QUINZIÈME SESSION. LES CANONS
après le Siège de Rome 4. C'était, par le fait même, porter atteinte aux droits des sièges d'Alexandrie et d'Antioche, garantis par le concile de Nicée. Quesnel pense qu'au concile de Chalcédoine, les légats du pape avaient formellement reconnu au siège de Constantinople le droit de venir immédiatement après le siège de Rome '2. En effet, lorsque, dans la ire session du concile de Chalcédoine, on lut les actes du Brigandage d'Ephèse, il se trouva que Flavien, le défunt archevêque de Constantinople, occupait le cinquième rang,
1. Nectaire occupait alors le siège de Constantinople. Sa prééminence proclamée par cent cinquante évêques ne fut pas contredite par Flavien d'Antioche pris de frayeur ; quant à l'évêque d'Alexandrie il était absent. Rome refusa obstinément son approbation au 3e canon. A ce coup Nectaire se montra fort modeste, et se contenta de la simple primauté d'honneur xp&réela ir\ç xi(x^ç que lui conférait le 2e canon par lequel les limites des trois exarchats sont parfaitement conservées. Ce n'était qu'une disposition qui rappelle celle du 7° canon de Nicée en faveur de Jérusalem : Quia consuetudo obtinuit, et antiqua traditio, ut JEliœ episcopus honoretur, et habeat honoris consequentiam salva etiam metropoli propria dignitate. L'occasion ne devait pas tarder à se présenter de mettre à exécution le 3e canon de 381. Dès 384, Nectaire présidait un concile destiné à régler un différend entre deux évêques d'Arabie. L'affaire était, en réalité, du ressort du patriarcat d'Antioche, mais Nectaire invoquant le récent concile de Constantinople obtint la présidence par une sorte de bravade à l'égard de Flavien d'Antioche et de Théophile d'Alexandrie, qui assistaient à la réunion et ne paraissent pas avoir soulevé de réclamations, peut-être par crainte de l'empereur qui s'en fût tenu pour personnellement offensé. Ce premier pas est suivi d'un second plus audacieux encore. En 446, l'évêque d'Edesse, Ibas, est accusé par-devant l'empereur du crime d'hérésie. Théodose II renvoie l'affaire à Flavien de Constantinople bien qu'Edesse relevât du patriarche d'Antioche. Par déférence, on soumit le cas à ce dernier, mais c'est l'évêque de Constantinople qui porta le jugement. Ce jugement devait être confirmé par le concile de Chalcédoine (ix6 et xe sessions) qui mentionna l'intervention de Flavien et l'ordre de l'empereur. Le successeur de Flavien fera un pas de plus ; il ordonnera le patriarche d'Antioche, au mépris des canons. C'est une créature de Dioscore d'Alexandrie, Anatole, qui occupe le siège de Constantinople à l'époque du concile. Tout son effort tend à faire confirmer le 3e canon afin d'étendre sa juridiction effective sur l'Orient. L'occasion semblait propice parce que les trois sièges patriarcaux étaient désunis. A Alexandrie, Dioscore allait être déposé et les considérants de sa déposition sont durs. A Antioche et à Jérusalem, Maxime et Juvénal respectivement évêques de ces deux villes, avaient à résoudre des questions qui leur paraissaient fort graves et qui louchaient à des intérêts considérables. Ces deux patriarcats se séparèrent plus brouillés qu'en s'abordant. Le patriarcat de Constantinople sortait de ce concile fondé. (H. L.)
2. Dans sa dissertât. De vita et rébus gestis S. Leonis Magni, ad annum 452, n. 4 ; dans Ballerini, t. n, p. 521 ; P. L.y t. liv, col. 273.
ce qui fit dire aux évêques : « Pourquoi donc Flavien n'a-t-il pas sa place ? » Le légat Paschasinus répondit : « Nous voulons, ainsi que Dieu le veut, reconnaître comme le premier après nous Anatole, l'évêque actuel de Constantinople ; c'est Dioscore qui a donné à Flavien la cinquième place. » Nous avouons volontiers que ces paroles de Pasohasinus paraissent renfermer une reconnaissance plus ou moins complète du 3e canon du second concile œcuménique; cependant, il ne faut pas oublier que, lors de la xvie session de Chalcédoine, le légat Lucentius déclara explicitement que l'ordonnance des cent cinquante évêques, rendue quatre-vingts ans auparavant en opposition avec le décret de Nicée, n'avait pas été insérée dans la collection des canons (en vigueur à Rome) 4, Le pape Léon le Grand répéta l'assertion dans sa lettre à Anatole : « Jamais cet [532] écrit composé par quelques évêques n'a été porté par tes prédécesseurs à la connaissance du Siège apostolique 2. » Dans un autre passage, le pape Léon le Grand dit encore : « Cette concession (des cent cinquante évêques) est restée sans aucun résultat pendant une longue suite d'années 3, » et il ajoute : « Rome et l'Occident ne l'ont pas reconnue. » Si ce 3e canon de Gonstantinople avait été pratiqué en Orient, il ne serait certainement pas resté inconnu au pape. Les importantes citations qui précèdent nous amènent à dire que, les paroles de Paschasinus invoquées par Quesnel ne contiennent pas une reconnaissance formelle du 3* canon de Constantinople. Si le légat a, en fait, accordé à Anatole de Constantinople le premier rang (après Rome) au concile de Chalcédoine, et le droit de voter le premier de tous les membres du concile, cela venait a) de ce que Dioscore d'Alexandrie et Juvénal de Jérusalem étaient accusés, et b) de ce que, au sujet d'Antioche, on ne savait lequel, de Maxime ou de Domnus, était l'évêque légitime.
Quoique Rome et l'Occident n'eussent pas reconnu le 3e canon du second concile général, la coutume en Orient accordait à l'évêque de Constantinople le premier rang. Ainsi, en 394, Nectaire présida, sans protestation, un concile auquel assistaient les patriarches Théophile d'Alexandrie et Flavien d'Antioche ; en 426, Sisinnius présida un concile auquel assistait Théodose d'Antioche ; mais les évêques de Constantinople, insatiables, voulurent étendre leurs
1. Mansi, op. cit., t. vu, col. 442 ; Hardouin, op% cit., t. U, col, 635 sq.