‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 138 sur 544 · CONTINUATION DE L HISTOIRE DU MONOPH YSISME · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE L HISTOIRE DU MONOPH YSISME

Comme l'empereur Zenon, chassé par Basilisquc, revenait avec une armée, l'usurpateur jugea prudent de se réconcilier avec Àcace et

que des préoccupations très humaines inspiraient sa conduite. Au moment même, et grâce à cet engouement qui fait le meilleur des réputations bruyantes, on éprouva, faute de mieux, le besoin de faire d'Acace un martyr, un défenseur héroïque des droits du Siège apostolique. A Rome et eu Occident on n'en douta pas, ou bien, si on douta, ce fut plus tard ; d'ailleurs, peut-être netait-on pas fâché, par des manifestations d'éclatante confiance, de faire croire à Acace qu'il était plus engagé qu'il ne l'était réellement. Les deux lettres du pape Simplicius sont si expressives et si étroitement attachées au sujet de la présente Histoire que nous devons les transcrire ici : « J'apprends par la relation d'un grand nombre de prêtres et de moines de différents monastères que le diable trouble encore les Eglises. On dit que l'évêque légitime d'Alexandrie vient d'être chassé et qu'un hérétique condamné par le monde entier occupe de nouveau le siège dont il avait été à bon droit exclu. Bien plus, grâce à la faveur de quelques-uns, il a osé venir à Constantinople, afin de troubler et de bouleverser la ville impériale si dévouée à la foi catholique et le peuple chrétien si attentif à la défense de la religion, par une hérésie détestable qu'on croyait assoupie. Mais la miséricorde du Dieu dont c'est la cause, n'a pas fait défaut et il n'a pas été donné à ce Timothée, qui avait été justement séparé de 1 Église universelle par la sentence des pontifes comme par les impériales constitutions, d'approcher de l'Eglise de Ta Dilection, ni du seuil des maisons des fidèles... Je t'exhorte surtout, mou très cher frère, à empêcher par tous les moyens la convocation d'un nouveau concile ; car on n'en a jamais tenu que quand il s'est élevé quelque hérésie nouvelle ou quelque ambiguïté dans la confession des dogmes, afin que, s'il y avait quelque obscurité, elle fût éclaircie par la commune délibération de tous les évêques. Il en a été ainsi du temps d'Arius, de Nestorius et, dernièrement, d'Eulychès et de Dioscore ; mais il faut montrer à l'empereur qu'il serait abominable, malgré les sentences des prêtres et des princes de l'univers entier, de rétablir sur leurs sièges des coupables condamnés, de les rappeler de l'exil, ou d'absoudre des hommes qui ont été relégués à cause d'une conjuration détestable. Voilà ce qu'il faut représenter sans cesse à l'empereur. Dieu, qui tient le cœur des rois en ses mains, viendra à ton secours. » Cette lettre est datée du 10 janvier 476. Quelques jours plus tard, le pape envoyait à Acace une nouvelle lettre par deux sénateurs : « Ayant naguère reçu une réclamation de prêtres et de moines au sujet de Timothée, qui a été dès longtemps séparé de l'Église universelle, nous avons déjà écrit, tant au Prince très chrétien qu'à Ta Dilection, très cher frère, afin que l'on empêche par tous moyens l'audace des hérétiques de machiner quelque chose contre le concile de Chaleédoiue, et en louant le courage de Ta Dilection, nous t'avons dit combien lu avais plu au Seigneur ainsi qu'à nous eu empêchant d'entrer dans aucune église de Constantinople un homme qui a été condamné non seulement à cause de la foi, mais encore pour parricide. Maintenant nous t'avertissons de nouveau que, quand tu recevras ces lettres, et même avant qu'elles arrivent, tu insistes sans relâche auprès du prince très chrétien, et cela en notre nom, afin que ce qui a été si bien et tant de fois établi ne puisse en aucune manière être violé par subreption ; car c'est pour

de retirer son édit 4 ; mais il n'en fut pas moins, quelque teni] après, battu et fait prisonnier par l'empereur Zenon 2.

A cette même époque mourut Timothée Elure 3, à qui on chois

son règne un appui singulier et certain que de conserver, au Roi éternel et véritable, hors de toute atteinte, le concile des pontifes rassemblés par le Saint-Esprit, pour la cause de la foi. » Cette lettre n'est pas datée, mais, d'après son contenu, on voit qu'elle a été écrite en 476, fort peu de temps après la précédente. On n'a pas la réponse d'Acace, mais on sait qu'il excitait le peuple de Constantinople contre Basilisque. On anathématisait publiquement le prince dont la tyrannie et l'incurie ne donnaient que trop de motifs de mécontentement. En outre, Basilisque ayant indisposé Vérine 'qui l'avait élevé au pouvoir vit éclater une conjuration dirigée contre lui et fut obligé de se réfugier dans le baptistère d'une église. (H. L.)

1. Evagrius, 1. III, c. vm, P. G., t. lxxxvi, col. 2209, raconte d'après unnommé Zacharie que Basilisque revint sur son encyclique et donna un second décret par lequel l'empereur semble surtout préoccupé de gagner la bienveillance du patriarche en lui restituant certaines églises qu'il avait soustraites à sa juridiction. C'était, semble-t-il, frapper à l'endroit sensible. Quoi qu'il en soit, Acace se montra dès lors plus traitable. Si on s'en rapporte au récit d'Evagrius, 1. III, c. iv, Timothée Elure, à son retour d'exil, vint à Constantinople et persuada à Basilisque d'anathématiser le concile de Chalcédoine et la lettre de saint Léon. Acace, qui ne se sentait pas personnellement touché, 'garda le silence. Plus loin, 1. III, c. vu, Evagrius rapporte l'acquiescement presque unanime des évêques au nouveau décret, les abus de pouvoir de Timothée Elure rétablissant à Ephèse le patriarcat supprimé par le concile de Chalcédoine au profit de Constantinople, nommant des évêques jusque dans le ressort direct d'Acace. En présence de pareils faits, Evagrius rapporte qu'Acace « affligé de toutes ces choses » excita les moines et le peuple de la ville impériale ; les choses en vinrent au point que Basilisque eut à redouter une émeute. (H. L.)

2. Le retour de Zenon au pouvoir précéda d'assez peu sa volte-face théologique. Il commença par écrire au pape pour annoncer le retour de fortune qui lui rendait l'empire. Le pape lui répondit pour le féliciter et avec la constance de ceux qui se sentent forts, il revint à la charge contre Timothée Elure. Il ajoutait : « Ordonnez donc le maintien de tout ce qui a été établi par le concile de Chalcédoine et de ce que notre prédécesseur Léon a enseigné avec une érudition tout apostolique. Car ce qui a été défini par eux ne peut être rétracté en aucune manière et l'on ne peut recevoir non plus celui qui a été tant de fois condamné d'une voix unanî.ne. » Acace envoya sa réponse au pape Epiphane. Il y relatait la mort de Timothée et revendiquait, en termes à peine dissimulés, au nom du 28e canon de Chalcédoine, le patriarcat de tout l'Orient et la prééminence sur le siège d'Alexandrie dont, avec l'empereur, il venait de disposer. On remarquera en quels termes il s'exprime à l'égard de Pierre Monge. (H. L.)

3. Voici la lettre d'Acace à Simplicius : « Portant partout, selon le mot de l'Apôtre, la sollicitude de toutes les Eglises, vous nous exhortez sans cesse,

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