CONTINUATION DE l'hISTOIHE DU MONOPHYSISME
[569] Acace refusant de recevoir le décret du pape, quelques moines l'attachèrent à son manteau lorsqu'il sortait de l'église. Ils furent
qui ne se pouvait permettre même pour des catholiques, ou tu leur as prodigué des honneurs qu'ils ne méritaient pas : témoin Jean, que tu as mis à Tyr après que les catholiques d'Apamée l'avaient refusé et qu'il avait été chassé d'Antioche, et Himerius, déposé du diaconat et excommunié, que tu as élevé à la prêtrise. Et comme si cela te semblait peu de chose, tu as eu l'audace de t'attaquer à la vérité même de la doctrine apostolique, en permettant à Pierre, dont toi-même tu avais rapporté la condamnation à mon prédécesseur de sainte mémoire, comme le montrent les pièces ci-annexées, d'envahir de nouveau le siège de saint Marc, de mettre en fuite les évêques et les clercs orthodoxes, pour en ordonner sans doute de semblables à lui, enfin de tenir captive cette église, en en chassant celui qui y avait été régulièrement établi. Cet homme t'est si cher et ses ministres si agréables, que, pendant que lu choyais ses apocrisiaires, tu te trouves avoir affligé beaucoup d'évêques et de clercs orthodoxes, venant à Gonstantinople et que tu as voulu le faire excuser lui-même par Vital et Misène, alors que ce Pierre anathématisait les décrets du concile de Chalcédoine et violait la sépulture de Timothée [Salophaciole] de sainte mémoire. Et toi, tu ne cessais de le louer, d'en faire l'éloge et de nier jusqu'à la condamnation que toi-même avais portée contre lui. Enfin tu persévères à un tel point dans la défense de ce méchant que tu as jeté en prison, en leur enlevant leurs papiers, les évêques Vital et Misène (aujourd'hui privés de leurs honneurs et excommuniés) que nous avions envoyés spécialement pour obtenir son expulsion, et que tu les as seulement produits au dehors, d'après leur aveu même, pour les emmener à une assemblée que tu tenais avec les hérétiques... En les trompant, tu as montré au grand jour ta propre perversité, et en refusant de répondre au libelle de notre frère et coévêque Jean [Talaja] qui t'avait chargé de graves reproches auprès du siège apostolique, tu as confirmé tout ce qu'on t'objectait. Tu as cru même indigne de tes regards Félix, le très fidèle defensor de notre Église, qu'une nécessité avait retardé dans son voyage. Enfin, toimême, tu confesses avoir communiqué par tes lettres avec les hérétiques
Aie donc ta part avec ceux que tu as librement choisis, en vertu de la présente sentence que nous t'envoyons par le defensor de ton Eglise, et sache que tu es privé du sacerdoce et de la communion catholique, étant condamné par le jugement du Saint-Esprit et l'autorité apostolique, sans pouvoir jamais être dégagé des liens de l'anathème. Cœlius Félix, évêque de la sainte Église catholique de la ville de Rome, j'ai souscrit. Donné le 5 des kalcndes d'août, sous le consulat du clarissime Venantius. » Cette lettre était souscrite par soixante^sept (septuag. septem., ms. d'Oxford) évêques occidentaux. Acace fut condamné deux
fois par Félix qui nous le dit lui-même : Apostolicx sedis iterala excom-
municatione depulsus est. Labbe, Concilia, t. iv, col. 1125. La seconde excommunication fut prononcée par la lettre du concile de Rome datée du 5 octobre 485 sur laquelle le pape Gélase s'exprime ainsi : Plurimorum in Italia catholicorum congregatio sacerdotum rationabiliter in Acacium sententiam cognovit fuisse prolatam. Labbe, Concilia, t. iv, col. 1211. Le concile du 5 octobre 485 dit que cette condamnation fut portée dans un concile de Rome et il la joint
mis à mort, ou emprisonnés. Quant à Acace, il se vengea en rayant le nom du pape des diptyques de Constantinople, et, grâce à l'empereur, se maintint sur son siège. Le schisme entre l'Église latine et l'Eglise grecque persista après la mort d'Acace (489), de Pierre Monge (490), de Pierre le Foulon (488) et de l'empereur Zenon (491), car l'empereur Anastase maintint de force la doctrine de VHénoticon. Avec les années, il se rapprocha même de plus en plus du monophysisme. Aussi vit-on bientôt çà et là, et surtout dans la capitale, des scènes violentes, parfois même des combats sanglants, et la haine contre l'empereur grandit lorsque celui-ci eut déposé et banni Macédonius, patriarche de Constantinople (511), qui était revenu aux doctrines orthodoxes. Le nouveau patriarche Timothée flotta indécis
à la condamnation des évoques Vital et Misène, comme étant l'ouvrage d'une même assemblée. Le pape Félix mande ces deux condamnations à l'empereur dans une lettre datée du 1er août 484, tandis que la lettre à Acace, qu'on vient de lire, porte la signature de soixante-sept évêques et la date du 28 juillet 484. Cependant les Grecs soutenaient à peu de temps de là qu'Acace avait été condamné par le seul Félix en dehors d'un concile auquel on avait simplement demandé de ratifier la sentence. LepapeGéiasereconnaît implicitement cette allégation lorsqu'il dit que la sentence contre Félix a été confirmée dans un concile. On trouverait un argument en faveur de celte opinion dans le fait qu'Évagrius, qui prétend rapporter en propres termes le résultat du concile qui condamna Vital et Misène, se contente de dire qu'Acace méritait une punition, sans alléguer aucune sentence. Libératus rapporte la condamnation de Vital et de Misène et dit qu'on fut pleinement convaincu qu'Acace était hérétique. Félix lui écrivit en conséquence pour l'exhorter à venir à résipiscence, mais cet avertissement demeurant inutile, il lui expédia une ampliation de sa condamnation datée du 28 juillet 484. Valois admet que Félix n'ait déposé Acace qu'assez longtemps après la condamnation des légats, mais d'après lui ill'aurait déposé dans un nouveau concile. Cette opinion qu'il soutenait dans ses notes sur Évagrius il l'abandonne dans sa dissertation sur Acace. Là il cesse de prendre pour guide Libératus et soutient que Vital, Misène et Acace ont été condamnés le 28 juillet 484, par le concile de soixante-sept évêques. La lettre à l'empereur Zenon, qui est du le>- août 484, ne permet pas de mettre une nouvelle lettre à Acace entre la condamnation des légats et celle d'Acace. Le concile de l'an 485 témoigne que la condamnation d'Acace avait été résolue par tous les évêques. mais qu'elle ne portait que le nom du pape selon l'ancienne coutume d'Italie. Gélase qui dit la même chose en donne deux excellentes raisons, l'une que le pape avait le pouvoir de condamner Acace, cujus erat utique polestatis légitimas, l'autre qu'il fallait l'envoyer secrètement, au lieu que si elle eût été au nom du concile, il eût fallu l'envoyer par des évêques, ce qui eût fait un grand éclat. Tillemont se demande si les paroles de Gélase qui font difficulté : rationabiliter sententiam cognevit fuisse prolatam ne se rapportent pas au concile des soixante-sept évêques, en 484. (H. L.)