RÉPONSE DU PAPE
[553] canons de Nicée, inspirés par le Saint-Esprit, n'étaient pas en partie indéformables. Quelque nombreux qu'ait été le concile, il ne pouvait cependant pas se comparer aux trois cent dix-huit Pères de Nicée, encore moins se mettre au-dessus d'eux ; au contraire, tout
Ice qu'un concile, si important qu'il fût, avait décidé contrairement au concile de Nicée, était sans valeur. Cet orgueil qui avait obtenu, par flatterie ou intimidation, les votes des évêques réunis pour régler les affaires de la foi, mettait le désordre dans l'Eglise tout entière ; aussi les légats du pape avaient-ils bien fait de formuler leurs protestations. Le pape ne pouvait aucunement accepter le 28e canon : car les canons de Nicée devaient conserver leur valeur jusqu'à la fin des temps, et ce qui leur était contraire devait sans hésitation être cassé. Anatole ne pouvait aucunement s'appuyer sur la décision prise par quelques évêques, soixante ans auparavant ; car cette décision n'avait jamais été envoyée au pape, et, dès l'origine, se trouvait sans valeur. Les droits des primats des provinces ne devaient pas être foulés aux pieds 4 ; les métropolitains ne devaient pas non plus être privés de leurs anciens privilèges 2 ; enfin, malgré les erreurs de Dioscore on devait respecter la dignité conférée au siège d'Alexandrie à cause de Marc, le disciple de Pierre, et il (allait laisser le troisième rang à Antioche, où Pierre avait prêché et où était né le nom de chrétien 3. Autres sont les sièges épiscopaux, autres les présidents (civils); qu'on leur rende les honneurs qui leur reviennent. Anatole devait se délivrer [554] de son ambition, s'appliquer à acquérir l'esprit de charité et se souvenir de ces paroles (Apocal., m, 11) : Tene quodhabes, nealius recipiat coronam tuam ; car s'il continuait à prétendre à des charges défendues, il en arriverait à être cassé, par le jugement de l'Eglise, de la charge qu'il possédait 4.
Enfin, ce même jour, Léon écrivit encore à Julien, évêque de
1. C'est-à-dire les exarchats du Pont, etc., ne devaient pas être soumis à Constantinople.
2. Par l'ordonnance qui les obligeait à recevoir de Constantinople leur ordination.
3. Léon parle donc d une double injustice consacrée par le 28» canon : 1) il privait de leur rang les archevêques d'Anlioche et d'Alexandrie ; 2) il portait atteinte aux exarchats du Pont, etc. et à leur autonomie. Voir les remarques de Quesnel sur cette lettre dans Ballerini, t. n, col. 1491.
4. S. Léon, Epiât., an, éd. Ballerini, t. i, col. 1158 sq. ; Mansi, op. cit.y t. vi, col. 198 sq.
Cos, lui reprochant d'avoir parlé en termes favorables, dans une lettre au pape, des injustes prétentions d'Anatole et d'avoir demandé au pape son approbation l.
205. Edit impérial en faveur du concile de Chalcédoine et contre les monophy sites.
Sur ces entrefaites, l'empereur Marcien publia, en son nom et au nom de son collègue à l'empire, un édit daté de Constantinople le 7 février 452, concernant l'observation du décret dogmatique du concile de Chalcédoine. Il était ainsi conçu : « Ce qui a été partout si ardemment désiré est enfin arrivé. La discussion sur l'orthodoxie est terminée, les peuples jouissent de nouveau de l'unité de la doctrine ; les évêques venus par mon ordre à Chalcédoine de leurs diverses éparchies ont enseigné avec précision dans leur décret dogmatique ce qui reste définitivement établi au sujet de la religion. Toute pernicieuse dispute doit maintenant cesser : celui-là est impie et sacrilège qui pense que l'on peut encore examiner ses opinions lorsqu'un si grand nombre d'évêques ont jugé. N'est-ce pas un signe de complète folie que de courir en plein jour après une lumière trompeuse ? quiconque ayant trouvé la vérité n'interrompt pas sa recherche, veut poursuivre le mensonge ; aucun clerc, aucun fonctionnaire, et en général personne, de quelque état qu'il soit, ne doit se permettre de disputer en public sur la foi, ni songer à introduire de nouveau le désordre et à trouver des fauxfuyants en faveur des fausses doctrines. Car c'est faire injure au saint concile que de soumettre à de nouvelles recherches et à des [5551 discussions publiques ce qu'il a décrété et établi d'une manière fondamentale ; du reste, ce qu'il a dernièrement défini, au sujet de la foi chrétienne, est conforme à la doctrine des trois cent dix-huit Pères et aux ordonnances des cent ciquante Pères. Ceux qui transgresseront cette loi ne tarderont pas à en être punis : car non seulement ils sont les adversaires de la foi également définie, mais encore par leurs discussions ils dévoilent les saints mystères aux
1. S. Léon, Epist., cvn, éd. Ballerini, t. i, col. 1171 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 207.