‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 137 sur 544 · CONTINUATION DE l'hISTOIRE DU MONOPHYSISME · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE l'hISTOIRE DU MONOPHYSISME

tout en œuvre pour déposer dans les autres villes de l'Egypte les évoques et les prêtres qui professaient la doctrine des deux natures, et donna leur place à ses partisans. Il tint aussi un concile qui prononça l'anathème contre celui de Chalcédoine, contre le pape Léon et l'archevêque Anatole.

Les deux partis qui agitaient l'Egypte, le parti orthodoxe et le parti monophysite, s'adressèrent chacun de leur côté au nouvel empereur Léon Ier, pour lui demander aide et protection. Le pape Léon voulait que l'on sévît contre les hérétiques. L'empereur pria [5oo] alors tous les évêques de l'empire de lui exposer leurs sentiments sur le concile de Chalcédoine et sur Timothée Élure. Presque tous (ils étaient au nombre de seize cents) furent unanimes à demander le maintien intégral des décrets de Chalcédoine et la déposition de Timothée *. Timothée fut déposé et exilé dans la Chersonèse. On lui donna pour successeur un autre Timothée, surnommé le Sage, et Salophaciole, qui sut conserver la paix de l'Eglise dans son diocèse jusqu'en 475.

Le troisième patriarcatdont les monophysites s'emparèrent après le concile de Chalcédoine fut celui d'Antioche. Un moine de Constantinople, Pierre, surnommé le Corroyeur (ou mieux le Foulon parce qu'il avait exercé la profession de yvaçsùç, fullo), sut se faire bien venir de Zenon, gendre de l'empereur Léon, l'accompagna à Antioche lorsque Zenon fut investi d'un commandement en Orient, fonda dans cette ville, avec le secours des apollinarisies qui s'y trouvaient et qui avaient des idées en harmonie avec les siennes, un très fort parti contre le patriarche Martyrius, qu'il tracassa de tant de façons que celui-ci se vit bientôt réduit à démissionner. Pierre le Foulon s'empara du siège patriarcal et, pour fortifier le parti des monophysites, il fit insérer dans le Trisagion ces mots : (Dieu saint), « toi qui as été crucifié pour nous. » On peut, il est vrai, suivant la communication des idiomes, dire, tout en restant orthodoxe : « Dieu a été crucifié ; » mais lorsque dans le Trisagion on joint l'attribut de « crucifié » à l'invocation tersanctus, on semble dire que le Père et l'Esprit ont été crucifiés en même temps que le Fils 2. Les eutychiens, logiques avec leurs erreurs, supposaient

1. Plusieurs réponses envoyées par les provinces furent insérées dans le Codex encyclicus.

2. Cette altération apportée au Trisagion donna naissance à la querelle des Tliéopaschites. On pourrait admettre en un certain sens la communication des attributs de la nature humaine à la nature divine, à condition d'envisager

que le Père et l'Esprit avaient également souffert : car d'après eux il n'y avait plus dans le Christ, après l'incarnation, qu'une seul nature, la nature divine commune au Père et a l'Esprit. Au contraire, lorsque celui qui professe les deux natures dit : « Dieu (c'està-dire le Fils de Dieu) a été crucifié, » il sous-entend ces mots : « dans sa chair, » c'est-à-dire : il n'a pas souffert dans ce qu'il a de commun avec le Père et avec l'Esprit, mais dans ce qu'il a de commun avec nous. Peu de temps après, l'empereur Léon fit déposer par un concile Pierre le Foulon, qui fut exilé à Oasis, et fit respecter l'autorité du concile de Chalcédoine. Il eut pour successeur son petit-fils Léon II, mort peu de temps après et remplacé par son père Zenon, gendre de Léon Ier ; mais, en 475, Zenon fut renversé du trône par l'usurpateur Basilisque [et par sa belle-mère ("567] l'impératrice VérineJ.

A peine arrivé au pouvoir, Basilisque se déclara partisan des monophysites ; il réintégra Elure et le Foulon sur les sièges patriarcaux d'Alexandrie et d'Antioche, et [sous prétexte de « confirmer les lois de ses prédécesseurs, de procurer l'union des Eglises et de conserver les décrets de Nicée, de Constantinople et d'Éphèse, il ordonna d'anathématiser le tome de Léon et tout ce qui avait été fait à Chalcédoine, tant la définition de foi que les interprétations et les disputes, comme autant de nouveautés. y>] Cinq cents évêques environ des patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem consentirent à signer cette pièce, et la plupart avec des additions serviles ; par contre, le patriarche de Constantinople, Acace, s'y refusa constamment, et fut soutenu dans sa résistance par toute la population, qui se montra menaçante vis-à-vis de l'usurpateur Basilisque i.

l'Homme-Dieu d'une manière abstraite et non la nature divine seule, comme sujet de ses souffrances ; mais chez les monophysites, cette addition servait à attribuer la souffrance à la nature humaine et à la nature divine, prises en elles-mêmes. (H. L.)

1. Acace imagina une mise en scène qui pourrait paraître ridicule si on ne savait quelle chose surprenante est la psychologie, ce qu'on appelle « l'âme » des foules. Il convoqua donc le peuple de Constantinople dans la grande église, se revêtit d'habits noirs, couvrit l'autel de tentures noires de même que la nef et la chaire épiscopale. Dans ce cadre impressionnant comme une scène de mélodrame, il apparut solennel, entouré de son clergé et lança une protestation indignée contre les prétentions de Basilisque et les empiétements d'une Eglise ennemie, condamnée dans un concile. Cette démonstration était-elle inspirée par le seul souci des intérêts de la foi orthodoxe, on voudrait n'en pouvoir douter, mais Jfi conduite postérieure çJ'Aca^ce donne lieu de penser

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