PREMIER CONCILE d'oRLÉANS
661] 224t. Premier concile d Orléans, en 511 K
Après s'être emparé de la partie du royaume des Wisigoths qui se trouvait dans la Gaule (507 et 508), Clovis convoqua à Orléans, pour le 10 juillet 511, un grand concile auquel assistèrent non seulement les évêques francs, mais encore ceux de l'ancien royaume des Wisigoths. Il y avait en tout trente-deux évêques, parmi lesquels cinq métropolitains : Cyprien de Bordeaux qui probablement présida le concile,. Tétrade de Bourges, Licinius de Tours, Léonce d'Elusa (Eauze) et Gildared de Rouen. Beaucoup de ceux qui assistèrent au concile d'Orléans avaient déjà assisté à celui d'Agde, et c'est ce qui explique comment plusieurs prescriptions de ce dernier reparurent à Orléans. La courte préface dont les évêques firent
1. Baronius, Annales, 1595, ad ann. 507, n. 14-15. 22-25. Cf. Pagi, Critica, 1689, ad ann. 507, n, 10-12; J. Sirmond, Concilia Galliœ, 1629, t. i, p. 177 ; Conc. Regia, 1644, t. x, col. 399 ; Maan, Eccles. Turon., 1667, t. n, p. 12 ; Labbe, Concilia, 1672, t. iv, col. 1403-1412; Hardouin, Coll. concil., t. n, col. 1008; Coleti, Concilia, 1728, t. v, col. 541 ; Bouquet, Recueil des histor. de la Gaule, 1741, t. iv, p. 103-104 ; D. Ceillier, Hist. génér. aut. ecclés., 2eédit., t. x; Eug. Bimbenet, Les conciles d'Orléans considérés comme source de droit coutumier, in-8, Paris, 1864, p. 743 sq. ; Mansi, Conc. ampliss. coll., 1762, t. vin, col, 347 ; D. Lobineau, Les saints de Bretagne, 1836, 1. 1, p. 131-134 ; Fr. Maassen, Concilia sévi merovingici, dans Monum. German. histor., Concilia, in-4, Hannoveriae, 1893, p. 1-14; G. Kurth, Clovis, in-8, Paris, 1901, t. n, p. 131-154. A l'issue de l'heureuse campagne d'Aquitaine qui avait entraîné la ruine du royaume wisigoth et son annexion au royaume franc, Clovis lança un édit, le seul qui nous reste de lui, dans le but de soulager les populations éprouvées par la guerre. Cette circulaire était adressée aux évêques ; le roi y rappelait la protection qu'il avait accordée aux églises, en déclarant qu'il leur appartenait de s'en prévaloir. Toute personne ecclésiastique, religieuse, veuve, clerc ou fils de clerc, ou serf d'Église, si elle avait été faite captive contrairement à la paix du roi, c'est-àdire aux dispositions indiquées ci-dessus, devait être rendue sans retard à la liberté ; il suffisait pour cela que son évêque la réclamât dans une lettre scellée de son sceau et sous la foi du serment. Cette dernière condition, disait Clovis, était imposée par son peuple, à raison des fraudes nombreuses auxquelles donnait lieu la faveur royale. Quant aux laïques faits prisonniers en dehors de la paix du roi, c'est-à-dire qui n'avaient pas été mis sous sa protection spéciale, l'évêque pouvait, s'il le trouvait bon, donner à qui il voulait mission de les racheter. Sirmond, Concilia Gallix, t. i, p. 176; Boretius, Capitularia regum Francorum, t. i, p. 1. (H. L.)
précéder le procès-verbal, dit que c'est Glovis qui a convoqué le concile i ; d'un autre côté il résulte de la lettre adressée à Clovis par le concile, que le roi avait fixé d'avance les points sur lesquels devait porter la discussion, et enfin que les évêques ont demandé au roi d'approuver leurs décisions synodales 2.
1. Cum autore Deo ex evocatione gloriosissimi régis Clothowechi in Aurilianensi urbe fuisset concilium summorum antestitum congregatum. Maassen, op. cit., p. 12 : ce témoignage n'est pas isolé. En 567, le canon 22e du concile de Tours, citant un canon du concile d'Orléans de 511, dit: In synodo Aurclianense, quam invictissimus rex Chlotveus fieri supplicavit. Maassen, op. cit., p. 132. (H. L.)
2. L'importance du concile de 511 est considérable. Outre qu'il inaugure la série des conciles mérovingiens qui sont au nombre de 55, les canons de cette assemblée déterminèrent pour l'Église des Gaules le point de départ d'une ère de reconstitution et de vitalité régulière et vigoureuse. Le concile d'Orléans ne fut pas un simple concile provincial, mais un concile national. Tous les évêques sujets de Clovis y avaient été convoqués et les questions qui leur furent soumises et sur lesquelles ils légiférèrent concernaient le royaume franc tout entier. Le concile d'Agde, de 506, avait donné le modèle d'un concile national pour le royaume wisigoth ; en 517, nous verrons à Epaone un concile national du royaume burgonde. La différence la plus notable entre ces assemblées et celle d'Orléans c'est que cette dernière, ainsi que nous l'avons rappelé dans la note précédente, fut convoquée par le roi des Francs et non par un des métropolitains de son royaume. Ce caractère de concile national explique aussi pourquoi dans cette assemblée les groupements se firent selon les cadres de l'administration civile. Clovis fit plus que de convoquer le concile, il lui marqua la nature de ses travaux : Secundum voluntatis veslrse consultationem et titulos quos dedistis ea qux nobis visum est definitione respondimus. Maassen, op. cit., p. 2. Les canons du concile sont donc la réponse épiscopale au questionnaire royal. Nous avons dit qu'Alaric projetait au moment où les Pères du concile d'Agde se séparèrent la réunion d'un concile pour l'année suivante. Les événements politiques et le bouleversement qui les suivit s'y étant opposés, après quelques années de tranquillité, la pensée du concile ajourné devait revenir naturellement à l'esprit des évêques du royaume d'Aquitaine et l'épiscopat franc ne devait pas répugner à une réunion qui le mettrait en contact avec les collègues dont la victoire venait de taire des compatriotes. Le choix d'Orléans pour lieu de réunion montrait le souci d'aller au-devant des prélats aquitains jusqu'aux frontières du pays annexé. C'est une prévenance qui aura pu être comprise et appréciée. Une autre plus délicate, et qui pourrait avoir été l'objet d'un calcul, fut la concession de la présidence du concile à Cyprien de Bordeaux, métropolitain de la Ire Aquitaine, avec qui Clovis s'était trouvé personnellement en rapports pendant tout l'hiver de 506-507 qu'il passa à Bordeaux. L'absence de saint Rémi de Reims facilitait la politesse préméditée à l'égard de Cyprien ; quant à l'évêque de Rennes, saint Mélaine, c'est à tort que son biographe lui attribue la présidence du concile de 511. M. Kurth, Clovis, 2° édit., t. ii, p. 135-137, s'évertue à prouver sur des arguments de convenance que Tins-