Réponse du pape. Il condamne le 28e canon
Le pape Léon n'était pas homme à se laisser gagner par de belles paroles 4.
1. Les Ballerini, ont prouvé, contre Quesnel, dnns leur édition de S. Léon le Grand, t. ii, col. 1529, que si le pape Léon avait rejeté le 28e canon de Chalcédoine, ce n'était pas par crainte que la puissance du patriarche de Constantinople ne portât atteinte à la sienne propre ; mais bien pour faire observer, comme de droit, les canons de Nicée et le droit canon jusque-là en vigueur dans l'Eglise. Dans sa Monographie ûber Léo der Grosse, Arendt soutient que le concile de Chalcédoine avait des motifs pour accorder un surcroit d'honneur au siège de Constantinople ; mais, qu'à son point de vue, le pape avait eu raison de s'opposer à cette mesure et avait rempli un devoir en agissant ainsi. Il dit (p. 316-318) : c La sévère expérience des derniers temps avait suffisamment montré combien périlleuse pour le repos de l'Église avait été la puissance prépondérante du patriarche d'Alexandrie en Orient. L'état monastique, qui avait fait depuis peu son apparition et avait déjà acquis en Egypte une très grande influence, était tout à fait sous la dépendance du patriarche, et celui-ci pouvait facilement, l'exemple de Théophile et de Dioscore l'avait prouvé, faire servir ces multitudes de moines à des entreprises destinées à augmenter l'honneur du siège patriarcal et à nuire à la liberté de l'Église universelle. Le synode paraît avoir été persuadé que l'on ne pouvait mettre fin à cette prépondérance qu'en accordant au siège de Constantinople des droits qui lui permissent de contre-balancer en Orient l'influence du siège d'Alexandrie. Ainsi que nous le verrons plus tard, Anatole n'était pas non plus dénué d'ambition, et l'on peut présumer que si les circonstances l'ont aidé à obtenir de l'empereur ce qu'il désirait pour le siège de Constantinople, c'est grâce aussi à ses convoitises personnelles qu'il a pu atteindre ce résultat. A ce point de vue, on peut dire que non seulement le concile a eu raison d'agir comme il l'a fait, mais même qu'il ne pouvait agir autrement, quoique ce point de vue n'ait pas été celui du pape. Celui-ci était fermement persuadé qu'il avait à veiller, en vertu de sa charge, aux intérêts généraux de l'Église. Il examina donc la question en se préoccupant, moins de l'influence locale qu'elle pouvait avoir sur telle ou telle contrée de l'Église, que de ce qu'elle aurait d'avantageux ou de désavantageux à la constitution générale de l'Église catholique et à son avenir. C'était voir les choses sous un autre jour : car on pouvait alors se convaincre facilement qu'accorder ces privilèges au siège de Constantinople c'était rétablir en Orient, et en sa faveur, la prépondérance dont avait auparavant abusé le siège d'Alexandrie. Dans le cas où l'évêque de la nouvelle Rome suivrait les errements de quelques évêques d'Alexandrie, la situation serait plus critique que jamais à cause de l'influence et de l'importance politique des évêques de Constantinople. On pouvait prévoir avec certitude que la concession faite au siège de Constantinople, changerait toute l'économie des Églises
Dans sa réponse à l'empereur (22 mai 452), il exprime sa joie de [550] l'heureuse issue du concile, et en particulier de l'unanimité parmi les évèques, à l'exception des principaux fauteurs de l'hérésie. Il loue le zèle de l'empereur en la circonstance. Mais il s'étonne et regrette qu'après avoir atteint le but de la réunion le concile ait mis en danger, par sa soif des honneurs, la paix de l'Eglise à peine rétablie. Anatole s'était, il est vrai, bien conduit en abjurant les erreurs de Dioscore et en se rangeant du côté de la foi catholique. Par égard pour l'empereur, le pape avait agi avec douceur plutôt qu'avec justice à l'égard d'Anatole, que ces procédés avaient rendu vaniteux au lieu de lui inspirer de la reconnaissance. Mais eût-il été homme de grand mérite et régulièrement institué, le pape ne pouvait lui permettre d'agir contre les canons. En fait, Anatole avait d'autant plus nui à son autorité qu'il avait injustement cherché à s'élever plus haut. « Que Constantinople, continue le pape Léon, ait l'honneur qui lui revient et que, sous la protection de Dieu, elle puisse jouir longtemps de ton gouvernement. Mais autres sont les affaires humaines, autres les affaires de la religion. Il n'y a d'édifice solide que celui qui pose sur le roc établi par le Seigneur comme
d'Orient, et, de même que la liberté et l'indépendance des autres Eglises de ce pays serait, par la force des choses, mise en question, de même cette grande division de l'Eglise universelle en Eglise orientale et en Eglise occidentale courrait grand risque de s'accentuer graduellement et d'une manière inquiétante pour les intérêts généraux. En mettant dans la main d'un seul évêque la conduite de toute l'Eglise orientale, on rendait possible la séparation des Églises d'Orient et d'Occident. Pour combattre ce canon et pour faire son devoir dans cette affaire, le pape Léon n'eut donc pas besoin de songer à son propre intérêt, de se laisser aller à des sentiments de jalousie : il n'eut qu'à s'inspirer des intérêts généraux de l'Église universelle. Vis-à-vis de ces intérêts généraux, les intérêts du moment, les intérêts de tel ou tel pays n'étaient pas à comparer. Les rapports qui existent entre le pape et le monde chrétien lui imposent le devoir de veiller à l'avenir de l'Église, alors surtout qu'un concile se laisse trop dominer par les besoins d'actualité et favorise un intérêt particulier au point de compromettre les intérêts généraux. L'histoire n'a que trop bien prouvé ce qu'il y avait de prophétique dans ces appréhensions du pape Léon ; car la séparation de l'Église d'Orient et de l'Église d'Occident a été en grande partie le résultat de cette soif de domination, dont il faut peut-être chercher la première cause dans ces privilèges accordés par le 28e canon de Chalcédoine à lévêque de Constantinople. Il ne faut pas oublier non plus que la publication de ce 28" décret de Chalcédoine était la consécration de beaucoup d'injustices, par exemple, au sujet de la juridiction des métropolitains d'Éphèse et de Césarée, dont les droits reposaient sur des titres ecclésiastiques d'une valeur incontestable. » (H. L.)