LETTRE SYNODALE AU PAPE
[545] me session de Chalcédoine, la suscription des quatre mémoires des Alexandrins : Théodore, Ischirion, Sophronius et Athanase, qualifiait le pape Léon d'archevêque et partiarche œcuménique de la grande Rome 4. Environ un siècle plus tard, le pape Agapet sera salué par les Orientaux du titre de patriarche œcuménique 2. Mais que le concile de Chalcédoine ait expressément, dans une de ses délibérations, donné ce titre au pape Léon, et que celui-ci l'ait refusé, c'est à quoi les actes du concile et les lettres du pape ne font pas la moindre allusion.
203. Lettre synodale au pape ; on sollicite la confirmation des décisions du concile.
Les collections des actes des conciles font suivre le procèsverbal de la xvie session d'un mémoire remis à l'empereur Marcien par le concile de Chalcédoine, mémoire ayant trait à une époque antérieure, et dont nous avons parlé plus haut. Un autre document se rapporte à la fin du concile : c'est une lettre de l'assemblée au pape Léon, conservée dans le texte grec original et dans la traduction latine du diacre Rusticus 3. Elle commence par ces mots du Psalmiste (Ps. cxxv) : « Notre bouche est remplie de joie et notre langue, de jubilation. » Le motif de cette joie est raffermissement de la foi que Léon protège et dont il a fait connaître le dépôt, en sa qualité d'interprète de la foi de Pierre. « Les évêques de Chalcédoine ont pris Léon pour leur guide, afin de montrer l'héritage de la vérité aux fils de l'Eglise. Sa lettre avait été pour eux un vrai festin spirituel, et ils avaient pu croire que l'Epoux céleste était au milieu d'eux. Comme la tête fait l'unité des membres, ainsi le pape Léon, par ses représentants, avait exercé l'hégé-
pape, mais non l'évêque de toute l'Église, c'est jouer sur les mots. (H, L.)
1. Hardouin, op. cit., t. n, col. 321, 325, 332, 336 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 1005, 1012, 1021, 1029.
2. Hardouin, op. cit., t. n, col. 1203 ; Mansi, op. cit., t. vin, col. 895.
3. Mansi, op. cit., t. vi, col. 147 sq. ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 655 sq. ; S. Léon, Opéra, édit. Ballcrini, t. i, p. 1087 (n. xcvm de la corresp. du pape Léon). Il on existe encore une traduction latine contemporaine signée par environ soixante-dix évêques. Dans Ballerini, op. cit., col. 1099; Mansi, op. cit., t. vi, col. 155.
monie entre tous les membres de l'assemblée. Afin que tout se passât dans le meilleur ordre, izpoq sùxoa^tav, les pieux empe- [546]| reurs avaient exercé la présidence et désiré que l'édifice dogmatique fût restauré. » Le concile parle ensuite de cette bête féroce de Dioscore et de ses forfaits, lorsque, dans sa fureur, il s'est attaqué aux gardiens établis par le Sauveur sur la vigne divine, c'est-à-dire au pape, et a osé excommunier celui dont la mission est de maintenir l'union dans le corps de l'Eglise. Le concile lui avait infligé une peine méritée, pour n'être pas rentré en lui-même et n'avoir pas répondu aux invitations de l'assemblée. Toutes les autres affaires avaient été menées à bonne fin, par la grâce de Dieu et le secours de sainte Euphémie. Celle-ci avait couronné de succès la réunion tenue dans un lieu qui lui était consacré ; elle avait fait présenter en son nom, au Christ, son fiancé, parla main de l'empereur et celle de l'impératrice, le décret dogmatique. Le concile ajoute ces mots, qui durent causer au pape moins de plaisir : « Nous t'apprenons aussi que nous avons décrété quelques autres mesures dans l'intérêt de la paix et du bon ordre dans les affaires ecclésiastiques, et pour la confirmation des statuts de l'Église, sachant que Ta Sainteté les confirmera et approuvera ((k6aisjv). Nous avons, en particulier, confirmé la coutume ancienne en vertu de laquelle l'évêque de Constantinople ordonnait les métropolitains des diocèses d'Asie, du Pont et de la Thrace, moins pour accorder un privilège au siège de Constantinople que pour assurer la tranquillité des villes métropolitaines. Dans toutes ces villes, il arrive souvent qu'à la mort de l'évêque des divisions éclatent, Ta Sainteté le sait ; cela est arrivé en particulier à Ephèse, entre Etienne et Basile. Nous avons confirmé le canon du concile des cent cinquante Pères, lequel assure au siège de Constantinople le second rang immédiatement après ton siège saint et apostolique. Nous l'avons fait avec confiance, parce que tu as souvent déjà fait briller sur l'Eglise de Constantinople le rayon lumineux qui resplendit en toi, et parce que, dégagé de toute jalousie, tu aimes à enrichir ceux qui t'appartiennent, en les faisant participer à ton pouvoir. Puisses-tu donc envisager (xepMUTu^aaÔai) ce décret comme le tien propre, ô très saint et très heureux Père ! Tes légats qui s'y sont énergiquement refusés, pensaient probablement que cette bonne institution requérait, de même que la déclaration de foi, ta confirmation. Quant à nous, nous étions d'avis qu'il convenait à un concile œcuménique de confirmer, d'après les désirs de Tempe-