REPONSE DU PAPE
[551] pierre fondamentale, Anatole doit être satisfait d'avoir, avec le secours de Ta Piété et mon consentement, obtenu l'évêché d'une si grande ville ; qu'il ne dédaigne pas la ville impériale, dont il n'est pas en son pouvoir de faire un siège apostolique ; qu'il n'espère pas non plus voir grandir son autorité par l'atteinte portée au droit d'autrui. Les privilèges des Eglises ont été fixés par les canons des Pères, et les décrets du vénérable concile de Nicée ; ils ne doivent être ébranlés par aucune injustice ni altérés par aucune nouveauté. Je crois donc, pour ces motifs, faire très énergiquement, avec le secours du Christ, mon devoir, parce que ce soin (dispensatioy c'est-à-dire ce maintien des canons) m'a été confié (par Dieu), et que je serais coupable si les ordonnances de Nicée (relatives au rang des Églises) portées par l'inspiration du Saint-Esprit recevaient une atteinte par mon adhésion, ce qu'à Dieu ne plaise ! comme si je mettais le désir d'un frère (Anatole) au-dessus de la commune utilité de toute la maison de Dieu. Je prie donc Ta Grâce connue de tous, de ne pas consentir à ces injustes tentatives d'Anatole, également dangereuses pour l'unité chrétienne et pour la paix, et, s'il s'obstine dans sa périlleuse ambition, mets-y un terme. Fais ce que demande la piété chrétienne et impériale, afin que cet évêque obéisse aux principes des Pères, qu'il observe la paix, et qu'il ne se croie pas permis, en opposition avec tous les précédents et avec tous les canons, d'ordonner un évêque pour Antioche. Ce n'est que par amour pour la paix et afin que l'unité de la foi pût être rétablie que je me suis abstenu de casser cette ordination. Qu'il cesse donc à l'avenir de mépriser les règles de l'Église, afin qu'il n'en arrive pas à se séparer lui-même de l'Église 4. »
Le même jour le pape écrivit à l'impératrice Pulchérie : « Le mieux eût été que le concile se fût contenté de remplir strictement sa mission, et qu'il n'y eût pas ajouté ce qui pouvait en compromettre le résultat pacifique. Mon frère et coévêque Anatole, oubliant que c'est à votre bienveillance et à mon assentiment qu'il doit son évêché, ne s'est pas contenté de ce qu'il a gagné ; il s'est laissé enflammer du désir d'arriver à des honneurs auxquels il n'a aucun droit, et a cru le satisfaire à l'aide des signatures de plusieurs. Les principes de Nicée en ont reçu une atteinte, et la paix de l'Église ne pourra rester stable que quand tous les évêques les observeront
1. S. Léon, Epist., cv, éd. Ballerini, t. i, col. 1143 gq. ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 187 «q.
fidèlement. C'est ce que les légats ont dit, au concile, à ceux qui, [552] étant petits, voulaient se grandir et travaillaient à accroître leur puissance autrefois très restreinte 1. Mais que veut de plus que ce qu'il a l'évêque de Constantinople ? Qu'est-ce qui pourra lui suffire, si la magnificence et la gloire d'une si grande ville ne le satisfont pas ? C'est faire preuve d'orgueil et d'ambition que de dépasser la limite fixée et de porter atteinte au droit d'autrui, consacré par l'antiquité. Pour que la dignité d'un seul reçoive des accroissements, il faut attaquer les primaties d'un si grand nombre de métropolitains, et porter le désordre dans des provinces tranquilles dont la situation avait été définie à Nicée, Pour infirmer les décrets de Nicée, on en appelle à la décision de quelques évèques (les cent cinquante du concile de 381), décision restée lettre morte pendant une longue suite d'années. Les évêques de Constantinople jouissent de ces droits, dit-on, depuis soixante ans ; quels qu'aient été leurs efforts dans un sens ou dans l'autre, ils resteront sans résultat. Qu'Anatole se souvienne de son prédécesseur et imite Flavien dans sa foi, dans sa modestie, dans son humilité... Quant au décret rendu par les évêques, contrairement au décret de Nicée, en union avec la piété de votre foi, je l'annule et le casse en vertu de l'autorité du saint apôtre Pierre. Veuillez, pour vous, retenir mon frère l'évêque Anatole dans les limites qui le garantissent de tout danger 2. » Le pape Léon écrivit, à cette même date (22 mai 452), une troisième lettre à Anatole qu'il loue d'abord d'avoir abandonné l'erreur et embrassé la foi catholique. Mais le véritable chrétien ne doit pas seulement être exempt de toute erreur, il doit encore être libre de toute ambition (défendue) et surtout de l'orgueil, cause du premier péché. Malheureusement, après un début irrégulier dans l'épiscopat et l'ordination illégale d'un évêque d'Antioche, Anatole s'était illusionné au point de penser pouvoir infirmer des décisions de Nicée. Il avait cru le moment venu de ravir leur rang aux sièges d'Alexandrie et d'Antioche, et leurs dignités à tous les métropolitains désormais soumis à Constantinople. Il s'était servi comme d'un instrument pour son ambition, du saint concile réuni pour l'extirpation de l'hérésie et l'affermissement de la foi ; comme si ce qu'une foule d'évêques décrétait indûment ne pouvait être infirmé, et comme si les