‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 23 sur 544 · PREMIERE SESSION · texte numérisé non relu

PREMIERE SESSION

de Cyzique et Basile de Séleucic, en Isaurie, affirmèrent en môme temps que, malgré les questions à lui faites, Eutychès n'avait jamais voulu s'expliquer devant le concile (de Constantinoplc), sur la manière dont l'incarnation avait eu lieu. Dioscore en prit occasion pour affirmer son orthodoxie et se plaindre de ce qu'à Ephèse Basile avait faussement affirmé que l'on avait mal interprété des paroles réellement dites par lui à Eutychès, lors du concile de Constantinoplc Basile répondit, au milieu des cris de blâme rt d'éloge qui partirent en même temps des deux partis, que de tout temps sa foi avait été de prier un seul Seigneur Jésus-Christ, de reconnaître les deux natures après l'incarnation ; c'est-à-dire, d ns l'humanité complète et dans la divinité complète. Jésus-Christ avait l'une du Père avant toute éternité ; il avait l'autre de sa mère selon la chair, et il s'était uni hypostatiquement (y.aO' G-ôcjxajtv) l'humanité. Cette explication, donnée d'abord au concile de Constantinoplc, il l'avait lue à haute voix au concile d'Ephèse, ce qui lui avait valu le blâme des eutychéens et des nestoriens. Au sujet de cette autre phrase dite par Eutychès au concile de Constantinoplc : « il reconnaissait deux natures avant l'incarnation, mais après l'incarnation il n'en reconnaissait plus qu'une ; » Basile lui avait dit : «Si, après l'union, tu ne reconnais pas deux natures qui ne sont pas mélangées, mais qui sont distinctes entre elles, tu snpposesqu'il y a eu un mélange et une confusion. » La lecture de ces paroles à Ephèse, avait excité un grand tumulte ; alors, troublé, anxieux, ayant à peine conscience de ses actes, Eutychès avait dit: «Je ne me souviens [431] pas avoir dit cela. » Mais mes paroles, poursuivit Basile, revenaient à ceci : « Si, après l'union, tu ne parles que d'une nature, tu enseignes qu'il y a eu un mélange ; mais situ parles d'une czcap-Aiù\).év'Q et èvav- OpcoTUYjaaca oùgiç dans le sens de Cyrille, tu enseignes la même chose que nous. » Les commissaires lui ayant demandé comment, avec ses sentiments orthodoxes, il avait signé le jugement rendu contre Flavien, Basile avoua l'avoir fait par peur de la majorité, qui l'eût déposé, lui aussi. Dioscore ne manqua pas de lui reprocher cette faiblesse, et Basile, sentant sa faute, ne sut répondre à ce reproche que par ce sophisme: « Devant des juges civils il aurait certainement fait preuve du courage qu'ont eu les martyrs ; mais on ne devait pas résister aux Pères, c'est-à-dire aux évêques. » Les autres évoques orientaux qui étaient ses alliés montrèrent plus de courage et plus de franchise, ils s'écrièrent : « Nous tous avons péché à Ephose, tous nous demandons le pardon. » Les commissaires im-

périaux donnèrent à cet aven un sens différent de celui qu'il avait réellement ; ils crurent que par là ces évêques avouaient s'être rendus coupables de calomnie en prétendant qu'on leur avait fait signer un blanc-seing, tandis qu'ils exprimaient leur regret d'avoir donné cette signature en effet, ce qui était une faute. Mais, sans laisser examiner de plus près la portée de leur aveu, les évêques le réitérèrent et s'écrièrent de nouveau : « Nous tous avons péché, tous nous demandons le pardon 1. » Béronicien lut ensuite un fragment de ces actes du concile d'Ephèse qui contenait une autre déclaration d'Eutychès 2.

Eusèbe de Dorylée se plaignit alors de ce qu'à Éphèse, on ne lui avait pas permis d'exposer son accusation contre Eutychès. Dioscore, Juvénal et Thalassius, invités par les commissaires à se disculper au sujet de cette plainte, répondirent que ce n'était pas eux, mais l'empereur et son fondé de pouvoir Elpidius qui avaient empêché Eusèbe de parler. Les commissaires impériaux déclarèrent cette justification inacceptable; car, en matière de foi, le commissaire impérial n'avait rien eu à décider. Mais Dioscore s'écria : « Comment pouvez-vous m'accuser d'avoir transgressé les canons en faisant ce que demandait Elpidius, vous qui, dans ce [432] moment même, les transgressez en faisant entrer Théodoret ? * Les commissaires répondirent : « Théodoret a été admis comme accusateur et se trouve parmi les accusateurs, de même que vous, Dioscore, vous vous trouvez parmi les accusés 3. » Constantin lut ensuite un autre fragment des procès-verbaux d'Ephèse, fragment contenant aussi les actes de la première session du concile tenu à Constantinople sous l'archevêque Flavien 4.

A la fin de cette lecture, les commissaires impériaux et les sénateurs renouvelèrent à Dioscore la question si déplaisante : Pourquoi avait-il, à Ephèse, empêché Eusèbe de Dorylée de parler, tandis qu'à Constantinople il avait été si empressé de faire parler Eutychès ? Dioscore garda un silence obstiné, et les commissaires impériaux firent continuer la lecture des actes. On arriva au procès-verbal de la seconde session du concile de Constantinople,

1. Hardouin, op. cit., t. 11, col. 99-102 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 634, 639.

2. Mansi a donné les passages qui furent lus, depuis col. 639 jusqu'à col. 643 ; Hardouin, op. cit., depuis col. 102 jusqu'à col. 106.

3. Hardouin, op. cit., t. n, col. 106; Mansi, op. cit., t. vi, col. 643.

4. Hardouin, op. cit., t. 11, col. 106-114; Mansi, op. cit., t. vi, col. 646-655.

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