Seizième et dernière session, le 1er novembre
Le 28e canon provoqua une dernière session, la xvi°, qui se tint le 1er novembre 431 l; Les manuscrits grecs donnent une autre date [V kalend. Nov.), mais il résulte du procès-verbal de la session et des paroles des légats, que cette session s'est tenue le lendemain de 539] celle (la xive) où il fut question de Sabiniçn, évêque de Perrha, et après laquelle les légats s'étaient retirés, tandis que les autres membres du concile étaient restés et avaient publié les vingt-huit canons 2.
Dans la xvie session les légats demandèrent à présenter une proposition. Les commissaires impériaux (Anatole, Palladius et Vincomalus) y ayant consenti, le légat Paschasinus dit : « Les empereurs ne s'occupent pas seulement des intérêts de la foi, ils ont aussi à cœur de faire cesser entre les évêques, les schismes, les différends et les scandales. Hier, après que Votre Magnificence (c'est-à-dire les commissaires impériaux) et notre Petitesse se furent éloignés, on a pris quelques décisions qui, à notre avis, sont en opposition avec les canons et avec la hiérarchie ecclésiastique. Nous en demandons lecture. » Les commissaires l'autorisant, Aétius, archidiacre de Constantinople, fit remarquer qu'il était d'usage dans les conciles d'expliquer ou de juger diverses choses nécessaires, lorsque l'objet principal du concile était épuisé. L'Eglise de Constantinople ayant un dernier point à vider, avait prié les légats de prendre part à la discussion ; ceux-ci s'en étaient excusés sous prétexte qu'ils n'avaient pas mission pour cela. Les commissaires impériaux avaient, au contraire, ordonné au concile d'examiner cette affaire. Après leur départ, tous les évêques s'étaient levés et avaient demandé cette délibération, qui n'avait pas eu lieu en cachette, mais d'une manière conforme aux canons. Béronicien, secrétaire du consistoire, lut le 28e canon, signé par environ deux cents évêques, dont quelques-uns avaient même signé au nom de plusieurs de leurs collègues 3. En
1. Les actes de cette session se trouvent dans Mansi, op. cil., t. vu, col. 423, 454; Hardouin, op. cit., t. n, col. 623-644.
2. Voir la note marginale dans Mansi, op. cit., t. vu, col. 423, et à la même page la note 6.
3. Mansi, op. cit., t. vu, col. 129 sq. ; Hardouin, op. cit.y t. il, col. 627 sq.
collationnant les noms des signataires avec ceux des Pères mentionnés dans les procès-verbaux antérieurs, on voit qu'il n'y avait guère eu àsigner que la moitié; parmi les manquants, on remarquait Thalassius, exarque de Césarée, quoique en grande faveur à Constantinople et élevé à l'épiscopat par Proclus ; Anastase de Thessalonique, Eusèbe d'Ancyre, Pierre de Corinthe, Eunomius de Nicomédie, Julien de Cos, Olympius de Constanzia, Onésiphore d'Iconium et d'autres métropolitains et évêques, en particulier les évêques de l'Illyrie.
Cette lecture faite, le légat Lucentius opina que plusieurs évêques [540] avaient été trompés et forcés de souscrire ces canons jusqu'alors inconnus {non conscriptis). Comme il se sert du pluriel (ces canons), on en peut conclure qu'on avait décrété dans la xvie session d'autres canons que le 28e. Du reste, ses paroles offrent un sens différent selon que l'on consulte le texte grec ou bien la traduction latine. Mansi dit clans une note marginale, que cette traduction latine a dû être faite sur un texte grec meilleur que celui que nous avons actuellement. On ne s'explique pas bien ce que Lucentius a voulu dire par cette expression non conscriptis canonibus subscribere. Dans le texte grec, rien ne correspond à ces mots non conscriptis. Dès que l'observation émise par Lucentius eut été traduite en grec par Béronicien, les évêques s'écrièrent : « Nul n'a été forcé. » Lucentius reprit : « Il paraît qu'on a mis de côté les ordonnances des trois cent dix-huit Pères de Nicée, pour suivre celles des cent cinquante, qui ne se trouvent pas dans les canons synodaux (et n'ont été publiés que depuis quatre-vingts ans) *. Si les évêques de Constantinople ont, à partir de cette époque, exercé ces privilèges, pourquoi les demandent-ils maintenant? Mais il est certain qu'ils ne les ont pas possédés de par les canons. » Aétius, archidiacre de Constantinople, demandant aux légats de communiquer au concile leurs instructions sur ce point, Boniface lut ce qui suit : « Vous ne permettrez aucune atteinte à la décision des Pères (de Nicée) ; vous protégerez et défendrez de toutes manières dans votre personne mon autorité. Si quelques-uns, se fondant sur l'éclat de leur ville, veulent s'arroger des droits, vous vous y opposerez énergiquement 2. »
1. Les mots mis entre parenthèses se trouvent dans la traduction latine, qui, suivant ce que nous avons dit, a dû être faite sur un texte grec préférable à celui que nous avons.
2. Mansi, op. cit., t. vu, col. 442 sq. ; Hardouin, op. cit., t. h, col. 6-35 sq.