CONCILES DE l'ÉGLISE GRECQUE ET ORIENTALE
aussitôt au pape Simplice pour lui dire qu'à cause des motifs énumérés plus haut, Jean était indigne d'occuper le siège d'Alexandrie, et que Pierre Monge était l'homme qu'il fallait pour rétablir la paix dans ces contrées. Cette démarche de l'empereur fit que le pape ne reconnut pas immédiatement le choix de Jeau pour le siège d'Alexandrie ; il déclara cependant a l'empereur qu'à son avis Pierre Monge était incapable et qu'il était toujours soupçonné d'hérésie 1. Nonobstant cette réponse, Zenon ordonna au duc d'Egypte de chasser Jean et d'établir Pierre Monge à sa place, à la condition que ce dernier accepterait V Hênotique et adresserait des lettres synodales à Acace, à Simplice de Rome et aux autres archevêques, ce qui eut lieu. Acace reconnut aussitôt Monge et inscrivit son nom dans les diptyques de l'Église. Le Libellus synodicus prétend qu'aussitôt après son élévation sur le siège d'Alexandrie, Pierre Monge y avait réuni un concile et prononcé l'anathème contre le concile de Chalcédoine 2.
Chassé d'Alexandrie, Jean Talaja se rendit, sur le conseil de Calendion d'Antioche, à Rome, pour exposer son affaire au pape Simplice et demander appui au Siège romain. Il arriva au commencement de l'année 483, et décida le pape à adresser à Acace deux lettres 3
de la Bibliothèque vaticane. La rédaction copte est plus courte que la rédaction grecque donnée par Evagre, Hist. écoles., 1. III, c. xm, P. G., t. lxxxvi, col. 2620 sq. (H. L.)
1. Voir les lettres à Acace et à Zenon dans Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vu, col. 992, 994.
2. Pagi, Critica, ad ann. 482, n. 19 sq. ; Hardouin, Coll. concil., t. v, col. 1527 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vu, col. 1023, 1178.
3. « Simplice, évêque, àAcace,évêque de Constantinople. Nous nous étonnons en même temps que nous nous affligeons de voir que le soin de la foi et de la charité se cache et se dissimule ainsi dans l'âme de Ta Dilection. Car, tandis que l'empereur très chrétien veut bien, par instinct de piété et de religion, s'adresser à moi pour me consulter sur les causes ecclésiastiques, et m'envoie pour cela de fidèles et habiles internonces, toi-même, oublieux de la charité fraternelle et de la vigilance pastorale, tu ne consens pas à nous parler, et tu ne daignes pas même nous instruire des choses qui concernent la garde de la vérité catholique. C'est pourquoi, très cher frère, en pesant plus mûrement et avec une plus grande vigilance les choses que tu te vois reprocher par une libre affection, reconnais la mission qui t'est confiée, relève avec prudence tes sentiments et ton courage et veille hardiment à la défense des constitutions de Chalcédoine, de peur que, par notre négligence et notre paresse, le bercail du Seigneur n'éprouve quelques mortels dommages.
c Naguère, nous avons reçu, selon la coutume, une relation envoyée par le synode catholique d'Egypte et par tout le clergé de l'Église d'Alexandrie, qui
(sans compter celles qui avaient déjà été échangées dans cette [60l affaire) et entama la composition d'un mémoire contre Acace destiné
nous apprenait que Timothée, notre frère et coévêque de sainte mémoire, était mort, et qu'à sa place avait été élu Jean, par le consentement unanime de tous les fidèles. Il semblait donc qu'il ne nous restait plus autre chose à faire qu'à rendre grâce à Dieu et à nous réjouir, afin que, sans scandale ni désordre, le prélat catholique qui avait succédé au défunt dans son ministère, pût être affermi comme il le désirait par l'assentiment du siège apostolique. Mais voilà que tandis que je traitais cette affaire, selon la coutume, on me remit des lettres du très heureux prince, dans lesquelles il était dit que Jean était coupable d'un parjure qui n'était pas inconnu à Ta Fraternité et le rendait indigne du sacerdoce. Aussitôt je me suis arrêté et j'ai même révoqué ma sentence concernant sa confirmation, de peur qu'on ne pût me soupçonner d'avoir fait hâtivement quelque chose contre un tel témoignage. Mais l'empereur ne m'a pas médiocrement étonné, quand, dans ces mêmes lettres, il ajouta qu'il jugeait Pierre digne d'être promu au gouvernement de cette Église. Or, il est prouvé que ce Pierre est un compagnon des hérétiques et leur chef, ce qui n'est pas ignoré par la conscience de Ta Dilection. Nous pensons même qu'elle connaît également les instructions judiciaires par lesquelles il a été confondu. Il n'est pas douteux que cet homme se trouve maintenant encore en dehors de la communion catholique ; et il est non moins certain que nous t'avons écrit souvent à son sujet pour le faire expulser d'Alexandrie. Quand bien même il promettrait de consentir aux définitions de la foi droite à laquelle, comme je l'ai dit plus haut, il est resté toujours aussi étranger qu'il l'est à la communion catholique, on ne pourrait l'admettre, s'il veut se convertir, qu'après une satisfaction conforme aux règles chrétiennes. A plus forte raison ne peut-on le faire parvenir au faîte de la dignité sacerdotale. Celui qui a été convaincu d'une longue perversité, doit seulement désirer de voir appliquer à son âme le secours du remède qui s'accorde, après le repentir, à ceux qui sont réconciliés, et non pas aspirer au rang du suprême honneur. Sinon ce n'est ni sa guérison, ni son salut qu'il cherche sincèrement, mais, sous prétexte de conversion, il veut propager ses détestables doctrines. De cette manière ce n'est pas lui que nous retirons de l'hérésie, mais c'est aux fidèles que nous communiquons sa corruption, et, au mépris des décrets de Chalcédoine, nous ouvrons toute grande aux loups rapaces la porte de l'Eglise et nous associons cruellement à leurs déprédations. € Enfin, on dit que Pierre est demandé pour pontife par ceux-là mêmes qui ont été autrefois avec lui séparés de la communion catholique, de sorte qu'il paraît assez évidemment qu'ils ne veulent pas la foi droite, mais, sous leur propre prélat, le pouvoir de leur dogme détestable. Non ! on ne saurait conclure une paix honteuse entre eux et ceux qui pensent bien ; paix d'où résulterait l'accroissement de la funeste damnation des âmes hérétiques et en définitive la misérable captivité des catholiques. De tous cotés, tu es donc obligé, par les plus puissants motifs, de t'opposer autant que tu le pourras à tant de maux et de périls, tant à cause de l'éminence du sacerdoce que par rapport à la prédication catholique. Il n'est pas permis à Ta Dilection d'agir mollement dans une affaire qui, tu n'en doutes pas, touche de si près aux intérêts de ton âme et à ceux de ton honneur et de ta gloire. Trouve donc les occasions