‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 109 sur 544 · QUINZIÈME SESSION. LES CANONS · texte numérisé non relu

QUINZIÈME SESSION. LES CANONS

cinquante évêques ont accordé que la nouvelle Rome, honorée (par la résidence) de l'empereur et du sénat et jouissant des mêmes privilèges que l'ancienne ville impériale doit avoir les mêmes avantages dans l'ordre ecclésiastique et être la seconde après elle, en sorte 4 que les métropoli-

archevêque le patriarche de Conslantinople, tout en affirmant qu'il a le premier rang dans l'Eglise universelle après le pape de Rome. Les vieux historiens et poètes français disent Y apôtre de Rome pour le pape. Le patriarche d'Antioche a été quelquefois désigné sous le nom d'exarque du diocèse d'Orient. Le nom de patriarche a même été donné primitivement à tous les évêques, et il a à peu près la même signification que celui de primat. D'après une définition, qui a été formulée par Hincmar, il y aurait trois sortes de primats, dont les attributions correspondent à celles des métropolitains, des exarques et des patriarches. Le mot catholicos a eu aussi des sens divers. Ce qu'il y a de plus significatif ou plutôt de non significatif dans ce genre, c'est que le patriarche d'Alexandrie prend le titre déjuge universel et depape sans prétendre à aucune juridiction sur les autres patriarcats. Voici en quels termes le patriarche de Constantinople s'adresse à son collègue d'Alexandrie : Sanctissime Domine papa [izà-Kct) et patriarcha Alexandrie et totius .Egypti, Pentapolis, Libyse et /Ethiopix, in Sancto Spiritu desideratissiine frater et comminister. Au pape de Rome, le patriarche de Constantinople dit : bcaiissime ([xocxapicoratc) ; aux autres chefs indépendants il dit : sanctissime. Aux patriarches d'Alexandrie, de Jérusalem, il dit desideratissiine frater, tandis qu'aux titulaires de Tirnovo, d'Ipak, d'Ochrida et d'Ibérie, il disait simplement dilecte. » Pour s'expliquer comment le patriarcat de Constantinople a admis le principe : Imperium sine patriarcha non staret, il faut remonter au concile de Chalcédoine et à son 28e canon qui, outre le rang des patriarches, vise l'extension de la juridiction de Constantinople sur les diocèses* d'Asie, du Pont et de Thrace, la Thrace avait jusque-là fait partie du patriarcat de Rome. Le pape saint Léon protesta contre cet empiétement et releva en ces termes l'attitude prise à Constantinople : « La ville de Constantinople a ses avantages ; mais ils ne sont que temporels ; elle est ville royale ; mais elle ne peut devenir Siège apostolique. On ne peut porter atteinte aux privilèges des Eglises établies par les canons, ni blesser l'autorité de tant de métropolitains pour contenter l'ambition d'un seul homme (Anatole de Constantinople). Alexandrie ne doit pas perdre le second rang pour le crime particulier de Dioscore, ni Antioche le troisième. Il y a environ soixante ans que cette entreprise est tolérée ; mais les évêques de Constantinople n'ont jamais envoyé au Saint-Siège le prétendu canon (de 381) que l'on allègue. » Pour toutes ces raisons, le pape exhorte l'empereur et l'impératrice à réprimer l'ambition d'Anatole et l'exhorte luimême à s'exercer à l'humilité et à la charité, déclarant qu'il ne consentira jamais à telle entreprise et que si Anatole y persiste, il le séparera de la paix de l'Eglise universelle. Plus tard, le second rang après Rome fut reconnu à Constantinople, notamment au concile de Florence en 1439. (H. L.)

1. D'après le texte grec qui continue par xal oiare, on ne sait si le passage qui suit appartient au second concile œcuménique ou au concile de Chalcédoine ; eu d'autres termes, on se demande s'il faut unir xal ware avec

tains seulement des diocèses du Pont, de l'Asie (proconsulaire) et de la Thrace, et les évoques des parties de ces diocèses occupées par des barbares, seront sacrés par le saint siège de l'Église de Gonstantinople, tandis que, dans les diocèses susnommés, chaque métropolitain sacre régulièrement, avec les évêques de l'éparchie, les nouveaux évêques de cette éparchie, ainsi que cela est prescrit par les saints canons. Mais, comme on l'a dit, les métropolitains de ces diocèses doivent être sacrés par l'archevêque de Constantinople, après élection concordante faite en [529] la manière accoutumée et notifiée au siège de Gonstantinople 1.

