‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 24 sur 544 · PREMIÈRE SESSION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SESSION

inséré dans les actes du Brigandage d'Ephèse, avec les documents originaux et les observations que la lecture de ce procès-verbal avait suscitées l. Un instant de répit suivit la lecture de la lettre de Cyrille à Jean d'Autioche : aussitôt diverses exclamations se firent entendre 2. Les deux partis criaient à l'envi : « Honneur à Cyrille î nous croyons comme lui. » Les Orientaux ayant ajouté : « Flavien lui-même a cru ainsi, et c'est pour cela qu'il a été condamné ! Eusèbe de Dorylée a déposé Nestorius, mais Dioscore a altéré la foi I » les Egyptiens reprirent : « C'est Dieu qui a déposé Nestorius ; » les Orientaux continuèrent : « C'est ainsi que croit Léon, c'est ainsi que croit Anatole, » et les autres évêques dirent à leur tour : « C'est ainsi que nous croyons tous. » Alors évêques, commissaires impériaux et sénateurs crièrent tous d'une seule voix : « C'est ainsi que croit l'impératrice, c'est ainsi que nous croyons tous. Hors d'ici l'assassin de Flavien ! » Les commissaires impériaux, voyant que les Égyptiens voulaient faire preuve d'une certaine orthodoxie, leur adressèrent la question suivante : a Si telle est votre foi, pourquoi avez-vous donc admis dans votre communion Eutyehès, qui enseignait une foi contraire à celle-là? Pourquoi d'un autre côté avez-vous déposé Flavien et Eusèbe ? » Dioscore ne pouvant se tirer de ce mauvais pas en appela aux actes, et Béronicien lut alors ce qu'Eustathe de Béryte avait présenté à [4331 Éphèse pour prouver que Cyrille n'avait, lui aussi, reconnu qu'une seule nature dans le Christ. Les Orientaux s'écrièrent que c'était là de l'eutychianisme et du dioscorisme, mais Dioscore assura que lui non plus n'admettait pas le mélange des natures. Eustathe chercha à prouver que la citation de Cyrille produite à Ephèse était fondée. C'était vrai ; mais tandis qu'à Ephèse il avait interprété le passage de Cyrille dans un sens tout à fait monophysite, il l'interprétait maintenant dans un sens tout à fait orthodoxe : « Que celui qui ne parle d'une seule nature que pour nier la similitude de substance qui existe entre l'humanité du Christ et la nôtre, et que celui qui ne parle des deux natures que pour diviser le Fils de Dieu (à la façon des nestoriens), soit anathème. » Il se croyait obligé d'ajouter, pour la défense de Flavien, que cet évêque s'était préci-

1. Hardouin, op. cit., t. n, col. 114-126 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 658-674.

2. Hardouin, op. cit., t. n, col. 126 ; Mansi, op. cit. t. vi, col. 674. Il faut pour ce dernier auteur annoter à ces mots : et cutn legeretur epistola sanctse mémorise Cyrilli, que ce qui suit s'est passé à Chalcedoine.

sèment servi de ces mots, et notamment dans sa lettre à l'empereur. Les commissaires lui firent alors cette question : « S'il en est ainsi, pourquoi as-tu donc adhéré à la condamnation contre Fiavie n ? » Eustathe ne put que répondre : « J'ai péché i. »

Béronicien lut ensuite l'exposé de la vraie foi sur les deux natures, présenté par Flavien au concile de Constantinople, où il avait engagé tous les évêques à faire connaître, dans le procès-verbal, leurs sentiments sur cette question 2. Les commissaires et les sénateurs demandèrent si cette profession de foi de Flavien était orthodoxe, et engagèrent les Pères à leur en dire leur opinion. Le premier qui se prononça au sujet de l'orthodoxie de Flavien, fut le légat romain Paschasinus. Il fut suivi par Anatole de Constantinople, le second légat Lucentius, Maxime, évèque d'Antioche, Thalassius de Césarée, Eusèbe d'Ancyre et Eustathe de Béryte. Tous les [434 Orientaux et leurs amis s'écrièrent alors d'une commune voix : « Le martyr Flavien a défini la foi d'une manière orthodoxe ! » [ — « Attendez, interrompit Dioscore, qu'on lise le reste de ses paroles, et je répondrai ; on verra qu'il se contredit et qu'il professe deux natures après l'union. » -— « Oui, je supplie qu'on lise le reste, dit Juvénal de Jérusalem, et l'on verra que tout y est orthodoxe. Le très saint évèque Flavien a parlé comme Cyrille et comme la tradition des Pères. » — « Nous disons tous la même chose, » crièrent les évèques de Palestine. Juvénal se levant avec eux, quitta son siège et passa du côté opposé, suivi de tous ses sufïragants. Ce coup de théâtre jeta le parti de Dioscore dans la consternation, tandis que le parti des Orientaux accueillait les ralliés avec mille exclamations. « Soyez les bienvenus ! C'est Dieu qui vous amène ! » Cet exemple fut suivi par ] Pierre de Corinthe et Irénée de Naupacte ; ils n'avaient pas siégé à Éphèse (ils n'étaient pas évêques alors), mais la récente lecture les avait convaincus de l'accord entre la doctrine de Flavien et celle de saint Cyrille. Ils furent suivis par les autres évêques de l'Hellade, de la Macédoine et de la Crète, par Nicolas de Stobie dans la Macedonia II", par Athanase de Busiris dans la province égyptienne de Tripoli, par Ausone de Sebennytus, Nestorius de Phlagon, Macaire de Cabassi, Constantin de Démétrias en Thessalie, Eutychius d'Adrianopolis,

1. Hardouin, op. cit., t. n, col. 126, 127 ; Mansi, op. cit., t. vr, col. 674-

2. Hardouin, op. cit., t. n, col. 127 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 678 sq.

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