CONCILE d'àGAUNE OU DE SAINT-MAURICE
comtes. Les troîs évêques sont : Maxime de Genève, Victor de Grenoble et Viventiolus de Lyon. Nous trouvons encore le nom d'un quatrième évêque, l'orateur du concile : Théodore, évêque de Sion, dans le Valais. Il résulte évidemment de là que les signatures nous sont parvenues incomplètes. En effet, elles ne contiennent même pas le nom d'Avit de Vienne, qui prêcha à Aganne pour cette solennité *. Il est vrai que ce sermon de l'évêque est perdu, mais nous en avons encore le titre dans ses œuvres. Le P. Le Cointe s'est défié de ce nombre de soixante évêques, il remarque que tout [670] le royaume des Burgondes n'avait pas, à beaucoup près, un si grand nombre d'évêchés (il n'en comptait, en effet, que vingt-sept). 11 en conclut que le document doit être apocryphe. Mais on pourrait dire avec Pagi qu'un copiste s'est trompé en mettant LX au lieu de IX; on peut encore supposer avec dom Geillier que pour une si grande solennité le roi avait également invité les évêques voisins de son royaume.
Lorsque tous les évêques furent réunis, le roi Sigismond prit la parole pour faire connaître sa persuasion que l'assemblée jouirait du secours divin. Sur son désir, les évêques exposèrent ensuite, en abrégé et par l'organe de Maxime de Genève, les principales obligations de la morale chrétienne. Cela fait, tous les assistants manifestèrent leur approbation, et Théodore, évêque de Sion, développa cette question : que faire des corps des martyrs thébéens enterrés dans l'église, puisqu'on ne pouvait bâtir une église pour chacun d'eux, ainsi que leur gloire l'aurait demandé? Le roi cria: « Que n'ai-je été leur compagnon ! » Après de longues délibérations, les évêques décidèrent que l'on n'enterrerait dans la nouvelle basilique que ceux des Thébéens dont on savait les noms, c'est-à-dire Maurice, Exupère, Candide et Victor ; les corps de tous les autres devaient être placés en un endroit sûr et convenable, où l'on établirait des gardiens (c'est-à-dire des prêtres) qui chanteraient nuit et jour, sans aucune interruption, le saint office sur leurs tombeaux. Les évêques et le roi établirent ensuite Hymnemodus abbé du couvent de Saint-Maurice. Afin que la psalmodie ne cessât jamais, les moines devaient se partager en neuf chœurs (turmœ), qui se succéderaient d'après les heures canoniques. Le roi approuva cette organisation.
1. L'inauguration de la psalmodie perpétuelle à Agaune fut en effet l'occasion d'une homélie de saint Avit dont nous avons donné deux fragments dans le Dictionn. d'archéol. chrét. et de liturgie, t. i, col. 860-863. (H. L.)
Cette psalmodie perpétuelle a fait supposer au P. Le Gointe que le procès-verbal était apocryphe, car il est persuadé que cet usage était alors tout à fait inconnu en Occident et qu'il n'a été emprunté que plus tard aux acémètes de l'Orient. Mais Mabillon, et après lui Pagietdom Ceillier, ont prouvé que dès le vie et levne siècles la psalmodie perpétuelle était instituée dans plusieurs monastères, par exemple que le roi Dagobert l'avait instituée à Saint-Denis, et, disent les documents originaux, précisément comme une imitation ["671" de ce qui se faisait à Agaune t.
L'introduction de cette psalmodie perpétuelle nécessita l'établissement à Agaune d'une règle différente de celle des monastères, caries religieux ne pouvaient évidemment pas accomplir les travaux manuels des autres moines. Le concile ne voulut cependant pas entrer dans le détail de cette nouvelle règle. Il s'en rapporta au jugement de l'abbé Hymnemodus et se contenta de quelques principes généraux. Chacun des neuf groupes de moines devait avoir un doyen à sa tête ; l'habit des moines devait être réglé d'après la température du monastère ; il ne devait y avoir qu'un seul dortoir, qu'un seul réfectoire et qu'une seule salle chauffée ; aucun moine ne devait sortir sans la permission du supérieur ; l'abbé devait être instruit dans l'Ancien et le Nouveau Testament, afin de pouvoir instruire les frères, et, si cela était nécessaire, l'évêque devait s'adresser au Siège apostolique.
Ainsi que nous l'avons dit, la seconde partie contient un acte de donation faite par Sigismond, dans lequel le roi donne au monastère d'Agaune ad luminaria vel stipendia monachorum^ c'est-à-dire pour l'entretien des moines 2, et pour le salut de son âme, certaines possessions qu'il avait dans les territoires de Lyon, de Vienne, de Grenoble, d'Aoste (en Piémont), de Genève, d'Avenches, de Lausanne, de Besançon, avec toutes leurs dépendances, en maisons, esclaves, affranchis, champs, vignes, etc.
1. Nous avons traité avec détail cette question de la psalmodie perpétuelle dans le Dictionn. d'archéol. chrét. et de liturgie, t. i, col. 858-865; nous y renvoyons. (H. L.)
2. Au lieu de dire : « On donne ceci ou cela à l'Église, » on se servait de cette expression : « On donne ceci ad luminaria ecclesix, » c'est-à-dire pour l'entretien du luminaire considérable qui était nécessaire. L'expression ad luminaria fut ensuite peu à peu remplacée par l'expression plus large ad fabricam ecclesiœ. Cf. Du Cange, Glossarium mediœ et infimsc latinitatis, aux mots : luminaria et luminariœ.