PREMIÈRE SESSION
la lecture des actes du concile d'Ephèse (c'est-à-dire du Brigandage) devant le présent concile. Il prouverait par ces actes que Dioscore ne professait pas la foi orthodoxe, qu'il avait approuvé une hérésie impie, et que lui, l'auteur de ce mémoire, avait été injustement condamné et maltraité *. »
Les commissaires et les sénateurs ayant demandé à Dioscore de répondre a cette accusation, celui-ci réclama de son côté la lecture des actes du concile de Constantinople tenu sous Flavien. Son adversaire y ayant consenti, Dioscore se déroba [ et dit : « Je crois que la première chose à faire est d'examiner la question de foi. » Or, à Ephèse, Dioscore avait repoussé cet examen ; sa conduite d'alors infirmait sa requête présente et le concile pouvait sans peine y découvrir une première preuve de sa duplicité. On lui dit : «Vous êtes accusé, défendez-vous d'abord» et] commissaires impériaux [425] et sénateurs insistèrent pour la lecture des actes antérieurs. Sur leur ordre Constantin, secrétaire du consistoire impérial, lut la lettre adressée le 30 mars 449 par l'empereur Théodose II à Dioscore, au sujet de la convocation du Brigandage d'Ephèse 2. [Quand le secrétaire eut lu cette pièce il ajouta: « Les choses ont changé depuis lors : notre pieux empereur Marcien a fait cesser l'exil du révérendissime évêque Théodoret, et, sur sa demande, le très saint pape Léon lui a rendu son rang d'évêque ; il peut donc entrer ici, notre empereur l'ayant d'ailleurs convoqué. »] Lorsque Théodoret entra, il s'éleva un épouvantable tumulte dans l'assemblée. LespartisansdeDioseore,c'est-à-direles évêques d'Egypte, dTllyrie et de Palestine, s'écrièrent : [ « Miséricorde ! la foi est perdue ; on introduit un homme déposé ! Hors d'ici l'ennemi de Dieu, les canons le chassent ! Hors d'ici le précepteur de Nestorius ! » Les évêques d'Orient, du Pont, d'Asie et de Thrace criaient de leur côté : « Ce sont les assassins de Flavien qu'il faut expulser. Hors d'ici les manichéens, hors d'ici les hérétiques ! À la porte ceux qui ont bâtonné pour nous faire signer un blanc-seing! »] Dioscore, debout, hurla en désignant Théodoret : « Il a anathématisé Cyrille, est-ce donc maintenant qu'on veut chasser Cyrille ? » Des cris furieux partirent aussitôt du côté opposé : « Hors d'ici l'assassin Dioscore ! Qui donc ne
1. Hardouin, op. cit., t. n, col. 69; Mansi, op. cit., t. vi, col. 584 sq.
2. Hardouin, op. cit., t. n, col. 70 sq. ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 586 sq. Cette lettre de convocation, Hefele omet de le rappeler, s'exprimait en termes injurieux à l'égard de Théodoret de Cyr, dont elle prononçait l'exclusion. (II. L.)
connaît ses infamies ? » Les Egyptiens [traitant les Orientaux de nestoriens] vociférèrent : «Longue vie à Pulchérie, l'impératrice ! elle a chassé Nestorius, [s'il y a ici des nestoriens, qu'on les chasse ; ] un concile orthodoxe ne reçoit pas Théodoret. » Théodoret, profitant d'un court répit entre ces clameurs, se présenta pour réclamer la lecture de son mémoire à l'empereur comme pièce contre Dioscore. Les commissaires et le sénat répondirent, pour calmer les esprits, que l'on devait tout d'abord continuer la lecture des actes antérieurs, et que la présence de Théodoret ne serait pour personne une cause de préjudice. Il lui serait permis plus tard, ainsi qu'à ses adversaires, d'exposer à loisir leurs griefs et d'y faire réponse ; d'ailleurs, l'évêque d'Antioche avait affirmé l'orthodoxie de Théodoret. Mais le tumulte reprit alors de plus belle. Les Orientaux criaient : « Théodoret est digne de s'asseoir dans cette assemblée ! » Les Egyptiens répondaient : « Hors d'ici le juif, hors d'ici l'adversaire de Dieu ! Ne l'appelez pas évêque ! » Les Orientaux reprenaient : « Dehors les perturbateurs, dehors les assassins ! Celui qui est orthodoxe fait partie du concile ! » Le tumulte dura jusqu'à ce qu'enfin les commissaires impériaux eussent déclaré que [« tous ces cris, tout ce bruit ne conviennent qu'à une multitude désordonnée ; ils sont indignes d'une assemblée d'évêques et ne servent d'ailleurs en rien aux parties ; le mieux est de faire silence et de continuer la lecture des actes. » « Nous réclamons tous pour la religion, pour la foi orthodoxe, clamaient les Égyptiens, chassez un seul homme, et nous écoutons tous. » « Ecoutez d'abord, répondit le magistrat et ne troublez plus l'ordre du concile 1. »] Le secrétaire Constantin entreprit la lecture d'une série de documents : a) une lettre de Théodose II à Dioscore (15 mai 449) ; b) une lettre analogue à Ju- [426] vénal de Jérusalem ; c) une lettre à l'abbé Barsauma ; d) les instructions données par Théodose à Elpide et à Euloge, ses commissaires au Brigandage d'Ephèse, un décret envoyé au proconsul Proclus en résidence à Ephèse ; é) une troisième lettre impériale à Dioscore ; f) une autre adressée au Brigandage d'Ephèse ; tous documents analysés plus haut.
Dioscore prit de nouveau la parole [ : « Vous voyez par ce passage du rescrit impérial, dit-il, que je ne suis pas seul responsable de ce qui s'est passé à Ephèse. L'évêque Juvénal, l'évêque Thalassius
1. Hardouin, op. cit., t. n, col. 71 sq. ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 590 sq.
2. Hardouin, op. cit.t t. n. col. 75-80 ; Mansi, op. cit.y t. vi, col. 593-600.