CONTINUATION DE l'hISTOIRE DU MONOPHYSISME
entre les deux partis. Sur ces entrefaites, l'empereur ayant voulu introduire de force, dans le Trisagion , l'addition dont nous avons parlé plus haut, la colère fut à son comble dans tout Constantinople.
A cette même époque, c'est-à-dire au commencement du vie siècle, la ville d'Antioche avait pour patriarche Flavien, jadis partisan de Y Hénotique et revenu à la foi du concile de Chalcédoine. Son voisin Xenajas ou Philoxène, évêque d'Hiérapolis, organisa une émeute contre lui. Quoique défendu par la foule, le patriarche fut chassé, et son siège donné, en 513, au moine monophysite Sévère, l'un des adversaires les plus déclarés du concile de Chalcédoine. A la même époque Elie, patriarche de Jérusalem, fut également chassé de son siège, par suite de dissentiments avec Sévère. Le siège d'Alexandrie était occupé depuis l'année 508 par Jean Nikeota (Machiota), qui passa ouvertement de la doctrine de Y Hénotique à celle du monophysisme proprement dit.
Le général Vitalien mettant à profit ce mécontentement général des orthodoxes contre l'empereur, marcha sur Constantinople, en 514, avec 60000 hommes, et fit promettre la réintégration dans leurs charges des partisans du concile de Chalcédoine, et le rétablissement par un nouveau concile général de l'unité dans l'Eglise. [570] Mais l'empereur n'avait pas promis avec la pensée de tenir, et lorsque, pressé par Vitalien, il entra en négociations avec le pape Hormisdas pour mettre fin au schisme, il ne voulut pas accepter la première condition posée par le pape, c'est-à-dire la reconnaissance du concile de Chalcédoine et de la célèbre lettre du pape Léon le Grand. Avec la mort de l'empereur Anastase, en 518, commencèrent des temps plus heureux pour le parti orthodoxe. A Constantinople même il avait été opprimé par la force ; mais le nouvel empereur Justin Iflr et son neveu, le futur empereur Justinien, alors ministre des cultes, favorisaient les orthodoxes. Le peuple de Constantinople força le patriarche Jean à reconnaître solennellement le concile de Chalcédoine et à prononcer l'anathème contre Sévère, patriarche monophysite d'Antioche. Peu après, ce même Sévère, l'homme le plus important du parti des monophysites et leur écrivain le plus influent, fut accusé de plusieurs crimes, et même d'avoir fait verser le sang des orthodoxes ; il fut déposé, et ne put échapper que par la fuite à la peine plus sévère qui l'attendait. On envoya de même en exil Philoxène, écrivain monophysite, qui, d'après la tradition, aurait été exécuté en exil. Le parti orthodoxe l'emporta alors dans Antio-
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che et dans toute la Syrie, et il paraîtrait qu'il ne sut pas garder toujours, après son triomphe, les bornes de la modération.
Un événement plus important fut la réconciliation des Eglises de Rome et de Constantinople, en 519, solennellement annoncée à Constantinople par les légats du pape Hormisdas. La cour impériale et le patriarche Jean reconnurent l'anathème prononcé contre Acace. Le nom d'Acace et de plusieurs de ses successeurs, ceux de l'empereur Zenon et d'Anastase, furent rayés des diptyques de l'Eglise, et le patriarche de Constantinople se vanta d'être en union parfaite avec l'Église romaine. Les évêques grecs et orientaux suivirent cet exemple, si bien qu'à l'exception de l'Egypte, la foi deChalcédoine fut partout triomphante dans l'empire romain. Lorsqu'en 527 Justinien monta sur le trône, il fit preuve de la même bienveillance que du vivant de son oncle. Dès son avènement, il ordonna à toutes les Églises de l'Orient d'adhérer aux quatre conciles œcuméniques, et par conséquent à celui de Chalcédoine. Mais sa femme [571 Théodora favorisait le monophysisme, et les habitants de Constantinople manifestèrent une certaine sympathie pour cette erreur. C'est peut-être pour ce motif qu'en 533 Justinien ordonna un colloque entre les coryphées des deux partis. A la tête des évêques catholiques se trouvait Hypatius d'Ephèse, tandis que les monophysites étaient partisans de Sévère, alors à la tête delà secte des sévériens 1. Une circonstance de ce colloque mérite d'être mentionnée :
1. La doctrine de Sévère tenait le milieu entre le monophysisme rigoureux et la foi de Chalcédoine. Sévère était partisan de la doctrine de Y Hénotique et pensait que le concile de Chalcédoine avait abandonné la doctrine de Cyrille. Son but avoué était de rétablir l'autorité théologique du docteur d'Alexandrie. Il repoussa l'expression « en deux natures » et voulut que le Seigneur fût constitué « par deux natures ». Et ce n'est pas tout. Après leur réunion, il voulait qu'on distinguât soigneusement les qualités respectives de chaque nature, à savoir les qualités propres du corps humain, de celles de la nature divine. De la sorte on pouvait parler d'une pluralité de natures dans le sens des qualités essentielles. Sévère refusait d'admettre deux natures, parce qu'ici la notion de nature était entendue en un sensparticulier, lequel impliquait l'idée d'hypostase ou de personne ou d'être subsistant en soi (o-jo-i'a tStoa-j<r:aTOç). Sévère pensait qu'il ne pouvait se produire une manifestation particulière de chaque nature qui subsistait par elle-même et formait uu foyer distinct d'opérations propres à elles Mai, Nova collect. script, veter., t. vu, p. 71. Une double espèce d'opérations supposait donc une dualité de natures, comme Nestorius l'avait admis. Quant à Sévère, il n'admet qu'une série d'opérations humano-divines (Oeavopixy) èvépyeta) tout comme une seule nature humano-divine et là-dessus les sévériens s'autorisaient de la parole du pseudo-aréopagite. (H. L.)