CONTINUATION DE l'hISTOIRE DU MONOPHYSISME
les monophysites. Mais, peu de temps après, Zenon changea malheureusement de sentiments, et voulut faire prévaloir ce déplorable plan d'union concerté entre Acace de Constantinople et Pierre Monge. Ce dernier avait été de nouveau gracié, pour la part prise à ce projet d'union. En 482, Zenon publia son fameux Hènoticon 4, c'est-à-dire un édit adressé aux évêques, aux clercs, aux moines et à tous les chrétiens d'Alexandrie, de l'Egypte, de la Lybie et de la Pentapole dans lequel, tout en professant la véritable humanité et la véritable divinité du Christ, en anathématisant Nestorius aussi bien qu'Eutychès, et en approuvant les anathèmes de Cyrille, il donnait cependant un symbole différent de celui de Nicée et de Constantinople, faisant par conséquent ce qui avait été défendu à Chalcédoine, évitait volontairement de se servir des expressions « une » ou « deux natures », et parlait du concile de Chalcédoine
4 d'Athor, c'est-à-dire le jour même où se lisait la correspondance de Pierre et d'Acace. (H. L.)
1. Cette affaire de YHénotique de Zenon et des rapports d'Acace avec Pierre Monge a été généralement esquivée par les écrivains melchites d'Egypte. Eutychius, patriarche melchite d'Alexandrie et chroniqueur, affecte un laconisme rigide. Il mentionne le pontificat d'Acace à Constantinople et à Alexandrie les pontificats successifs de Timothée Elure, de Timothée Salophaciole ou Suru, de Timothée Elure pour la seconde fois, de Pierre Monge, de Timothée Salophaciole de nouveau, de Jean Talaja, enfin de Pierre Monge qui, cette fois, resta sur le siège jusqu'à sa mort. De YHénotique de Zenon et de l'attitude d'Acace il ne souffle mot. Eutychius, malgré les facilités dont il disposait pour se renseigner, est assez mal instruit des événements et de la valeur des sources dont il fait usage. Il semble avoir des idées peu précises sur le compte de Jean Talaja qu'il prend pour un jacobite et ailleurs, partageant les passions ordinaires des milieux monophysites, il qualifie de nestorien Calendion d'Antioche. «En dépit de ses erreurs, remarque M. E. Révillout, op. cil., p. 85, note 1, Eutychius est d'ailleurs rempli de bonnes intentions, et, tout en supprimant ce qui concerne la correspondance d'Acace et de Pierre Monge, il a bien soin d'enregistrer les condamnations que les papes ont portées contre des personnages qui n'étaient pas en litige, par exemple Timothée Elure et Pierre le Foulon, archevêque d'Antioche. En somme, son ouvrage n'est qu'un assemblage de compilations et d' éliminations faites sans grande critique sur des sources de nature fort diverses, et par conséquent il n'a nullement la Valeur des récits originaux. A ce point de vue, la différence outre lui et Sévère d'Achmunein est considérable ; car celui-ci n'a guère fait que traduire (il l'avoue lui-même dans sa préface et nous avons pu nous en assurer) les documents coptes les plus anciens et en particulier la Chronique patriarcale d'Alexandrie dont Zoëga a publié en partie l'original égyptien. Voir Contcxtio gemmartim sive Eutychii patriarchœ Alcxandrini Annales, édit. Edward Pococke, Oxoniae, 1658, t. ii, d. 102 sq. (H. L.)
en ces termes fort ambigus : « Quiconque pense ou a pensé autrement, soit à Chalcédoine, soit dans un autre concile, est excommunié 4. » Les deux partis, le parti orthodoxe et le parti monophysite,
1. « L'empereur César Zenon, pieux, victorieux, triomphateur, très puissant, toujours auguste, aux habitants d'Alexandrie, de la Libye et de la Pentapole, évêques ou peuples, puissance et force. Nous savons que la force et le bouclier inexpugnable de notre empire proviennent uniquement de la foi orthodoxe et véritable qui a été établie, avec l'aide de l'Esprit-Saint, par les trois cent dix-huit Pères saints qui ont été assemblés à Gonstantinople. Jour et nuit, avec zèle, par nos prières et par nos lois, nous ordonnons de garder solidement en tous lieux cette foi dans l'Église catholique et apostolique qui est la mère incorruptible et immortelle de notre empire ; et nous voulons qu'elle augmente de plus en plus en Elle, en sorte que les peuples pieux restent en paix et dans l'unité et qu'ils apportent à Dieu leurs prières pour notre règne. Car notre maître et notre Dieu, c'est le Christ qui s'est incarné dans la sainte Vierge Marie, Mère de Dieu. Il accepte notre culte et l'honneur que vous lui rendez et il s'en glorifie. Les peuples qui nous font la guerre seront ainsi brisés, tandis que la paix, ainsi que la santé, de bonnes récoltes et tous les autres biens seront accordés par Dieu aux hommes.
« De pieux archimandrites, des solitaires du désert et d'autres personnes craignant Dieu sont venus nous apporter une requête et nous prier avec larmes de faire l'union des Églises et de réunir ensemble les membres (du Christ) qui ont été séparés longtemps par l'ennemi de tout bien... C'est pourquoi nous nous sommes hâtés d'accorder leur demande et d'accomplir cette bonne œuvre. Maintenant donc nous vous avertissons que nous ne recevons ni d'autre explication ni d'autre règle de foi que la foi qui a été établie par les trois cent dix-huit Pères. Mais si quelqu'un admet une foi différente de celle que nous venons d'expliquer, nous le rendons étranger à nous. Car, ainsi que nous Pavons dit, nous savons que la foi des trois cent dix-huit Pères est orthodoxe et sans tache, que c'est elle que les cent cinquante Pères ont confirmée à Constantinople et qu'ont suivie les Pères saints qui se sont rassemblés à Éphèse avec saint Cyrille, pour condamner Nestorius. Nous recevons aussi les douze chapitres du bienheureux Cyrille et nous anathématisons Nestorius et Eutychès le Phantasiaste, ainsi que quiconque professe une foi autre que celle des trois cent dix-huit Pères. Nous confessons le Fils unique de Dieu, notre Dieu, notre Seigneur, notre Sauveur Jésus-Christ, qui s'est incarné, en vérité consubstantiel à Dieu (le Père) selon sa divinité et aussi consubstantiel à nous selon son humanité ; qui est descendu du ciel et s'est incarné du Saint-Esprit et de la sainte Vierge Marie. Nous confessons que c'est un seul Fils et non deux. Car nous pensons que les souffrances et les miracles appartiennent à un seul qui est le Fils unique de Dieu. Nous ne recevons aucunement ceux qui le divisent et en font deux, pas plus que les phantasiastes ou ceux qui admettent une confusion (de l'humanité et de la divinité). Car la conception de la Vierge ne produisit pas, par accroissement, un autre Fils, mais la Trinité resta Trinité après que l'un de la Trinité, le Verbe de Dieu, se fut incarné. Vous saurez donc, mes bien-aimés, que ni nous, ni toutes les Églises, ni les