‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 176 sur 544 · CONCILES DE l'ÉGLISE GRECQUE ET ORIENTALE · texte numérisé non relu

CONCILES DE l'ÉGLISE GRECQUE ET ORIENTALE

se fît le protecteur de Monge et que Zenon acceptât ses propositions, il faut se souvenir que l'empereur publiait précisément à cette épo-

les ténèbres tout à fait favorables à un larcin et s'en faisant le coopérateur, en pleine nuit, et pendant que le corps de son prédécesseur, le violateur des canons, attendait la sépulture, s'empara de son siège de son propre mouvement, en présence d'un seul évêque qu'il avait rendu complice de sa folie digne de tous les supplices. » Le pape était au même diapason quand, par allusion à la participation de Pierre an meurtre de Protérius, il l'appelait un « parricide ». Labbe, Concilia, t. iv, col. 1080. Dès l'année 478, on voit que les sentiments d'Acace à l'égard de Pierre avaient beaucoup changé. Malgré les lettres pressantes du pape Simplice, il refusait de s'employer à faire chasser d'Alexandrie Pierre Monge qui s'y cachait. Labbe, Concilia, t. iv, col. 1030, 1031. Cette conduite s'explique par le pressentiment qu'il avait dès lors de l'élection de Jean Talaja auquel il était bien aise d'avoir à opposer sur l'heure un adversaire qui ne fût pas un inconnu. Aussi laissait-il le pape supplier, admonester. Simplice l'avait nommé son légat et, en cette qualité, lui avait adressé toutes ses missives et ses objurgations destinées à être mises sous les yeux de l'empereur ; mais il semble qu'Acace ait tout gardé par devers lui. Ce titre de légat lui paraissait maintenant indigne de lui et il contrecarrait le vouloir du pape relativement à Pierre Monge comme pour s'affirmer à lui-même que les ordres et avis du pape ne lui étaient rien. Bien plus, il commença à rechercher l'amitié de Pierre Monge. Celui-ci comprenant à quel point Acace avait besoin de lui le traita avec un dédain superbe, posa ses conditions, prodigua les humiliations. Le récit de cette palinodie et de cette négociation a été fait d'après les documents coptes par E. Revillout, Le premier schisme de Constantinople, Acace et Pierre Monge, dans la Bévue des Questions historiques, 1877, t. xxn, p. 103-119. Et malgré tout, le retors Acace est maître de la situation parce que sa ruse le fait supérieur à la fougueuse nature de Pierre Monge dont l'embarras est visible. Pierre ne sait que faire de cet adversaire qui veut à tout prix devenir un allié, qui sollicite de rentrer dans sa communion et qui se pose comme son supérieur. Aussi Pierre Monge ne vise-t-il à rien moins qu'à jouer le rôle des grands patriarches alexandrins au temps où leur autorité sur le titulaire de Constantinople était incontestée. Acace, on le sentait bien, humiliait sa personne mais ne sacrifiait rien des préséances de son siège et Pierre entendait bien tirer parti de la circonstance actuelle pour affirmer ses droits de juridiction toute-puissante dans le châtiment ou le pardon qu'il infligerait à son s uf Ira gant. Il était donc résolu à n'amnistier son néophyte qu'après que celuici aurait expressément reconnu les droits supérieurs du patriarcat d'Alexandrie. Acace, s'il n'avait été grec, se fût trouvé pris dans ses propres filets. Tandis que Pierre le molestait en paroles, le pape Simplice revenait à la charge, insistant toujours sur l'expulsion de Pierre du siège d'Alexandrie par l'intervention d'Acace. Pierre Monge devint brutal et menaçant, Simplice doucement grondeur, mais Pierre et Simplice étaient d'accord en un point, à savoir qu'uu hérétique, même pénitent, ne saurait être évêque, mais on doit seulement l'accueillir à la communion laïque. Tandis que Simplice appliquait ce principe à Pierre Monge, celui-ci en faisait usage contre Acace et tous ceux qui admettaient le

