mansi, op. cit., t. m, col. 42.J). Vital refusa de souscrire et Ap(jllinaire le mit à la tète de ses partisans à Anliociie. Epiphane accourut à Anlioche dès 376 dans l'intention de rétablir la concorde, il se heurta à l'obslinotion de Vital. A ce moment Apollinaire prit fait el cause contre L^pipliane de Salaminc cl Paulin d'Anîioclie, donna la dignité épiscopale à plusieurs de ses partisans et jeta la division dans l'Orient. Si Apollinaire étendait sans cesse son parti, il multipliait aussi ses adversaires et rompait toute relation avec les évêques orthodoxes. En 377, survient la condamnation prononcée par le concile de Rome, et saint Basile consent à prendre |)arli pour s'unir aux évéques qui ont rompu la communion avec Apollinaire qui. di!-il, doué d'une grande facilité d'éci'ire, a rempli le monde de ses ouvrages. « Il traite la théologie en se basant sur des arguments humains et mm sur l'Ecriture, enseigne dos fables sur la résurrection, un
dans cette profession de foi, le Christ était appelé Homo Dominicns *.
retour au culle It'gal, à la circoncision, au sabb^it Son enseignement sur la
cliristologie a jeté un tel trouble dans les Eglises, que quelques-uns, à la vérité, ont conservé l'ancienne foiclirétienne, mais un grand nombre, amis des nouveautés, se livrent à des recherches passionnées sur l'Incarnalion. » Tels sont les chefs d'accusiilion qui décidèrent lepape à intervenir. Jusqu'alors Apollinaire et Vital n'avaient p:is été nommément condamnés. En 377, nous venons de le dire, le pape déposa Apollinnire et ses partisans (Mansi, op. cit., t. m, col. 427). et condamna la doctrine « qui altriljue au Fils doriiomme une humanité imparfaite, do même que les ariens attribuent au Fils d(^ Dieu une divinité imparfaite. 0 Le Clii-ist a sauvé tout l'iiouînif; et s'est uni ;i ce qu'il est venu sauver, il a donc pris l'homme tout culiei (iVIansi, op. cil., t. m. col. 461). La sentence de Rome fnt confirmée ct! ;]78 à Alexandrie^ en 379 à Antioche, en 381 à Constantinople. Cependant, malgré ces condamnatioiis et à cause du trouble provoqué par la ptditique religieuse de Valons, les évêquos apollinarisles dé])0sés se maintinrent sur leurs sièges épiscopaux. Aux conciles on opposa des conciliabules. Les apollinaristos tinrent une réunion de ce genre à Antioche ou à Laodicéc, vers 378-379 {P. G., t. xxxvii, col. 1071; Drœseke, op. cit., p. 49; G. Voisin, o[!. cit., p. 94). En 382, les apolliuaristes do Na/.ianze se vanttu-ent d'avoir été reçus par un coiu'ilo d'Occident, qui les avait d'abord condamnés. L'histoire n'a pas gardé le moindre vestige d'un concile où cette l'éconcilialion se serait opérée. Grégoire de Nazianze en doutait si fort qu'il réclamait une lettre de communion certifiant de celte réunion à l'Eglise. Dra-soke, Theologischc Studien and Kritiken, 1892, p. 494-495, croit que ces apollinaristes étaient de bonne foi et so croyaient réconciliés par le concile romain de 382, parce que dans les Anathèmes de Damaso, que Drœsoke rattache à ce concile, la thèse aiitiochionne, opposée à celle d'Apollinaire, estexprcssément condamnée. iMais cette hypothèse ne paraît pas plausible pour cette raison que, dans l'Anathènie suivant, l'apollinarisme est non moins expressémont condamné. D'après G. Voisin, op. cit., p. 96, note 1, si quelque chose pouvait occasionner cette erreur des apollinaristos de Nazianze, c'est plutôt le fait que le concile réuni à jMilan, en 381, par saint Arabroisc, demanda que ces hérétiques fussent de nouveau entendus. La tentative de Damaseetdu concile de Milan en vue de réconcilier les apollinaristes avec l'Eglise permet do soupoounorrcxistouco d'un groupe moins irréductible dans le parti. Les uns étaient attachés à la doctrine d'Apollinaire envers ct contre tout;les autres, victimes d'un entraînement, subissaient cotte doctrine dont ils s'alarmaient à mesure qu'ils s'apercevaient qu'elle était de moins en moins l'expression de la croyance chrétienne. La socte continua, après 382, à se propager on Orient et à combattre activement les partisans de l'orthodoxie. (H. L.)]
1. Dans son Apologie pour Origène, Paifin rapporte un incident du concile romain qui ne doit pas être passé sous silence parce qu'il nous éclaire sur les procédés en usage parmi les apoUinai'istos. Damaso ava.il chargé saint Jérôme do rédiger la pi(jfossioii do f(ji à bujuollo les hérétiques devaient souscrire avant d'être réunis à l'Eglise et celui-ci avait désigné le Christ par l'expression Homo Dominicns. T-es a])ollinaristos présents au concile protestèrent contre cette