‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 184 sur 544 · CONCILES DE l'ÉGLISE GRECQUE ET ORIENTALE · texte numérisé non relu

CONCILES DE l'ÉGLISE GRECQUE ET ORIENTALE

En 584, l'évêque Quintien réunit aussi un concile qui prononça la déposition de Pierre le Foulon ; nous possédons encore la lettre

violence. Devenu le représentant fougueux d'un parti, Barsauma fut le bouc émissaire de toutes les violences de ce parti. C'est ainsi que Bar-Hébrœus n'hésite pas à faire de lui un portrait trop complet. Babowaï saisi d'une protestation des évêques occidentaux relativement à l'impudicité de Barsauma, répond à ses correspondants : « Comme nous sommes asservis à un gouvernement impie, nous sommes impuissants à sévir contre les coupables ; aussi, bien des abus se sont-ils introduits malgré nous et contrairement aux canons. » Barsauma intercepte la lettre, la transmet à Peroz avec l'accusation contre Babowaï de correspondre avec les Grecs. Peroz fait traduire le message, arrête et condamne à mort le catholicos. Barsauma dit alors à Peroz : c Si nous ne proclamons pas en Orient un dogme différent de celui de l'empereur romain, jamais tes sujets chrétiens ne te seront sincèrement attachés. Donnemoi des troupes et je rendrai nestoriens tous les chrétiens de ton empire. De la sorte, ils haïront les Romains et les Romains les détesteront. » Barsauma, avec une troupe, entre dans le Beit Garmaï et persécute les orthodoxes. Chassé de Tagrit et de toute la région, il se rend à Arbel et de là au couvent de Mar- Mattaï, puis à Ninive et au couvent de Barzonita, laissant partout des martyrs sur son passage. Il se rend dans le Beit Nahadra et tient un synode à Beit Adrai, puis deux autres synodes à Ctésiphon et à Karka de Beit Slokh, dans la maison du collecteur d'impôts Yazdin. Les canons rédigés dans cette assemblée furent l'objet d'une réfutation en deux livres par Philoxène de Mabbug. N'ayant osé pénétrer en Arménie en présence de l'attitude des évêques et des nobles, il revient à Nisibe et continue la persécution dans les provinces araméennes. Tous ces détails très circonstanciés sont malheureusement fort sujets à caution. Bar-Hébrœus a copié, presque mot pour mot, tout ce qu'il nous dit dans la Chronique de Michel le Syrien, 1. XI, c. ix. Or, celui-ci nous fait sur les sources de son récit l'aveu suivant : « Ensuite, puisque vous nous avez demandé le récit de la persécution de Barsauma, sachez, ô prince des princes, que toutes les histoires antérieures qui étaient dans le couvent (de Mar-Mattaï) ont été brûlées en même temps que le couvent par cet impur Barsauma. Et cette histoire ne se trouve nulle part, parce que les hommes instruits et les écrivains ont été couronnés du martyre à cette époque ; mais pour ne pas frustrer le désir de Votre Béatitude, nous écrivons rapidement ce que nous avons appris de vive voix de vieillards véridiques qui avaient reçu ces choses de leurs pères. » On voit qu'il faut donc en rabattre quelque peu du récit combiné par Michel et adopté par Bar-Hébraeus et à ce point dépourvu de preuves. L'introduction du nestorianisme en Perse s'est faite dans des conditions un peu différentes de celles qui viennent d'être exposées. Barsauma a poursuivi un double but : 1° satisfaire son ambition personnelle et se rendre indépendant des patriarches que, sur ce terrain, il ne cesse de rencontrer, luttant contre lui pied à pied : 2° maintenir dans l'Église persane l'unité doctrinale en luttant contre le monophysisme et légiférer sur le mariage des clercs. Sur le terrain doctrinal, Barsauma n'aura pas d'allié plus ardent que le successeur de Babowaï, Acace, primat de Séleucie.

La mort d'Ibas et la dispersion des lecteurs de l'École d'Édesse n'avaient

synodale de Quintien à Pierre avec les douze anathèmes condamnant le monophysisme, l'apollinarisme, le samosaténisme, l'addition

pas complètement désorienté le parti nestorien qui pouvait tenir tête encore au parti monophysite. Les empereurs Léon et Zenon se montrèrent favorables à l'orthodoxie de Ghalcédoine, lorsque brusquement, en 482, la publication de Y Hcnotique de Zenon inaugura une politique en apparence orthodoxe, en réalité monophysite. Cette recrudescence inquiéta les Persans qui se massèrent et tentèrent de faire résistance en condamnant l'hérésie au concile de Beit Lapât, tenu en avril 484. Ce concile n'a pas eu l'honneur d'être inséré dans le Synodicon parce que, nous apprend le Synodicon lui-même, « Barsauma, de son vivant, attesta qu'il avait été tenu par mauvaise volonté et par passion humaine, que sa constitution fut contraire aux canons de l'Église et qu'il a introduit dans le gouvernement ecclésiastique la corruption, le trouble et la confusion. Cet homme sensé comprit lui-même son aberration et il abolit et annula tout ce qu'il avait fait, contrairement à la justice, à Beit Lapât. Nous avons noté clairement ceci, afin que tout lecteur qui rencontrera ces écrits faits par nous ne nous blâme pas et ne dise pas : Pourquoi donc, tous les synodes orientaux ayant été totalement réunis en un seul corps, auquel on a même ajouté comme complément les synodes occidentaux, celui-ci manque-t-il seul dans la collection ? — Il aura la raison pour laquelle ce synode a été, avec justice, mis hors du nombre et de la collection de tous les synodes ecclésiastiques. » Synodicon orientale, édit. Chabot, 1902, p. 309. Malgré tout les conclusions du concile de Beit Lapât furent adoptées par le catholicos Acace au colloque de Beit Adrai (août 485), dans un autre petit concile — peut-être celui qui se tint à Karka de Beit Slokh dans la maison de Yazdin — et enfin dans le concile de février 486 dont nous rencontrerons prochainement les Actes. Les documents officiels auxquels fait allusion le compilateur de Synodicon que nous venons de citer consistent en quatre lettres dont on a conservé le texte. Le ms. de Paris a quatre documents outre deux lettres à Acace. Le texte a été publié par M. O. Braun, dans les Actes du X* congrès des Orientalistes, Genève, 1894, sect. n, p. 90 sq., et par M. J.-B. Chabot, Synodicon orientale ou Recueil de synodes nestoriens, dans les Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. xxxvn, p. 525-539. — Première lettre. Rapporte qu'à l'occasion d'un voyage d'Acace dans la région des Hedayab où l'avaient suivi des évêques, Barsauma vint de son côté avec un groupe d'évêques ; tous communiquèrent et on détruisit et annula « le volume que nous fîmes dans le Beit Houzayé, et dans lequel se trouvent des murmures, des blâmes, des chefs d'accusation et des témoignages contre le bienheureux Babowaï, catholicos. » — Deuxième lettre adressée à Acace par Barsauma. Rapporte des incidents de frontières et des mouvements de troupes occasionnés par le pillage poussé jusque sur le territoire romain. La situation est tendue à l'excès et « il ne nous est donc pas possible maintenant de nous rendre à l'invitation écrite de Ton Excellence avant que les difficultés présentes entre les Romains et les Perses soient résolues. » Il conseille de ne pas convoquer de concile « en ce moment où la famine règne en tout lieu et la disette en tout pays, afin de ne pas ,'exciter contre toi le murmure et le blâme, » et nouvel avis de l'annulation des actes du concile de Beit Lapât. — Troisième lettre.

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