que son fameux Hênotique sous l'influence d'Acace, en 482, et que Pierre Monge était prêt à le prendre comme base d'union entre les orthodoxes et les monophysites 4. L'empereur Zenon écrivit donc

concile de Chalcédoine. C'est alors, par un véritable coup de théâtre, que le légat du pape, le patriarche de Constantinople qui devait presque tout ce qu'il était au concile de Chalcédoine, préféra implorer sa grâce en reniant le concile que de l'accorder lui-même aux autres en le défendant. Acace se tourna donc résolument vers l'alexandrin. La lettre qu'il lui envoya est capitale, parce qu'elle montre enfin Acace déterminé à n'abandonner rien de ses droits. Désormais libéré de toute dépendance à l'égard de Rome il jouait d'égal à égal avec Pierre en gardant le bénéfice de sa ruse et du prestige impérial, inséparable du siège de Constantinople. Voici sa lettre : « J'ai parlé une fois. Je n'y reviendrai pas. Comme je te l'ai dit, vois enfin, ô mon père saint ! la responsabilité qui t'incombe pour l'univers entier et le châtiment qui te menace situ es négligent, si tu nous abandonnas, si tu ne reçois pas ceux qui font pénitence. Car, en ce qui me concerne, j'ai anathématisé par écrit le tome impie de Léon et le concile de Chalcédoine. Mais s'il le faut, je m'anathématise moi-même encore et je me réjouis de ne m'être pas épargné pour gagner le Christ. Enfin, mon père saint, moi et ceux des évêques qui se repentent avec moi, nous consentons à nous déposer nous-mêmes et à nous exclure du sacerdoce. Maintenant où sont les trésors débordants des miséricordes divines ? Comment l'Ecriture peut-elle s'écrier en disant la vérité : « Confesse d'abord tes péchés afin d'être glorifié ? » Faut-il donc que ma pénitence soit pour le dommage et la perte du monde en~ tier au lieu d'être pour sa guérison et son rétablissement? Car si on détourne des autels la multitude inexpérimentée des prêtres, ils s'affligeront et, ne voulant pas abandonner leurs églises, ils refuseront de recevoir la pénitence. Et puis les populations seront scandalisées. Elles seront troublées et on ne pourra pas les forcer de laisser là leurs pasteurs. Et de cette manière tout sera arrêté. La réunion ne pourra se faire. Les hérétiques se moqueront de l'Église de Dieu et la fin sera pire que le commencement. » Et la lettre continuait sur ce ton. C'était un ultimatum. Pierre Monge le comprit ainsi. Il lui fallait donc abandonner toutes ses prétentions. La seule compensation qui lui fût laissée était la décision des conditions tout à fait secondaires de la réunion. Il s'offrit le maigre dédommagement d'imposer à Acace une pénitence de quarante jours à laquelle Pierre lui-même consentait à s'astreindre bénévolement : « Ne mangeons pas le pain de la convoitise, ne nous oignons pas d'huile, ne buvons ni vin, ni boisson fermentée, mais mangeons seulement les fruits de la terre et abreuvons jour et nuit de larmes notre corps pécheur, en suppliant Dieu, qui fait miséricorde à tous, de considérer votre pénitence, de vous recevoir à lui, et de vous purifier de la détestable hérésie des deux natures et du concile de Chalcédoine. » Acace répondit qu'il avait fait la pénitence prescrite et réclama l'union des Églises, promettant de s'entremettre auprès de l'empereur. A peine les députés de Pierre Monge étaient-ils arrivés à Constantinople que fut promulgué Y Hênotique. (H. L.)

1. Voir plus haut, p. 866, note 1, le texte de Y Hênotique d'après la version copte annexée à la correspondance d'Acace dans le ms. 62 du fonds copte

Page 1