CONTINUATION DE L'HISTOIRE DU MONOPHYSISME
devaient également signer cet édit, qui tournait les questions au lieu de les résoudre, et qui, s'il avait été accepté, aurait eu pour résultat infaillible, d'arrêter le développement de la doctrine chrétienne. Ainsi que nous l'avons vu, Y Hénotique était spécialement adressé aux chrétiens de l'Egypte, etc. ; mais il avait au fond une destination beaucoup plus générale ; il devait fonder la paix de l'Église dans tout l'empire. Il eut un résultat diamétralement op- [568] posé et ne contenta personne. Les monophysites proprement dits demandaient uu rejet plus explicite du concile de Chalcédoine et du dyophysisme ; les nestoriens et ceux d'Antioche furent scandalisés de l'approbation donnée aux anathèmes de saint Cyrille ; enfin les orthodoxes furent blessés du sans-gêne avec lequel on traitait le concile de Chalcédoine, de ce qu'il y avait de peu précis dans l'exposition dogmatique de l'édit, et surtout de ce que l'empereur s'établissait juge de la foi.
Pierre Monge commença à introduire YHénotique a Alexandrie avec d'autant plus d'empressement qu'il avait collaboré à ce factum. Il en avait été récompensé par la dignité de patriarche d'Alexandrie à la place de Jean Talaja, orthodoxe injustement déposé *. Il réussit,
évoques orthodoxes des Eglises, nous ne recevons aucune autre foi, aucune autre règle, aucun autre enseignement que la foi des trois cent dix-huit Pères ; car cette foi est la seule que l'on donne à ceux que l'on baptise. Unissonsnous doue les uns aux autres sans rien craindre et sans faire deux cœurs. Car si quelqu'un a cru ou pensé d'une autre manière, soit maintenant, soit autrefois, dans le concile de Chalcédoine ou dans une autre assemblée, et s'est écarté de la foi des trois cent dix-huit Pères dont nous avons parlé plus haut, nous l'analhématisons et nous le rendons étranger à l'Eglise catholique. Nous anathématisons principalement Nestorius qui a confessé deux natures et ceux qui pensent comme lui, ainsi qu'Eutychès le Phantasiaste. Réunissez-vous donc à l'Eglise catholique, notre mère spirituelle, car elle vous attend et vous appelle à une ample bénédiction et, désire s'unir à vous afin que Dieu se réjouisse sur nous tous et que les anges soient à votre sujet remplis d'allégresse. » Cette version copte est plus courte et un peu plus accentuée dans le sens égyptien que la version grecque donnée par Evagrius, 1. III, c. xm. (II. L.)
1. D'après Libéralus, YHénotique fut porté à Alexandrie par l'abbé Anunon et les apocrisiaires de Pierre Monge. Ils étaient chargés d'une lettre impériale prescrivant à Pergame, duc d'Egypte, de chasser Jean Talaja de la ville et de rétablir Pierre Monge dans tous les honneurs patriarcaux au moment ou Acace venait de rétablir son nom sur les diptyques à Constantinoplc. L'expulsion de Jean Talaja eut lieu sans larder. Le 19 paschons (= vendredi 1 1 mai 482), Pierre Monge se rendit dans la basilique de Saint-Marc, à Alexandrie, fit un discours au peuple, donna lecture de V Hénotique de Zéuou et admit à sa communion les orthodoxes-^ D'autre part, il auathématisa ouvertement le
en effet, en se servant de Vlfénotique, à opérer dans Alexandrie l'union des monophysites et des orthodoxes et, conformément au désir de l'empereur, il s'empressa de l'annoncer à Rome et à Constantinople. Mais plusieurs de ses anciens partisans et surtout beaucoup de moines, mécontents de ses procédés amicaux vis-à-vis des orthodoxes, se séparèrent de lui et fondèrent une secte monophysite dont les membres prirent le nom de zy.ioxKci (c'est-à-dire les acéphales, les sans tête ou sans chef).
Les événements prirent la même tournure dans les patriarcats d'Antioehe et de Jérusalem, où, grâce surtout aux efforts de Pierre le Foulon, rétabli sur le siège d'Antioche, la majorité des monophysites et des orthodoxes se réconcilièrent sur le principe de YHénotique ; les évêques hostiles à ce compromis furent déposés. De tous côtés des plaintes arrivèrent à Rome. Félix III (pape depuis 483) envoya à Constantinople deux évêques [Vital de Tronto dans le Picenura, Misène de Cume en Campanie et Félix defensor de l'Eglise romaine] pour revendiquer l'autorité à laquelle le concile de Chalcédoine avait droit et faire réintégrer les évêques injustement déposés. L'empereur gagna à ses vues les légats du pape d'abord par la prison, ensuite par la corruption ; mais le pape sut démêler l'intrigue, et, dans un concile tenu à Rome en 484, il anathématisa Acace 4.
concile de Chalcédoiue et la lettre de saint Léon ; en même temps qu'il rayait des diptyques les noms de Protérius et de Timolhée Salophaciole, il y rétablissait ceux de Dioscore et de Timothée Elure. (H. L )
1. B. M. de Puibeis, De una sententia damnationis in Àcacium episcopum Constantinopolitanum post quinquennium silentii lata in synodo Romana Felicis papse III, dissertatio, in-8, Venetiis, 1729 ; Tillemont, Mém. hist. ecclés., 1712, t. xvi, p. 285-388, 756-769 ; H. Valois, De duobus synodis romanis in quibus damnatus est Jcacius, appendice à l'édition de Y Historia ecclesiastica d'Evagre, réimprimé dans P. £., t. lxxxvi (pars posterior), col. 2895-2906. Cette dissertation est inséparable de celle qui la précède : De Petro Antiocheno episcopo qui Fullo cognominatus est, et de synodis adversus eum collectis, réimprimé également dans P. G., t. lxxxvi, col. 2885-2895. Tillemont, Mém. hist. ecclés., t. xvi, p. 764, note xxv sur Acace : « Si Acace fut condamné dans le concile de Rome avec les légats du pape. t> Voici la lettre synodale du concile de 484. « Félix, évêque de la sainte Eglise catholique de la ville de Rome, à Acace. Tues trouvé coupable de plusieurs crimes. Au mépris du vénérable concile de Nicée, tu as témérairement usurpé les droits des provinces qui t'étaient étrangères. Non seulement tu as pensé pouvoir recevoir à ta communion des hérétiques usurpateurs, ordonnés par des hérétiques que toi-même avais condamnés, et dont tu avais aussi demandé avec insistance la condamnation au Saint-Siège apostolique, mais encore tu leur as fait diriger d'autres églises, ce