‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 130 sur 544 · CORRESPONDANCE ENTRE ROME ET CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE ENTRE ROME ET CONSTANTINOPLE

Chalcédoine, afin que nul ne pût avoir de doutes sur le jugement de Sa Sainteté i.

Assez longtemps avant que Marcien écrivît cette lettre au pape, celui-ci, averti des progrès des monophysites dans la Palestine, s était ouvertement prononcé contre eux en faveur de Juvénal, patriarche de Jérusalem, qu'ils avaient chassé ; il l'avait fait dans une lettre à Julien de Cos, le 25 novembre 452 2. Quelque temps après, mais cependant avant la réception de la dernière lettre de l'empereur, le pape Léon s'était de nouveau plaint a Marcien et à [oooj pêcherie de ce que l'archevêque de Constantinople avait éloigné l'archidiacre Aétius, un adversaire décidé des nestoriens et des eutychiens. Anatole l'avait nommé prêtre d'un cimetière et, contre toutes les règles; l'avait ordonné un samedi vers la sixième heure (au lieu de le faire dans la nuit du samedi au dimanche 3). Il l'avait éloigné, sous prétexte d'avancement, et avait donné sa place d'archidiacre à un eutychien, le diacre André, que l'archevêque avait lui-même déposé auparavant pour cause d'hérésie. Le pape Léon demandait à l'empereur et à l'impératrice de recevoir Julien de Cos en qualité de nonce à la cour de Constantinople et de lui être favorable 4.

De cet exil d'Aétius et de l'avancement du diacre André, et de quelques autres incidents survenus à Constantinople, le pape Léon inféra qu'Anatole revenait à l'eutychianisme qu'il avait professé autrefois. Aussi, le 11 mars 453, écrivit-il à Julien de Cos de redoubler de soin et de vigilance pour s'opposer à l'introduction de toute hérésie dans Constantinople. S'il en remarquait quelque indice, il devait aussitôt s'adresser à l'orthodoxie de l'empereur, et solliciter les instructions du pape dans tous les cas d'embarras ou de doute. Si, à la prière du pape, l'empereur avait déjà réprimandé Anatole à cause de sa faute 5, Julien devait s'employer de toutes

1. N. ex dans la correspondance de saint Léon, éd. Ballerini, t. r, col. 1182 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 215.

2. S Léon, Epist., cix, éd. Ballerini, t. i, col. 1178 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 212.

3. S. Léon, Epist., ix, c. i, dans Mansi, Conciliorum amplissima collectio, t. v, col. 1241.

4. S. Léon, Epist., CXI et cxn, éd. Ballerini, t. i, col. 1185 sq. ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 218 sq.

5. Les Ballerini traduisent ces paroles : Et cum piissimi principes, secundum obsecrationem mcam, dignati fuerint fratrem Anatolium increpare, comme si elles disaient que l'empereur avait déjà réprimandé Anatole à la suit»- de

manières à faire cesser sa rancune et à mettre fin à la persécution contre Àétius. Léon parle ensuite du soulèvement parmi les moines eutychiens de Palestine et d'Egypte ; il prie Julien de réunir en un seul manuscrit tous les actes du concile de Ghalcédoine et de les traduire très fidèlement en latin : car à cause de la différence de la langue, les actes du concile parvenus à Rome (quelques parties seulement de ces actes étaient déjà traduites en latin) n'étaient pas parfaitement intelligibles *.

Aussitôt après l'envoi de cette lettre, le pape dut recevoir celle que nous avons analysée, où l'empereur demandait à saint Léon l'approbation solennelle des actes de Chalcédoine ; le pape ne tarda pas à satisfaire au désir de l'empereur. Le 21 mars 453 il adressa à tous les évêques présents au concile de Ghalcédoine la lettre circulaire suivante 2 : « Je suis persuadé que vous tous, mes frères, [559*1 savez combien volontiers j'ai confirmé le décret dogmatique porté par le concile de Chalcédoine. C'est ce dont aurait pu vous convaincre, non seulement l'adhésion de mes légats, mais encore ma lettre à Anatole de Constantinople, si celui-ci avait porté à votre connaissance la réponse du Siège apostolique. Afin que nul ne doute que j'ai approuvé ce qui a été décrété, d'un assentiment général, au concile de Chalcédoine en matière de foi, j'ai adressé à tous mes frères et co-évêques qui ont assisté au susdit concile, la présente lettre que, sur mon désir, l'empereur enverra a vous tous ; ainsi vous saurez que je suis en union avec vous pour ce qui s'est fait au concile, non pas seulement à cause de mes légats, mais aussi parce que je l'approuve expressément moi-même, avec cette restriction toutefois, constamment répétée, que j 'approuve uniquement les choses qui ont trait à la foi, pour lesquelles le concile général avait été réuni par ordre de l'empereur et en union avec le

la cive lettre du pape Léon. Pour moi, j'estime que ce n'est qu'à la suite de sa exie lettre que le pape Léon a pu supposer que ce blâme avait été infligé par l'empereur à Anatole.

1. S. Léon, Epist., cxm, éd. Ballerini, t. i, col. 1189 sq. ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 220.

2. La suscription de cette lettre porte qu'elle est adressée au synode de Chalcédoine lui-même, qui depuis longtemps déjà était dissous, mais le contexte fait voir clairement quelle a été l'intention du pape ; c'est ce que n'a pas vu Schrockh qui, dans sa Kirchengesch., t. xvn, p. 36 et 37, a supposé que cette lettre du paj:e avait été adressée au synode lui-même, mais n'y avait été lue qu'à moitié.

Page 1