COLLOQUE RELIGIEUX A LYON
vants hésitent entre 499, 500 et 501 . Baronius s'est trompé, quand il a assigné à ce concile la date de 494. Pagi se décide pour l'année 501, plusieurs ont suivi sou sentiment, d'autres préfèrent l'année 499. Il n'est guère possible d'arriver à une certitude ; cependant nous penchons pour l'année 499, et nous en dirons plus loin le motif. Etienne, archevêque de Lyon, avait assemblé un grand nombre d'évêques pour la fête de saint Just; parmi ses invités on distingua surtout Avit de Vienne, Eone d'Arles, Apollinaire de Valence, et l'évêque de Marseille. U Histoire littéraire de la France pense que ce dernier s'appelait Chartenius. Tous se rendirent d'abord à Sarbiniacum, c'est-à-dire Savigny en Bourgogne, afin de saluer le roi dans sa résidence, et quoique Avit de Vienne ne fût le premier ni par l'âge ni par le rang, il prit la parole à cause de sa science et de son autorité personnelle. Après avoir salué le roi, il lui proposa un colloque religieux, pour décider quelle était la vraie foi. Gundobald répondit : « Si votre foi est la vraie, pourquoi vos évêques n'empêchent-ils pas le roi des Francs (Clovis) de me faire la guerre et de se liguer avec mes ennemis? Celui qui convoite le bien d'au- 630] trui n'a pas la vraie foi. » Avit répliqua : « Nous ignorons pourquoi le roi des Francs agit de la sorte, mais la sainte Ecriture nous dit que les royaumes se perdent souvent parce qu'ils abandonnent la loi de Dieu, et que celui qui combat contre Dieu sera lui-même combattu. Quant à vous, si vous revenez à la loi de Dieu avec votre peuple, Dieu vous rendra la paix. » Le roi: « Comment? Je reconnais la loi de Dieu, mais je ne veux pas admettre trois dieux. » Avit défendit alors la foi orthodoxe contre ce reproche de trithéisme, et réclama une fois de plus un colloque ; afin de l'obtenir, il baisa avec tous les autres évêques les genoux du roi. Gundobald les releva gracieusement et leur promit une réponse. Elle fut donnée le lendemain, car ce jour-là le roi, étant à Lyon, fit venir Avit et Etienne, archevêque de Lyon, et leur fit la déclaration suivante : « Votre désir sera rempli, mes évêques sont prêts à prouver que personne n'est égal à Dieu ni de même substance que lui. » Il demanda donc que l'on fît choix des deux côtés de quel-
L 'année à laquelle se passent les faits relatés dans le document, menace de guerre avec Clovis et défection de Godégisèle, est facile à déterminer. C'est en l'an 500 que Gondebaud, vainqueur de son frère, le fit périr {Marii episcopi Aventicensis Ckronicon, édit. W. Arendt, in-8, Lipsiœ, 1878, p. 10) c'est donc aux 2 et 3 septembre $99 que se devrait rapporter le f Colloque », (H. L.)
ques orateurs, et que le débat n'eût pas lieu devant le peuple, afin de ne pas exciter des troubles le lendemain, jour de la fête de saint Just, dans la résidence impériale. Les évêques orthodoxes passèrent la nuit en prières au tombeau de saint Just ; mais les leçons liturgiques de ce jour leur parurent d'un mauvais présage, car elles parlaient de l'endurcissement de l'Egypte (Exode, vu) et de l'aveuglement du peuple (Isaïe, vi). Le lendemain, ils se rendirent chez le roi, accompagnés de beaucoup de prêtres et de diacres, et de quelques catholiques laïques, en particulier de deux officiers royaux Placide et Lucain. Les ariens firent de même. Avit fut l'orateur des ortho- ("6311 doxes, Boniface celui des ariens, et le discours cicéronien d'Avit, dans lequel il prouva la foi orthodoxe par l'Écriture, fit une telle impression, qu'au lieu de répondre, Boniface se mit à insulter les catholiques, les appelant polythéistes, etc. Remarquant le désarroi de ceux de son parti, le roi leva la séance et déclara que Boniface répondrait le lendemain à Avit.
Le lendemain, à l'heure marquée, les catholiques se trouvèrent aU palais. Arédius, l'un des hauts fonctionnaires de Gundobald, voulut leur persuader de s'en retourner, parce que le roi n'aimait pas toutes ces discussions. L'archevêque Etienne sachant que, quoique catholique, Arédius favorisait les ariens, ne se rendit pas à ses exhortations. Gundobald cependant salua les arrivants et s'entretint quelque temps avec Avit et Etienne. Il leur dit que son propre frère Godegisèle (roi du deuxième royaume burgonde avec Genève et Besançon pour villes principales) avait été excité contre lui par le roi des Francs 4. Les évêques répondi* rent que, si Gundobald acceptait la foi de Clovis, il serait plus facile d'établir une alliance entre eux deux, et qu'ils étaient prêts à s'y employer. Sans répondre à cette proposition, le roi ouvrit la seconde Conférence, et Avit reprit la parole pour repousser d'une manière décisive ce reproche de polythéisme que Bonifaeé avait
1. Il résulte de là que la guerre entre Gundobald d'un côté et Clovis et Godegisèle de l'autre n'avait pas encore commencé, et que, par conséquent, Godegisèle vivait encore. Comme, d'un autre côté, Marius d'Avenches rapporte que Gundobald avait fait périr son frère sous les consuls Hypatius et Patricius, c'est->à-dire en l'an 500, il faut en conclure que ce colloque religieux a dû évidemment avoir lieu avant l'an 500. Pagi a donc manqué de logique en insérant ad ann. 500, n. 10, la notice de Marius et en plaçant en l'an 500 la mort de Godegisèle, tout en supposant que le colloque a eu lieu eu l'an 500.