CONCILE DE CARTHAGE EN
Par contre, Libératus, primat de Byzacène, n'était pas venu, malgré toutes les invitations. Boniface en exprima son vif mécontentement. Les évêques proposèrent de l'attendre jusqu'au lendemain, après quoi, on se consulterait sur la conduite à tenir. L'évêque Félix, député de Numidie, dans un discours très courtois, invita Boniface à désigner lui-même celui qui, après lui, devait tenir le premier rang. S'appuyant sur le 19e canon du concile de Carthage de l'année 418 (c. 127 du Codex Ecclesiœ Africa- 713] née), Boniface déclara que, d'après la tradition, l'évêque de Carthage était suivi immédiatement de ceux de la Proconsulaire, puis de ceux de la Numidie, de ceux de la Byzacène, etc. Quiconque osait intervertir cet ordre devait être déposé. Il fit ensuite lire le symbole de Nicée *, et, sur le désir de plusieurs membres, toute une série d'anciens canons, rendus pour la plupart par des conciles d'Afrique et qu'il jugea utiles pour l'instruction des nouveaux évèques 2. Entre autres canons, il fit aussi lire, sur le désir du concile, ceux qui traitaient de la prééminence et du privilège du siège de Carthage, ou bien qui pouvaient s'y rapporter. Ainsi se termina la séance du premier jour ; il était déjà tard, et tous les évêques présents signèrent le procès-verbal 3 avec tous les documents qui y
1. On le lut sur l'exemplaire traduit du grec en latin, envoyé jadis par Atticus de Constantinople ; tous les évêques déclarèrent que quiconque refuserait d'y souscrire, ne serait pas tenu désormais pour catholique, non que ce symbole eût besoin d'être autorisé par l'appoint de nouveaux suffrages, mais afin de se l'imprimer plus profondément dans le cœur en y souscrivant de la main. Boniface voulut même qu'il fût inséré dans les Actes du concile. Boniface ordonna ensuite de donner lecture du recueil des canons des conciles d'Afrique sur les matières de discipline. Cette lecture serait une occasion de joie pour ceux qui avaient conformé leur conduite à ces canons, un rappel à l'ordre pour ceux qui les avaient négligés. Le diacre Agilée en lut un grand nombre, tous sur des points de discipline. Ces citations ont permis de constater qu'il s'était tenu jusqu'à vingt conciles sous l'évêque Aurèle. Comme tous ces canons regardaient en général la discipline de l'Église, les évêques présents demandèrent qu'on lût aussi ceux qui regardaient en particulier les privilèges de l'Eglise de Carthage. (II. L.)
2. Parmi ces canons, il en était de quatre conciles de Carthage attribuant la primatie â l'Eglise de cette ville ; deux canons du concile d'Hippone relatifs à la notification de la date pascale par l'évêque de Carthage à tous ses collègues africains, et la concession faite à chaque province civile d'avoir un primat provincial à condition de reconnaître la suprématie du primat de Carthage. (H. L.)
3. Boniface signa le premier; Janvier, évêque de Végéselitana, souscrivit en
étaient contenus, c'est-à-dire les canons et le symbole de Nicée. Le lendemain 6 février, nouvelle réunion dans le secretarium de l'église de Saint-Agilée ; Boniface ouvrit la session, en décla* rant qu'on avait terminé la veille tout ce qui concernait l'Eglise d'Afrique en général, de sorte qu'on pouvait passer aux affaires particulières. Le diacre Gaudiosus annonça alors que l'abbé Pierre se trouvait à la porte avec quelques anciens moines de son monastère, demandant à être introduits devant l'assemblée. Boniface l'ayant permis, Pierre remit en son nom et au nom de ses moines un mémoire contre Libératus, primat de Byzacène, qui avait cherché dans les nombreux conciles réunis par lui, à perdre leur monastère et l'avait illégalement frappé de l'excommunication perpétuelle *. L'abbé demandait aux évêques de prendre la défense
son nom et au nom de Janvier, évêque de Masculitana, autre député de l'épiscopat de Numidie et à qui son grand âge ne laissait plus la faculté d'écrire. (H. L.)
1. Le monastère en question avait été bâti et recruté par des moines de diverses provinces et même étrangers à l'Afrique ; la maison avait été soumise immédiatement à l'Eglise de Carthage et un évêque de la Proconsulaire fit la dédicace de l'église après avoir désigné comme abbé un sous-diacre de la Byzacène. Pendant la vacance de dix-huit années du siège de Carthage (505-523), le monastère avait eu recours pour les ordinations de ses prêtres au primat de Byzacène, Boniface, dont le successeur Libérât revendiquait maintenant le monastère comme dépendant de lui. L'abbé Pierre refusant d'accéder à cette injustice avait été excommunié et ses moines avec lui. Depuis lors, les fidèles de la province les fuyaient, les repoussaient, leur interdisaient l'entrée des églises et, à l'occasion, les en chassaient. Nul ne les saluait ni ne voulait recevoir leur bénédiction. La requête signée de l'abbé Pierre, d'un prêtre, de deux diacres et d'un moine, peut-être de quelques autres qui ne sont pas nommés, exposait cette situation. L'abbé Pierre justifiait sa conduite et son exemption par les conditions dans lesquelles s'était faite la fondation ; le premier abbé, sous-diacre de Byzacène, ayant été choisi non à ce dernier titre, mais à titre de moine ; d'ailleurs cet abbé n'était ni seigneur ni propriétaire du monastère. Le recours au primat de Byzacène s'expliquait par la vacance du siège de Carthage. Enfin, l'abbé évincé et excommunié invoquait d'autres cas d'exception : le monastère de Présis, situé au centre de Leptiminus, en Byzacène, dépendait de l'évêque de Vicus Aterii ; le monastère de Bacca, près de l'église de Maximien en Numidie, relevait du primat de Byzacène, et le monastère d'Hadrumète avait toujours présenté ses prêtres à l'ordination des évêques d'outre-mer, sans s'adresser à l'évêque local. L'abbé Pierre invoquait de plus un extrait d'un sermon de saint Augustin {De moribus clericorum, 1. II), où il est dit que les monastères fondés par ses disciples n'appartenaient ni aux fondateurs, ni à l'Eglise d'Hippone, mais à la communauté ; Pierre en appelait encore à la décision rendue par les évê-