SEIZIÈME ET DERNIÈRE SESSION
Les commissaires impériaux demandèrent alors aux deux parties de faire connaître les principes sur lesquels ils se basaient. Paschasinus lut les 6e et 7e canons de Nicée, dans une forme qui, à la vérité, s'éloignait, sur un point très important, du texte grec authentique. Le texte du légat attribuait à tort, d'après ce canon de Nicée, la [541J primauté à l'Église romaine. Mais en ce qui concernait les droits des Eglises d'Alexandrie et d'Antioche contre l'Eglise de Constantinople, il était parfaitement exact. D'après les actes du concile, tels que nous les avons présentement, Constantin, le secrétaire du consistoire, lut d'abord, dans un manuscrit grec que lui remit l'archidiacre Aétius, ce même 6e canon de Nicée, et aussitôt après, les ► trois premiers canons du IIe concile œcuménique *. Les Ballerini ont émis, au sujet de cet incident, une opinion probable ~. Ils supposent ici un passage intercalé. Un copiste ayant remarqué une différence entre le texte grec du 6e canon de Nicée, et le texte latin lu par les légats, aura inséré ce texte grec dans le procès-verbal; de fait, Constantin, le secrétaire du consistoire, n'aura lu à Chalcédoine, dans le manuscrit d'Aétius, que les trois premiers canons du IIe concile œcuménique, ce qui remplissait le but du concile, tandis que le 6e canon de Nicée aurait été contre les intentions de l'assemblée, c'est-à-dire contre l'élévation du siège de Constantinople. Les Ballerini ont étayé leur hypothèse sur une ancienne version latine du procès-verbal de la xvie session, et noté la difficulté d'admettre qu'au concile de Chalcédoine, on ait expressément désigné le IIe concile œcuménique, Ssuiépa jùvoSoç dans le passage en question 3. Ajoutons, à l'appui de celte opinion, que si, à Chalcédoine, comme pour montrer ce qu'il y avait de fautif dans le texte latin lu par le légat, on avait à dessein placé dans le procès-verbal suivant le texte grec vis-à-vis de ce texte latin, il y aurait eu de part ou d'autre quelques observations sur la divergence entre ces deux textes. Sans émettre le moindre doute contre l'authenticité du texte latin lu par les légats, les commissaires impériaux demandèrent aux cvèques du Pont et d'Asie, qui avaient signé le 28° canon de Chalcédoine, de déclarer solen-
1. Mansi, op. cit.y t. vu, col. 443 ; Hardouin, op. cit., t. h, col. 638.
2. Dans leur édition des OEuvres de Léon le Grand, t. ni, p. xxxvi sq.
3. Nous avons dit plus haut, vers la fin du § 100, qu'au Brigandage d'Éphèse on avait appelé le concile de Nicée 1er concile, et celui d'Éphèse Seurépa avvoSo;, sang mentionner le concile de Constantinople.
nellement s'ils avaient agi en pleine liberté, c'est-à-dire s'ils [542] s'étaient volontairement soumis au siège de Constantinople ; Diogène de Cyzique, Florentins de Sardes, Romanus de Myra, Calogerus de Claudiopolis, Seleucus d'Amasie, Eleutherius de Chalcédoine, Pierre de Gangres, Nunéchius de Laodicée, Marinianus de Synnade, Pergame d'Antioche en Pisidie, Critonianus d'Aphrodisias, Eusèbe de Dorylée, Antiochus de Sinope, etc., assurèrent chacun à leur tour et par de brefs discours qu'ils avaient souscrit eu toute liberté. Seleucus d'Amasie et Pierre de Gangres déclarèrent notamment que trois de leurs prédécesseurs avaient reçu leurs ordinations de Constantinople, et Eusèbe de Dorylée fit la déclaration suivante : « Etant à Rome, il avait lu au pape, en présence de quelques clercs de Constantinople, le canon en question du concile de Constantinople, et le pape Pavait accepté. » — Eusèbe de Dorylée est ici dans 1 erreur, car le pape Léon a toujours affirmé qu'il n'avait ni approuvé ni reçu le canon, parmi les lois approuvées par l'Eglise. Lorsque Eusèbe lut ce canon au pape, celui-ci aura pu ne faire aucune observation, et Eusèbe aura interprété ce silence dans un sens tout à fait faux.
On réclama des explications aux évêques d'Asie et du Pont qui n'avaient pas voulu signer le 28e canon. Eusèbe d'Ancyre montra par des faits, qu'il ne s'était jamais arrogé le droit de faire des ordinations, bien qu'à plusieurs reprises les habitants de Gangres l'eussent engagé à en faire, et que ses prédécesseurs eussent en effet ordonné plusieurs évêques de Gangres. Il avouait cependant que Proclus de Constantinople avait ordonné un évêque de Gangres : Pierre, évêque actuel de cette ville, avait été ordonné à Constantinople, parce que lui, Eusèbe, n'avait pas voulu se charger de l'ordonner, montrant par là qu'il ne voulait pas s'arroger le droit de faire les ordinations des autres évêques. Il se contentait de désirer que ces ordinations ne fussent pas simoniaques: car, lors de son élévation à l'épiscopat, il avait eu à répondre pour de grandes dettes qui dataient du sacre de son prédécesseur. — Philippe, prêtre de Constantinople, répondit qu'Anatole avait aboli à Constantinople ces tributs d'argent ; Eusèbe d'Ancyre répartit que, « Anatole étant mortel, un nouvel usage pourrait s'établir. » A d'autres questions il avoua avoir été sacré par Proclus de Constantinople, ajoutant : « pour mon malheur ! » parce qu'il était au regret d'avoir accepté la dignité épiscopale. Il ne s'expliqua pas [543] sur son refus de signer le 28e canon ; mais son discours montre assez