‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 303 sur 544 · CONCILE DE CARPENTRAS · texte numérisé non relu

CONCILE DE CARPENTRAS

or c'était un usage de commencer les conciles le lundi et non le samedi et comme le concile de Carpentras n'a pas duré sans doute plus d'un jour, puisqu'il n'a rendu qu'un seul décret, on ne peut le [716] fixer au samedi.

Ces arguments ne nous semblent pas très convaincants, et rien ne démontre l'usage prétendu d'ouvrir de préférence les conciles un lundi. La fixité de la date ne portait que sur le quantième, qui pouvait tomber un jour ou l'autre delà semaine. On ne doit pas oublier que beaucoup de réunions ecclésiastiques ne se sont pas tenues à l'époque où elles avaient été convoquées, mais parfois beaucoup plus tard, et si l'on admet un retard de ce genre pour le concile de Vaison, on ne peut se baser sur la date de celui-ci pour déterminer l'année de celui de Carpentras.

Le seul canon de ce dernier concile garantit contre l'évêque les revenus des églises rurales. Il y est dit qu'on s'était plaint de ce que les évêques ne laissaient aux paroisses que très peu ou presque rien des dons des fidèles. Aussi fut-il décidé que si l'église épiscopale pouvait se suffire à elle-même, on devait employer tout ce qui avait été donné aux paroisses, pour les clercs qui les desservent, ou bien pour la réparation des églises. Si l'Eglise épiscopale n'avait que de faibles revenus, l'évêque ne devait employer pour les paroisses et pour l'entretien de leurs bâtiments que le nécessaire, et pouvait garder le reste pour lui. Toutefois il ne pouvait diminuer les bénéfices (facultatula) 4 des clercs, non plus que le service divin (c'est-à-dire le nombre des clercs). Enfin il fut décidé que l'année suivante, le 6 novembre, on tiendrait à Vaison un autre concile.

Ce procès-verbal fut signé par seize évêques, Césaire d'Arles à leur tête, et presque tous ajoutèrent à leurs noms l'adjectif de peccator, sans indiquer leur qualité d'évêques. De plus, le concile écrivit à Agrécius d'Antibes, qui ne s'était pas rendu au concile et n'y avait pas envoyé de représentants ; quoiqu'il eût à se justifier au sujet d'une ordination qui constituait une atteinte au 3e canon du dernier concile d'Arles, où lui-même avait assisté par son fondé de pouvoirs. Aussi, conformément à la décision du même concile d'Arles, devait-il s'abstenir pendant un an de dire la messe. Les seize évêques signèrent cette lettre, et cette fois en

1. Cf. Du Cange, Glossarium mediœ et infiniœ latinilatis, v© Facultattcula»

donnant leur titre d'évêques, mais sans indiquer leurs sièges épiscopaux *.

1. Le cas délictueux d'Agrécius d'Antibes donna lieu à la réunion de Carpentras.Les actes de ce concile parlent de l'ordination d'un certain Protadius, faite en violation des canons du dernier concile d'Arles, sans indiquer toutefois le canon précis auquel il aurait contrevenu. Mais d'une lettre de Félix IV, postérieure de deux mois au concile, et qui dut être écrite en réponse à une lettre de Césaire relatant le cas de Protadius ; il résulte que celui-ci avait été ordonné prêtre n'étant que laïque sans avoir accompli l'année de probation qui était de précepte. L'acte d'Agrécius était d'autant plus regrettable, qu'il avait souscrit à ce concile dont il enfreignait les prescriptions. La crainte de ne plus pouvoir empêcher les infractions à l'avenir, si celleci était passée sous silence, dut décider l'intervention de Césaire qui, sans tenir compte des années d'épiscopat d'Agrécius dont on lit la signature à Agde, dès 506, ne craignit pas de l'inculper. Césaire escomptait des excuses, une attitude humiliée ; au lieu de cela, Agrécius releva la tête et r,efusa de comparaître devant ses pairs. Césaire piqué se montra sévère et suspendit son collègue du droit de dire la messe pendant un an, peine qui est de son invention, dit M. Malnory, op. cit., p. 136, et qu'on voit aussitôt les conciles de Gaule adopter comme sanction de leurs décrets. La sentence fut notifiée à Agrécius par une lettre hautaine de l'évêque d'Arles, au nom du concile de Carpentras ; mais, en tout ceci, le rôle du concile se réduisit à souscrire docilement aux volontés du métropolitain. Cette affaire engagea l'évêque d'Arles à solliciter du Saint-Siège, au sujet de la prœmissa conversio, une réponse plus formelle que celle qu'on avait obtenue dans la décrétale du pape Symmaque, volontairement obscure et peu explicite. Césaire insista sur la nécessité d'observer les interstices et de recommander aux évêques d'apporter la plus grande circonspection quand il s'agit d'ordonner des laïques. La ténacité et l'insistance de l'évêque d'Arles vinrent à bout d'obtenir du pape Félix IV une déclaration formelle favorable à l'usage gaulois. Félix IV, Legi quod inter, dans P. £., t. lxv, col. 11. Le concile de Carpentras, à la suggestion de Césaire fort probablement, porta son attention sur un autre mal, la réduction du clergé paroissial à la portion congrue par suite de la rapacité de certains évêques. Le concile se plaint que plusieurs évêques gardent pour eux seuls presque tout le revenu des paroisses de leur diocèse, ne leur laissant même pas le strict indispensable à la réparation des édifices et à la subsistance des desservants. « Ces abus soulevaient un problème nouveau, qui n'avait pas encore été envisagé par les conciles antérieurs de Césaire. Le concile d'Agde avait placé les biens-fonds des paroisses sous la garde de l'évêque, en faisant défense absolue aux clercs qui les détenaient de les aliéner ou d'en disposer par contrat ; mais il n'avait rien prescrit sur l'emploi des revenus. Quels étaient sur ces derniers les droits respectifs du trésor épis* copal et du desservant ? Une réponse encore assez vague à cette question se trouvait seulement dans un canon du I*r concile d'Orléans (can. 15), qui avait distingué entre les offrandes et les biens-fonds, décidant que les deux tiers des premières appartiendraient au clergé et que les seconds demeureraient dans le pouvoir de l'évêque, ce qui semble bien signifier un pouvoir sans res«

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