LES ACTES DU CONCILE ET LEUR TRADUCTION
Au sujet de la traduction latine des actes de Chalcédoine on se demande d'abord quel en est l'auteur. Quesnel ne mettait pas en doute que ce fût Julien, évêque de Cos, charge par saint Léon de la rédiger. A mon avis, Baluze et les Ballerini ont prouvé péremptoirement l'erreur de Quesnel; la traduction en question est d'au moins cinquante ans plus récente que Julien de Cos ; provient-elle peut-être de Denys le Petit, auquel notre versio antiqua a emprunté la traduction des canons de Chalcédoine ?On se demande, d'ailleurs, si Julien de Cos a fait la traduction demandée par le pape. Les Ballerini ayant trouvé quelques fragments d'une traduction latine des actes de Chalcédoine incontestablement plus ancienne que notre versio antiqua (elle contient une version du procès-verbal de la vie session, des négociations au sujet de Domnus d'Antioche, du traité conclu entre les patriarches d'Antioche et de Jérusalem), on pourrait admettre que Julien a, en effet, traduit en latin les actes les plus importants et que quelque empêchement lui aura fait laisser son travail inachevé. En 549 et en 550, le diacre romain Rusticus, séjournant à Constantinople avec son oncle le pape Vigile, compara la versio antiqua avec plusieurs manuscrits grecs des actes de Chalcédoine, et en particulier avec ceux du couvent des Acémètes ; c'est ce qu'il dit, à plusieurs reprises, dans ses notes à la fin du procès-verbal de la ire, de la ive (avant YActio de Carauso, etc.), des ve, vn% vme, ix% xe, xi°, xive sessions *. On se demande si ce couvent des Acémètes 2, auquel appartenaient les manuscrits, était le célèbre couvent de Constantinople, ou bien le couvent bien moins connu qui se trouvait à Chal- [4171 cédoine. Baluze, qui opine pour ce dernier, se fonde sur la note de Rusticus à la fin du procès-verbal delà première session 3. Quant
1. Dans Mansi, op. cit., t. vi, col. 938; t. vu, col. 79, 118, 183, 194, 203, sq ; dans Hardouin, op. cit., t. n, col. 243, 431, 455, 495, 502, 507, sq ; dans Baluze, Nom collectio conciliorum, col. 1165, 1251, 1258, 1285, 1291, 1296. Se trouvent également dans Mansi, t. vu, col. 707. D'après les propres remarques de Rusticus, il est donc évident qu'il n'a pas seulement comparé et amélioré le procèsverbal de la première session, ainsi que Quesnel l'a prétendu. Opéra sancti Leonis, édit. Ballerini, t. n, p. 1519. Cf. Baluze op. cit., col. 971, n. 22; Mansi, op. cit., t. vu, col. 661, n. 22.
2. J. Pargoire, Acémètes, dans le Dictionn. d'archéol. chrét. et de liturgie, t. i, col. 307-321. (H. L.).
3. Baluze, op. cit., dans la prsefatio de la revision de la versio antiqua, p. 971, n. 21 ; a été aussi imprimé dans Mansi, op. cit., t. vu, col. 661, n. 21.
aux améliorations faites par Rusticus, on peut les résumer ainsi : a) Il releva les variantes, quelquefois considérables, existant entre la versio antiqua et les manuscrits grecs, et les inséra dans le texte latin, b) Il coordonna les procès-verbaux de chaque session d'après l'ordre des exemplaires grecs ; ainsi, ce qui dans la versio antiqua était la seconde action devint la troisième et réciproquement ; de même les canons qui se trouvaient après la vie session turent placés à la xve. c) II traduisit les négociations qui avaient eu lieu dans la vne session, au sujet du traité conclu entre les patriarches d'Àntioche et de Jérusalem, quoique la versio antiqua eût déjà cette traduction dont il intercala un fragment dans la sienne, depuis les mots : qua interlocutione jusqu'à mox sequentia i.
A partir de Rusticus, il y eut des manuscrits contenant la versio antiqua sans les améliorations du diacre romain, et d'autres renfermant les améliorations de Rusticus. Il n'existe de ces premiers manuscrits que deux exemplaires : un à Paris et un autre à Rome, lequel a appartenu autrefois à la reine Christine, tandis qu'un très grand nombre de manuscrits, qui diffèrent cependant les uns des autres, renferment le travail de Rusticus 2.
La versio antiqua améliorée par Rusticus fut imprimée pour la première fois en 1538 et 1557, dans les collections des conciles du franciscain Crabbe (à Malines) ; elle a passé de là dans les éditions de Surius, Nicolinus, et dans la première de Binius en 1606. Les éditeurs de la collection romaine, publiée en 1608, ont heureusement modifié çà et là le texte de cette version latine pour l'harmoniser autant que possible avec le texte grec qu'ils éditaient pour la première ibis. Cette versio Bustici, ainsi améliorée, a été adoptée dans les éditions de Binius qui ont suivi, de [418 même que dans Veditio regia et dans celle de Labbe. Après l'apparition de l'édition de Labbe, Baluze chercha, avec grand soin, et en comparant tous les manuscrits à sa disposition, à distinguer le véritable texte de X antiqua versio, ainsi que les améliorations de Rusticus ; il publia le résultat de ses recherches dans sa Nova Collectio conciliorum, col. 923-1398 (formant supplément à la collection de Labbe), qui parut à Paris en 1683 (elle a été réimprimée à
1. La nouvelle traduction par Rusticus se trouve dans Hardouin, op. cit. t. n, col. 491 sq. ; Mansi, op. cit., t. vu, col. 1 78 sq ; la traduction de la versio antiqua se trouve au contraire dans Baluze, op. cit., col. 1285, et dans Mansi op. cit., t. vu, col. 731.
2. Voir la note des Ballerini, op. cit., t. n, col. 1518, 1519.