PREMIÈRE SESSION
et les autres partageaient avec moi l'autorité sur l'assemblée, et de plus, tout ce que nous avons jugé, le concile l'a approuvé de vive voix et par écrit. On en a fait le rapport à l'empereur Théodose, d'heureuse mémoire, qui l'a confirmé par une loi générale. » A cette assertion un démenti violent éclata. « C'est faux, criaient les Orientaux, personne n'a consenti, nous avons été contraints, nous avons été brutalisés. Dans la crainte de l'exil, nous avons signé un blancseing, sous la menace des épées et des bâtons. Dioscore savait pourquoi il introduisait les soldats. Hors d'ici l'assassin ! Ce sont les soldats qui ont dépose Flavien. »] Les Egyptiens répondaient ironiquement : « Vous avez signé les premiers, [de quoi vous plaignezvous ? » A ces mots des protestations partirent des rangs des clercs ; les Egyptiens se tournèrent vers eux. « Qui ose crier, là-bas? direntils. Pourquoi laisse-t-on des clercs crier? Qu'on pousse tout cela dehors, qu'on chasse tous ces gens étrangers au concile ! »] Alors pour bien montrer le caractère du Brigandage d'Ephèse, Etienne, évèque d'Ephèse, rapporta les circonstances suivantes : Ayant admis dans sa communion quelques clercs de Flavien, de même qu'Eusèbe de Dorylée, Elpide et Euloge, commissaires impériaux au concile, vinrent dans son évêché avec environ trois cents soldats et moines d'Eutychès et le menacèrent de mort, pour avoir reçu les ennemis de l'empereur ; les partisans de Dioscore ne l'avaient pas laissé sortir du secretarium de l'église avant qu'il eut donné sa signature. Après lui parla Thalassius : Sans doute, il était désigné dans la lettre [427] impériale comme juge et président du Brigandage d'Ephèse 1, mais il ne savait pourquoi; lorsqu'il avait remarqué des irrégularités, il avait cherché à remédier au désordre, comme il pouvait le prouver par témoins. Théodore, évèque de Claudiopolis en Isauric, avoua que lui et d'autres n'avaient pas compris grand'chose à toute cette affaire, et que Dioscore et Juvénal les avaient trompés. On les avait, en outre, terrifiés par ce cri : « Qu'ils étaient voisins de l'hérésie de Nestorius, » et par cet autre : « Quiconque partage le Christ (en deux natures), doit être lui-même partagé ; partagez-les, tuez-les, chassez-les ! » Aussi avaient-ils craint pour eux et pour ceux qu'ils avaient baptisés, et ils avaient du se taire. Il ajouta que, d'après l'ordre de l'empereur, c'était le concile qui devait porter un jugement sur Flavien ; mais Dioscore et ses amis avaient tenu
1. L'iincienne traduction latine a ici mal compris l'original, car elle porte : in scerctario fucram posilus.
un grand nombre de réunions privées, sans communiquer à personne les décisions prises, ils n'avaient apporté dans les réunions que des blanc-seings et avaient forcé les membres du concile à les signer en les épouvantant par la vue des bandes armées et tumultueuses. Il y avait eu en tout cent trente-cinq évêques présents; on en avait fait taire quarante-deux, et les autres s'étaient rangés au parti de Dioscore et de Juvénal, à l'exception de lui, Théodore, et de quatorze autres. « Qu'aurions-nous pu (aire ? ajouta-t-il. Il y allait de notre vie, nous étions au pouvoir des hérétiques. » Les Orientaux et leurs amis certifièrent la vérité de ce récit. Les Égyptiens dirent en ricanant : [ « Voyez donc ces vaillants évêques, comme ils font honneur à leur courage. Un chrétien craint-il personne ? Qu'on apporte du feu, nous verrons bien ! Il n'y aurait jamais eu de martyrs s'ils avaient tremblé comme ceux-ci avouent avoir fait. » Pendant cette scène, Dioscore restait calme sur son siège ; se levant enfin, il dit : « Puisque ces gens-là soutiennent qu'ils ont ignoré la chose jugée et qu'ils ont souscrit un blanc-seing, ils ne devaient pas souscrire sans savoir ce qu'ils signaient, puisque la foi était en question ; de plus, qui donc a rédigé par écrit leurs déclarations — les votes motivés — n'est-ce pas eux-mêmes ? Que votre magnificence les oblige à répondre *. »]
Mais les commissaires impériaux et les sénateurs décidèrent que ces plaintes ne seraient examinées qu'après la lecture de toutes les pièces ; sur leur ordre, le secrétaire Constantin commença la lecture des procès-verbaux du Brigandage d'Ephèse. Dès les premiers mots du procès-verbal, on lut que le pape Léon (c'est-à-dire ses lettres) n'avait pas été reçu à Ephèse, et que l'évêque de Constantinople n'avait eu dans l'assemblée que le cinquième rang 2. Des cris s'étant alors fait entendre, Dioscore demanda l'expulsion de tous [428] Ceux qui n'étaient pas évêques, parce que c'était d'eux que provenait tout le bruit ; Théodore de Claudiopolis répondit que c'étaient les notaires de Dioscore qui étaient la cause du tumulte ; mais ce dernier assura qu'il n'en avait amené que deux 3.
1. Hardouin, op. cit., t. n, col. 79-83 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 601-606.
2. Le légat Paschasinus s'exprima, à ce sujet, de telle manière que Quesnel a voulu prouver par ses paroles que le légat plaçait le siège de Constantinople avant ceux d'Alexandrie et d'Antioche (ce qui serait en opposition avec d'autres déclarations de Rome). Voyez, sur ce point, notre commentaire du can. 28 de Chalcédoine.
3. Hardouin, op. cit., t. ii, col. 83 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 606, 607.