CONCILE d'aGAUNE OU DE SAINT-MAURICE
bâtiment fut terminé en 515, et dans ce cas le concile aurait eu lieu
cor., 1. III, c. v, P. Z., t. lxxi, col. 245. L'auteur de la Vie de Sigismond tombe d'accord avec Grégoire de Tours pour attribuer l'origine de la fondation de la psalmodie perpétuelle à Agaune au besoin d'expiation qui tourmentait le roi. Grégoire de Tours, De gloria martyrum, 1. I, c. lxxv, P. Z., t. lxxi, col. 771 ; Vita S. SigismundijU. 6, dans Acta sanct., mai, t. i, p. 89. Nous possédons encore la relation de l'assemblée tenue à Agaune pour y décréter et sanctionner les innovations et les donations du roi Sigismond. C'est une très longue pièce dont nous avons donné la bibliographie dans la note précédente. L'authenticité de ce document, disions-nous dans le Dictionn. d'archéol. chrét. et de liturgiej est loin d'être à l'abri de tout soupçon. Les érudits les plus qualifiés ne s'accordent pas à son sujet. Mabillon, Annales bened., in-fol., Paris, 1703, 1. 1, n. 71, 72; Pardessus, Diplomata, in-fol., Parisifs, 1769, t. i, proleg., p. 23, 66, note 9 ; E. de Rozière, Recueil général des formules, in-8, Paris, 1861, t. n, p. 729, soutiennent l'authenticité d'une manière générale. E. F. Gelpke, Kirchengeschichte der Schweiz, in-8, Bern, 1856, t. i, p. 116 sq. ; A. Jahn, Die Geschichte der Burgundionen und Burgundiens bis zum Ende der 1 Dynastie, in-8, Halle, 1874, t. n, p. 293-297, note , repoussent cette authenticité. Le P. Ch. de Smedt déclare que : nunc vero invicte jam demonstratur suppositio, Acta sanct., nov., t. i, p. 547, n. 17. Cf. P. de Rivaz, Eclaircissements sur le martyre delà légion thébéenne, in-8, Paris, 1779, p. 127-145 ; J. Grémaud, dans le Mémorial de Fribourg, 1857, t. iv, p. 334; A. Rilliet, Etudes paléographiques. in-4, Genève, 1866, p. 98, note 2 ; nous exprimerons notre sentiment sur le document, en citant celui de Mabillon : Quod, ut genuinum non sit, certe antiquissimum est. Il semble en effet que le concile dont notre document relate les actes ait été convoqué postérieurement à la mort de Sigeric (522-523), or il institue abbé un certain Enemodus ou Hymnenodus dont l'épitaphe reporte la mort à 516. Si donc on en revient à l'année 515, donnée par Marius d'Avenches, comme étant celle des premières constructions faites à Agaune par le roi Sigismond, rien ne s'oppose à ce que, à la suite de l'assertion deux fois répétée de Grégoire de Tours, on fixe après la mort de Sigeric, en 522, l'institution de la psalmodie perpétuelle. Or, le document que nous étudions mentionne, parmi les évêques assemblés en 522 pour débattre les conditions de l'institution nouvelle, Théodore, évêque du Valais, dont le successeur souscrit au concile d'Épaone, dès 517. Il ne nous paraît pas douteux qu'on doive accorder à une indication chronologique précise de Grégoire de Tours la préférence sur un texte anonyme que l'on surprend en flagrant délit d'erreur sur le fait de la mort d'Enemodus, auquel il accorde une survie de six années au moins; dès lors, il semble que la mise en scène historique relatée par le document se réduise à rien ; les mentions concernant les propriétés terriennes ont peut-être, si c'est possible, moins de valeur encore ; mais les détails liturgiques que nous y lisons paraissent être la partie la plus résistante de cet acte. Nous ne serions pas éloignés d'y voir la transcription d'une règle plus ancienne ou, plus simplement et plus exactement, les « us » liturgiques du monastère d'Agaune au temps de son plus vif éclat. Cette liturgie n'offre rien qui provoque la défiance. (H. L.)
cette même année 4. Les auteurs de V Histoire littéraire de la France 2 se décident pour l'année 517, et Pagi pour l'année 523. Ce dernier avait lu dans la Chronique de Marius d'Avenches qu'en 522 le roi Sigismond avait fait mettre à mort, sur les instances de sa seconde femme, Sigeric, fils du premier lit ; en outre, il avait lu dans Grégoire de Tours que, poussé par le repentir, le roi s'était retiré pendant longtemps au monastère d'Agaune et y avait introduit la psalmodie perpétuelle. Comme, d'autre part, le concile dont nous parlons a prescrit cette psalmodie perpétuelle, Pagi a pensé que la mort de Sigeric a dû précéder le concile 3. Pagi prétend trouver une confirmation de son hypothèse dans les procès-verbaux mêmes du concile d'Agaune parce que, au commencement du procès-verbal, le roi Sigismond dit aux évêques : ». Vous devez me consoler dans ma tristesse. » Mais tout ce que les évêques disent à ce sujet n'a aucun rapport avec le repentir du roi fondé sur de [669 pareils motifs ; ce ne sont que des exhortations pour pratiquer la vie chrétienne, et la tristesse de Sigismond provenait, paraît-il, de ce que, après avoir abjuré l'hérésie d'Arius, il ne connaissait pas encore les vrais moyens de plaire à Dieu.
Du reste, ce n'est pas seulement la date du concile d'Agaune qui a été discutée ; son existence même a été mise en doute, d'abord par le P. Chifïlet, bollandiste 4, et surtout par le P. Le Cointe 5, tandis que Mabillon, Pagi et dom Ceillier se sont prononcés en sa faveur. Wagemann a soutenu une proposition intermédiaire : les actes du concile, dit-il, sont certainement apocryphes, mais, ils reposent sur une base authentique.
Le procès-verbal renferme deux parties : a) les opérations des évêques avec le roi et celles des évêques entre eux ; b) la charte de donation de Sigismond insérée au procès-verbal. Au début de la première partie, il est dit que le concile composé de soixante évêques et d'autant de comtes s'est tenu le 30 avril. A la fin le procès-verbal est daté du 15 mai, ce qui permet de conclure que le concile a duré seize jours. Au commencement de la seconde partie, il est encore question de soixante évêques et d'autant de comtes, mais dans les signatures nous ne trouvons plus que trois évêques et huit