‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 139 sur 544 · CONTINUATION DE L'HISTOIRE DU MONOPHYSISME · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE L'HISTOIRE DU MONOPHYSISME

pour successeur sur le siège d'Alexandrie son ami Pierre Monge 4.

bien que ce soit de notre libre choix que nous croyions devoir veiller et accomplir notre course. Mais vous, vous montrez d'ordinaire ainsi votre zèle divin en vous informant plus exactement de l'état de l'Église d'Alexandrie, afin de pouvoir, selon les canons des Pères, prendre votre part aux labeurs, en répandant votre sueur pour la piété comme cela a toujours été reçu. Mais le Christ, notre Seigneur, qui coopère dans le bien avec tous ceux qui l'aiment, assistant à nos pensées, et connaissant qu'il n'y a en nous qu'un seul et même esprit pour sa gloire, a accompli lui-même toute victoire et nous a rendu coparticipant, ainsi que notre très heureux prince. Il a retiré de l'humaine vie en lui disant « tais-toi » ce Timothée qui ne respirait que tempêtes et troublait, comme on l'a vu, la tranquillité de l'Eglise. Quant à Pierre, qui s'était élevé, lui aussi, à Alexandrie, comme une tempête, il l'a dissipé également, et par le souffle de l'Esprit-Saint lui a fait prendre une fuite éternelle. C'était un de ceux qui avaient été autrefois condamnés. Nous avons retrouvé dans nos archives et vous pourrez aussi retrouver dans les vôtres, si vous daignez le rechercher, ce qu'il a fait dans le temps et ce qu'en a écrit à Rome l'évêque d'Alexandrie. Ce Pierre, fils de la nuit, et pleinement étranger aux œuvres lumineuses du jour, trouvant les ténèbres tout à fait favorables à un larcin et s'en faisant le coopérateur, en pleine nuit, et pendant que le corps de son prédécesseur, le violateur des canons, était encore sans sépulture, s'était emparé de son siège de son propre mouvement, en présence d'un seul évêque qu'il avait rendu complice de sa folie digne de tous les supplices. Mais l'effet trahit son attente et, jugeant peu de lui-même, il fut bientôt obligé de s'enfuir pour ne plus reparaître, j Tous les détails relatifs à l'étroite amitié existant entre Timothée Elure et Pierre Monge sont passés sous silence par les historiens grecs. Nous les connaissons grâce aux Gesta de nomine Acacii (Labbe, Concilia, t. iv, col. 1080) et aux Récits de Dioscore exilé à Gangres sur le concile de Chalcédoine publiés en copte avec une traduction française par E. Revillout, dans la Revue égyptologique, 1880, t. i, p. 187-891 ; 1882, t. n, p. 21-25 ; 1883, t. ni, p. 17-24. Ces récits avaient été primitivement rédigés en grec ; nous en possédons une version copte fort ancienne (H. L).

1. Bibliothèque nationale, ancien fonds arabe, n. 139, fol. 71-72 : « Le patriarche Pierre, qui est le vingt-septième de la liste. Lorsque Timothée (Elure) alla au Seigneur, le prêtre Pierre fut, par la volonté de Dieu, établi patriarche dans l'Eglise d'Alexandrie. Or l'empire romain, qui s'obstinait alors à faire mémoire du concile de Chalcédoine, était sans cesse bouleversé, parce qu'il n'était pas assis sur le fondement du rocher immobile qui est Dieu le Verbe de Jésus-Christ. C'est pourquoi Acace, patriarche de Constantinople, écrivit à Pierre, patriarche d'Alexandrie, pour lui demander de le recevoir dans sa communion, et cela dans de nombreuses lettres qu'il lui fit tenir, en lui assurant qu'il repoussait les blasphèmes de Léon et toutes les doctrines de Nestorius. Pierre écrivit aussi une lettre pour s'assurer de la sincérité de ses discours. Lorsque cette lettre parvint à Acace, il la reçut avec une grande joie et la montra à qui le voulut parmi ceux qui professaient la foi orthodoxe. Ensuite il écrivit ses synodiques et les envoya au bienheureux Pierre. Or, il y avait quelques évêques qui n'étaient pas présents alors que fut écrite la

