PREMIERE SESSION
Constantin reprit la lecture des actes du Brigandage d'Ephèse jusqu'au passage où les légats du pape affirmaient avoir apporté une lettre du pape Léon *. L'archidiacre Aétius de Constantinople remarqua que cette lettre n'avait pas été lue ; tous les évoques orientaux et leurs amis confirmèrent cette affirmation. Aétius ajouta que, à sept reprises, Dioscore avait promis par serment de faire lire la lettre du pape, mais qu'il n'avait pas tenu ses serments, et Théodore de Claudiopolis confirma cette déposition. Les commissaires ayant invité Dioscore à répondre, celui-ci affirma avoir par deux fois ordonné la lecture de cette lettre ; Juvénal et Thalassius devaient savoir pourquoi on n'en avait rien fait, il fallait le leur demander. Les commissaires insistèrent et lui dirent que c'était à lui de répondre ; mais il ne fit que répéter la même chose ; aussi Eusèbe de Dorylée l'accusa-t-il de duplicité. Juvénal fit connaître comment les choses s'étaient passées ; Jean, le primicier de Dioscore, au lieu de lire la lettre de Léon, avait artificieusement pris en main une lettre de l'empereur (bien entendu de concert avec Dioscore) et l'avait lue avec sa permission à lui Juvénal. Lorsque les commissaires interrogèrent Thalassius, il répondit n'avoir ni ordonné ni empêché la lecture de la lettre du pape, et en général n'avoir pas eu l'autorité [429] qu'on lui supposait 2.
Le secrétaire Constantin reprit la lecture des procès-verbaux et la poursuivit jusqu'au passage où il était dit que les paroles de Dioscore avaient été approuvées par l'assemblée 3. Les Orientaux et leurs amis nièrent ces approbations et les exclamations mentionnées par le protocole ; Théodore de Claudiopolis fit alors remarquer que Dioscore avait chassé les notaires des autres évêques et avait fait tout écrire par les siens ; ceux-ci n'avaient inséré que ce que Dioscore avait voulu, et avaient pu prendre facilement ce qui avait été dit par quelques-uns comme ayant été dit par tous. Dioscore prouva n'être pas seul à avoir des secrétaires, Juvénal, Thalassius et l'évêque de Corinthe en avaient eu chacun un. [Eusèbe de Dorylée se levant alors pria les magistrats de faire entendre Etienne d'Ephèse qui avait des détails curieux à donner sur ce sujet. Requis de s'expliquer, Etienne le fit en ces termes : « Mes notaires — pour
1. Ces passages se trouvent dans Mansi, op. cit., t. vi, col. 607-615 ; Hardouin, op. cit., t. u, col. 83-87.
2. Hardouin, op. cit., t. n, col. 87-90; Mansi, op. cit., t. vi, col. 615-618.
3. Mansi donne les fragments des actes qui furent lus alors, col. 618-623 ; Hardouiu, op. cit., t. n, col. 90-94.
donner une idée de la façon dont Dioscorc traitait ou faisait traiter ceux des autres — prenaient des notes pour moi ; ils étaient deux : Julien, maintenant évèquc de Lebède, et Crispin, diacre. Dès que Dioscore les aperçut, il envoya vers eux ses notaires à lui, lesquels s'emparèrent de leurs tablettes, qu'ils effacèrent, et faillirent leur rompre les doigts en voulant leur arracher leurs écritoires. C'est pour cela que je n'ai point eu copie des actes et je ne sais ce que sont devenues les notes qui m'étaient destinées. »] Etienne et Acace, évèque d'Àriaratliia, affirmèrent qu'ils avaient été bien réellement forcés de signer un blanc-seing ; ce dernier ajouta : « On nous retint enfermés dans l'église jusqu'à la nuit et l'on ne permit même pas aux malades de sortir un seul instant ; on nous entoura de moines et de soldats, armés de bâtons et de glaives et on nous força ii souscrire *. »
Sans plus approfondir, les commissaires impériaux firent continuer la lecture des actes. On en arriva à l'entrée d'Eutychcs dans l'assemblée d'Ephèse, et à sa profession de foi écrite. On fit à ce sujet deux remarques peu importantes 2. Mais Eusèbe de Dorylée présenta une observation qui méritait l'attention : c'est à tort qu'Eutycliès aurait protesté, d'après le procès-verbal, que le troisième concile généi al aurait défendu de rien ajouter au symbole de Nicée. Dioscore en appela à quatre manuscrits, mais Dio- ^bna de Cyzique fit remarquer qu'Eutycliès n'avait pas reproduit tout le symbole ; car déjà à Constnntinople (lors du second concile général) on avait ajouté la phrase suivante visant Apolli- [430] naire et Macédonius : « Il est descendu et il est devenu homme, du Saint-Esprit et de Marie la Vierge, » et cependant ce n'était joas là une addition, mais bien une explication. Les Egyptiens crièrent : « Rien de tout cela, rien de plus que le symbole de Nicée ; c'est la volonté de l'empereur *. »
De longs débats furent occasionnés par la lecture des paroles d'Eutychès, qui suivaient aussitôt :« J'anathémalise Manès, etc. et ceux qui disent que la chair de Notre-Seigneur Jésus-Christ est descendue du ciel. » Eusèbe de Dorylée dit alors : << Eutychès dans sa doctrine a évité avec raison le mot du ciel, mais il n'a jamais dit d'où, selon lui, le Christ a pris son humanité. » Diogène
1. Hardouin, op. cit., t. n, col. 94 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 623-626.
2. Hardouin, op. cit., t. n, col. 95 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 626, 627,
3. Hardouin, op. cit., 1. H, col. 98 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 631.