Après que Constantin eut élevé Constantinople à la dignité de résidence impériale et de seconde ville de l'empire, après qu'elle eut obtenu le titre de nouvelle Rome, ses évêques s'efforcèrent de rehausser leur dignité et de se mettre sur le même pied que l'évêque de Rome. Ils invoquèrent ce principe en faveur chez les Grecs, que la dignité du siège épiscopal se règle d'après le rang de la ville dans l'ordre civil. Ce principe avait été mis en pratique dans l'Église grecque; et dans son 17e canon, comme dans le canon 28e, le concile de Chalcédoine n'avait pas hésité à le citer comme point de départ de son ordonnance. Il est facile de constater que le 12e canon de Chalcédoine a été également basé sur ce principe. C'est donc en se plaçant à ce point de vue que les Pères de Chalcédoine ont pu dire que l'ancienne Rome était redevable de sa situation ecclésiastique à son caractère de capitale de l'empire, et que les Pères lui avaient accordé cette situation 2. Ce dernier point est, on le comprend facilement, en opposition avec la vérité historique :

Y)[Aetç ôpfcoixçv ou bien avec à7rsvst|j.av-xptvavTEç. Mais comme a) ce 3e canon du II» concile œcuménique dont il est ici questionne renferme rien sur les diocèses du Pont, etc. ; b) comme, d'un autre côté, l'exemplaire dont s'est servi le concile de Chalcédoine et qu'il fit lire dans la session suivante (la xvie) ne renferme rien de semblable, il est évident que la seconde partie de ce canon, celle qui commence par ces mots y. ai <oare, est une prescription du concile de Chalcédoine. Cf. Beveridge, op. cit., t. il, Annotait., p. 125. (H. L.)

1. L'ensemble du canon se réduit à trois points principaux : 1° Promulgation renouvelée du 3e canon du second concile œcuménique de (Constantinople) et affirmation de la préséance honorifique de l'évêque de la ville impériale. — 2° Concession de la juridiction effective sur les trois exarchats de Thrace, du Pont et de l'Asie. — 3° Collation du droit d'ordination des évêques dans les diocèses établis chez les barbares. (H. L.)

2. Voici une affirmation qui n'est pas aisée à justifier. Quels sont ces Pères ? Si ce sont les Apôtres qu'on a en vue, la cause est jugée puisque aucun d'entre eux n'a rien dit, n'a rien laissé supposer sur ce point particulier. Quant à invo-

car, dans la suite des temps, un concile général eût seul pu accorder à l'Eglise de Rome ces prérogatives ecclésiastiques, de même que deux conciles généraux ont accordé au siège de Constantino^ pie les privilèges dont il jouit. Mais le premier concile œeuméni* que de Nicée n'a pas fondé la situation ecclésiastique de Rome qu'il a trouvée établie, ainsi qu'il le déclare dans son 6e canon* et ainsi que le prouve l'histoire de l'Église primitive. — L'autre opinion émise par le concile de Chalcédoine, à savoir que lé rang ecclésiastique d'une ville devait se régler d'après la situation de cette ville dans l'ordre civil, fut justement critiquée par le pape Léon le Grand. Il objecta «qu'il y a une différence entre Tordre temporel et l'ordre ecclésiastique [alia tamen ratio est rerum sœcularium, alia divinarum), et l'origine apostolique d'une Église, sa fondation par les Apôtres, est ce qui lui assure un rang élevé dans la hiérarchie 1. » Les Apôtres avaient fondé les premières Églises dans les villes les plus considérables ; ces villes constituaient comme un point central d'où le christianisme pouvait se répandre avec plus de rapidité ; il arriva ainsi que, dès l'antiquité, les métro* pôles civiles devinrent les métropoles ecclésiastiques. Mais le motif de ce rang hiérarchique n'avait pas été la situation de la ville dans l'ordre civil ; il était basé sur l'origine apostolique ou sur la haute antiquité de l'Eglise de cette ville. C'est ce que saint Cyprien disait déjà d'une manière très explicite. Rome est pour lui YEccle< sia principalis et le centre de l'unité, unde imitas sacerdotalis exorta est, parce qu'elle est la cathedra Pétri. Le concile de Sardique dit â son tour : hoc enim optimum et valde congruentissimum esse videbitur, si ad caput, id est ad Pétri sedem, de sirtgulis quibusqué provinciis Domini référant sacer dotes 2. Saint Augustin as-

quer le témoignage des apôtres en faveur de l'origine apostolique de l'Église de By/.ance el des privilèges qui, à ce litre, s'y trouveraient attachés, on n'y saurait raisonnablement penser. La liste épiscopale de Constantinople remontant à saint Stachys et à saint André est un grossier apocryphe. Il ne peut être question de témoigna ges collectifs ni individuels sur la prééminence de Rome attachée à son rang civil, pendant la période des persécutions et, depuis lor», aucun concile n'a rendu un canon qui autorise cette opinion. Le 6° canon de Nicée sur les trois patriarcats Ji Konu-, d'Alevundrie et d'Anlioche, a été étudié dan» le t. i«rde cet ouvrage et ne nous a autorisé ày découvrir rien de semblable, (H. L.)

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