Concile de Carthage, en
Après la mort de Thrasamond, roi des Vandales (28 mai 523), son successeur Hilderich mit fin à la longue persécution des catholiques, rappela les évêques exilés i et accéda aux désirs de la population de Carthage 2, pour que Boniface, devenu plus tard si célèbre, fût nommé évêque et primat de cette ville et fût ordonné dans la basilique du saint martyr Agileus. Le 5 février 525, suivant les actes mêmes de l'assemblée, Boniface tint son premier concile dans le secretarium de l'église d'Agileus 3 ; les signatures de soixante évêques africains suivent les procès-verbaux et font voir que plusieurs évêques étaient en même temps députés et représentants de leurs provinces. Les évêques s'assirent, à côté et derrière eux se tenaient les diacres. Boniface se félicita d'abord, en qualité de président, de voir cette réunion, et de la liberté rendue à l'Eglise. Un évêque lui répondit (le procès-verbal renferme ici une lacune), en exprimant sa joie de ce que l'Eglise avait en Boniface un chef si excellent, et il lui demanda, pour le bien de l'Eglise d'Afrique, la remise en vigueur des anciens canons, et des institutions de son
1. A. Audollent, Carthage romaine, in-8, Paris, 1901, p. 552. (H. L.)
2. Hilderich ne se borna pas à rendre la liberté à l'Église de Carthage comme à toutes les autres. L'évêque Eugène étant mort à Albi, où il était exilé, en 505, le roi lui donna un successeur dans la personne de Boniface. Vita Fulgentii, c. lv, lvi, lxi ; Victor de Tonnenna, Chronic. ad ann. 523 ; Mansi, op. cit., t. vin, col. 635. C'était, au dire de Victor de Tonnenna, un homme d'un rare mérite, le peuple l'avait demandé d'une voix unanime. Nous ne voyons pas qu'il ait partagé l'exil de Sardaigne ; il reçut ses collègues, à leur retour d'exil, et leur fit les honneurs de Carthage. Depuis 439, sauf quelques années d'accalmie sous Gunthamond, les catholiques n'avaient cessé d'être persécutés. Craignant que la paix actuelle fût de peu de durée, ils voulurent profiter de ce moment de répit pour régler sans retard les affaires ecclésiastiques en souffrance. L'absence presque continuelle des évêques avait plongé les diocèses dans le plus lamentable désarroi. Ce fut pour y remédier que Boniface convoqua le concile de 525. (H. L.)
3. Labbe, Concilia, t. iv, col. 1628-1649 ; D. d'Achery, Spicilegium, 1664, t. vi, p. 1-15, cf. prœf. p. 3-7 ; 2e édit., t. i, p. 481 ; Hardouin, Coll. concil., t. ii, col. 1071 ; Coleti, Concilia, t. v, col. 771 ; Mansi, op. cit., t. vm, col. 635 ; D. Ceillier, Hist.génér. aut. ecclés., 2e édit., t. xi, p. 828-831; Fischer, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, t. xxi, p. 32 ; A. Audollent, Carthage romaine, 1901, p. 553 ; H. Leclercq, L'Afrique chrétienne, in-12, Paris, 1904, t. ii, p. 212. (H. L.)
prédécesseur Àurelius de pieuse mémoire. Après quoi on passa à la vérification des pouvoirs des députés envoyés par les diverses provinces ; Boniface lut d'abord sa lettre à Missor, primat de Numidie, à qui il demandait, puisqu'il ne pouvait à cause de son grand âge se rendre au concile, d'envoyer trois fondés de pouvoirs, lui désignant les noms de ceux qu'il désirait voir chargés de cette mission. Il déclarait en outre, qu'une des principales occupations du concile serait de briser l'orgueil de quelques évêques impatients de s'élever au-dessus de ceux qui étaient avant eux et même, semblaitil, de se soustraire à la soumission due a l'évêque de Carthage *. Le concile pouvait déterminer les préséances entre évêques africains. Boniface indiquait aussi à Missor, pour se conformer aux traditions, le jour où tombait la prochaine fête de Pâques (30 mars 525) 2. L'archevêque demandant si les députés de la Numidie étaient présents et s'ils avaient apporté une lettre de leur primat, Florentius, évêque de Vicopacatum, répondit, en leur nom, et réclama lecture de la lettre de Missor. Le primat de Numidie y exprimait son chagrin des discussions de préséance, et des difficultés qu'elles avaient occasionnées a Boniface dont il louait la prudence et la patience. Toutefois Boniface n'ayant pas voulu trancher lui-même le différend, ainsi qu'il en avait le droit, la suffisance de quelquesuns ne faisait qu'augmenter. Boniface avait désigné au choix de Missor les trois évêques de la Numidie à déléguer au concile ; l'un d'eux Marien de Tullia étant en route pour son propre compte avant l'arrivée de la lettre de Boniface, l'évêque Florent avait été choisi comme troisième député de la Numidie. Comme il ne doutait pas que Januarius (autre évêque de Numidie), le consécrateur de Boniface, assistât au concile, il lui avait recommandé par lettre de se mettre, ainsi que le député, du côté de celui qui avait le droit pour lui 3.
Boniface avait envoyé des lettres de convocation aux évêques de l'Afrique proconsulaire et de Tripolitaine ; on en donna également lecture ; les députés de ces provinces se trouvèrent présents ; il en fut de même pour les Maurétanies Césarienne et Sitifienne.
1. Les évêques d'Afrique étaient à peine revenus de l'exil, et la persécution était à peine terminée, qu'il s'éleva entre eux des contestations sur le rang et la prééminence. C'est ce que démontre du reste l'histoire du synode de Junca et de Sufès. Cf. supra, § 236.
2. Mansi, op. cit., t. vin, col. 837 sq. ; Hardouin, op. cit.) t. n, col. 1072 sq.
3. Mansi, ibid., col, 638 sq. ; Hardouin, ibid., col. 1073 sq.