Toutefois l'empereur le déposa de nouveau, ainsi que Pierre le Foulon, le patriarche intrus d'Àntioche, et prit quelques mesures contre

correspondance des deux patriarches Pierre et Acace, et Satan, l'ennemi de Dieu, rouffla dans le cœur de ces évoques une mauvaise pensée. Les principaux étaient Jacob, évèque des Sacs, et Menas, évèque de Miniet Taraa. Ils se rendirent à la ville d'Alexandrie et ils dirent au patriarche : « Comment as-tu rcç'U Acace à ta communion, Acace un fauteur du concile de Chalcédoinc ? » Il répondit doucement : « Je l'ai reçu à pénitence de cette erreur.» Et il leur apprit ce qui lui était arrivé en fait de messages attestant le repentir d'Acace, et comment il lui avait fait reconnaître la foi orthodoxe, et il leur raconta qu'il avait envoyé des évêques vers lui pour entendre sa profession de foi suivant le«* canons de l'Eglise. Mais ils ne reçurent pas ses explications parce que l'orgueil s'était établi dans leur cœur. Ils s'éloignèrent du siège de l'évangéliste et apôtre saint Marc, et, dans leur ignorance, ils dirent comme les fils d'Israël : Point de part commune avec David, ni d'héritage avec le fils de Jessé. Et ils se séparèrent du patriarche et ne rentrèrent plus sous son obédience, à tel point qu'ils furent nommés chefs acéphales. Or les lettres échangées entre les deux patriarches susmentionnés sont au nombre de quinze. Lorsque Pierre fut nommé patriarche d'Alexandrie, il éprouva de grandes persécutions de la part des hérétiques. Ceux-ci le chassèrent et donnèrent son siège à un homme nommé Timothée. Après sa mort Jean de Tabenne (ïalaja) fut établi à leur tête. Ensuite le patriarche Pierre revint à son siège avec une grande gloire, et le temps de son pontificat fut de huit années. Enfin, il s'endormit avec paix et honneur le 2 du mois d'Athor. Toutes ses lettres sont dans le monastère de Saint-Macaire, ainsi que la missive adressée au bienheureux empereur Zenon et la réponse de celui-ci. On y trouve tous les joyaux du style, de la sainteté et de la connaissance de la foi orthodoxe. » E. Révillout, Le premier schisme de Consta/ttinople, Acace et Pierre Monge, dans la Revue des Questions historiques, 1877, t. xxn, p. 83, note 1. La note qui précède fait partie d'un manuscrit de Sévère d'Achmunein. Le monastère de Saint-Macaire dont il fait mention, où se conservait la correspondance de Pierre Monge et d'Acace, très compromettante pour ce dernier, était situé à Sckiet. M. E. Révillout a retrouvé celte correspondance dans le manuscrit du fonds copte du Vatican, n. 62, provenant dudit monastère de Saint-Macaire et rapporté par Assémani. Une rubrique placée au-dessus du titre des lettres, écrit M. Révillout, indique qu'on devait en faire la lecture dans l'office liturgique du 4 du mois d'Athor, ou, à défaut de ce jour, dans un dimanche de Paophi ou d'Athor (probablement quand une fête plus solennelle tombait le 4 d'Athor). Selon Sévère d'Achmunein, que nous citons plus haut, Pierre Monge mourut le 2 d'Athor, et c'est également le 2 d'Athor ou Hédar que nous voyons sa fête dans le calendrier copte et éthiopien. La mémoire de la conversion d'Acace se faisait donc deux jours après, excepté quand une dévotion locale invitait à célébrer d'une façon plus solennelle l'office des évêques perses Jacob et Jean, ou bien d'Epimachus et Acerianus, Jean et Abadus, ou de tout autre saint dont la fête tombe également ce jour-là chez les monophysites d'Egypte. Notons cependant qu'Elmacius fait mourir Pierre Monge le

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