QUINZIÈME SESSION. LES CANONS
ces dernières ne s'accordent qu'à des personnes de distinction (qui ont été l'objet de quelques soupçons).
Les commentateurs du moyen âge, Balsamon, Zonaras et Aristène, ont compris ce canon dans ce sens 1. On donnait des lettres de recommandation (aro<7T#tul«l, commendatitise litterœ) aux laïques et aux clercs antérieurement frappés d'une censure ecclésiastique, et qui, pour ce motif, étant suspects aux autres évêques, avaient besoin d'une recommandation particulière pour être reçus de fidèles dans une autre Eglise. Les lettres de paix (etpïjvnwd) se donnaient, au contraire, à ceux qui avaient été constamment d'accord avec leur évêque, et sur lesquels ne pesait aucune espèce d'accusation.
Les anciens commentateurs latins, Denys le Petit et Isidore, ont interprété ce canon dans un autre sens, en traduisant ces mots èv ûttoayj^si par personne honoratiores et clariores ; Gabriel de l'Aubespine, le savant évêque d'Orléans, a voulu prouver, dans ses notes sur notre canon, que les litterœ pacificœ étaient celles qui s'accordaient aux chrétiens ordinaires, tandis que les litterœ commendatitiœ (aucruaTHtat) ne se donnaient qu'aux clercs ou aux laïques de distinction 2 ; et le 13e canon de Chalcédoine semble avoir donné ce sens au mot OtcoXtj'Jaî- Voyez le commentaire du 21e canon.
1. Beveridge, op. cit., t. i, p. 125 sq. ; l. ir, Annotât., p. 117, 22 : toÏç oumv èv •jT,rj),rl'b£.t... 7ipo(7a)7îot; est interprété par les Grecs et Hervet de « gens dfêmt le caractère estsuspect ». En faveur de cette interprétation, on cite le 13c canon qui parle de lettres de recommandation données aux personnes relevées de la censure ecclésiastique. C'est ainsi que Blastarès dans son Syntagma dit qu'un des desseins pour lesquels il donne les « recommandations spéciales», est de prouver l'injustice des accusations intentées contre le porteur lorsqu'elles sont injustes ou qu'il a été relevé de l'excommunication. Le deuxième sens, celui que les Latins ont généralement adopté, est plus naturel, la Prisca dit : bonse esse opinioni ; Denys le Petit : honoratioribus personis ; Isidore : in opère clariores ; Tillemont (Mém. hist. ecclés., t. xv, p. 697) : « qui sont d'une bonne réputation. » M. Houlh (Script, opusc, t. n, p. 110) : viri honestiores* On peut éclairer ces diverses traductions par l'emploi du mot v7cdXy)^t; dans le 2'Jc canon et par ces paroles d'un évêque d'Asie dans la xvr* session : Xàjjwrec f, {rnôXiri^iç tov <ÀpXte7uax67rou 'AvorroXtcrj (Mansi, Concil. ampliss. coll., t. vu, col. 452); enfin par les paroles que le pape Jules 1er adresse aux eusébiens. S. Athanase, Apol. contr. arianos, c. xxxiv, P. G., t. xxv, col. 304. (H. L.)